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Exo Tome 2/3 Moon Strike
BD

Exo, Moon Strike, Jerry Frissen et Philippe Scoffoni Éditions Les Humanoïdes Associés

par 18 décembre 2016

Chronique réalisée par Lionel Gibert et Jean-Marc Saliou

Jerry Frissen

Jerry Frissen

Philippe Scoffoni

Philippe Scoffoni

Publié chez les Humanos, Moon Strike, second tome du triptyque Exo, nous tient en haleine de bout en bout. Alternant péripéties et rebondissements sur Terre comme sur la Lune, le scénariste chevronné Jerry Frissen et son talentueux complice Philippe Scoffoni confirment avec brio et efficacité les espoirs nés lors de la parution du premier opus Darwin II. C’est avec une certaine inventivité que les thèmes de la conquête spatiale et de l’exobiologie sont ici explorés.

À lire également : Chronique de Exo – Darwin II
À lire également : Rencontre avec Philippe Scoffoni

 

Histoire

Les Aliens sont là. Comme David Vincent dans la série Les Envahisseurs, John Koenig et sa fille Io les ont vus. Pire, ils ont été kidnappés. Sur Terre, nous retrouvons John Koenig aux mains d’une des Aliens, l’employée du snack Julia Carpenter, tous deux en route pour la NASA. Mais dans quelle intention ? Sa fille Io, quant à elle, est aux mains de deux autres Aliens : la garagiste Gus et son client Aaron, voguant quant à eux vers une destination inconnue. Après quelques péripéties, Julia Carpenter meurt, libérant ainsi notre héros John Koenig. Ce dernier toujours en proie à d’étranges hallucinations est contacté par Déborah Kaminsky pour collaborer avec les forces de l’Armée de l’Air. Après sa mort accidentelle, l’autopsie de Julia Carpenter et celle du deuxième employé du snack Dale Roths révèlent une petite structure tentaculaire logée profondément dans leur cerveau. Cette structure faite en partie d’une matière naturelle — vraisemblablement du corail — interpelle notre héros et les spécialistes de l’Armée de l’Air. Que représentent vraiment ces structures ? Des extraterrestres ou des nanorobots comme le pensent les spécialistes ? Et dans cette dernière éventualité, qui les aurait programmés ?

Pendant ce temps, sur la Lune, un premier contact est établi avec la vie extraterrestre où notre commando affronte un robot semblable à un crabe et finit par le détruire. Poursuivant sur le sol lunaire les traces de ce robot, notre commando atteint la face cachée de la Lune. Mystérieuse, elle nous livre l’épave d’un robot, quelques bâtiments et une rampe de lancement de projectiles, celle même à l’origine la menace ayant frappé la Terre. Ces projectiles sont en tout point semblables à celui qui a amené sur Terre ces Aliens. Mais alors, quel lien avec la planète Darwin II ? La menace vient-elle vraiment de cette planète insolite ? Le mystère s’opacifie avec le tableau de commande de cette rampe montrant une Terre du passé offrant au regard un visage bien différent de celui qu’on lui connait habituellement… Une nouvelle agression d’un robot contre notre commando les conduit jusqu’à un monolithe sphérique finement sculpté et à moitié enterré. Des traces de pas se laissent entrevoir pour se terminer sur le seuil d’une éventuelle entrée. Qui peut donc bien se cacher au sein de cette structure et quelle est la fonction de celle-ci ?

Retour sur Terre où l’Alien qui contrôle le schizophrène Charles Webster se voit détenu par l’Armée de l’Air. Ce dernier se met à table : les révélations tombent nous apportant quelques éléments de réponse à ces nombreuses interrogations. Ainsi, il fut un temps lointain où l’humanité était une menace pour la vie sur Darwin II. Menace qui n’aurait plus lieu d’être aujourd’hui. Malheureusement, Gus et Aaron l’ignorent et poursuivent tous deux leur route jusqu’à Atlantic Beach en Caroline du Nord afin d’empêcher l’expansion de l’Homme dans l’espace. Sur le bateau qui les emmène au loin, sans leur otage Io, une dernière phrase sonne comme un glas : « Oui, une belle journée pour mourir. » Qu’est devenue Io ? Quel dessein entretiennent ces deux Aliens ? Et surtout, comment pourra-t-on sauver la Terre ?

 

Lecture

Tout aussi captivant que le premier épisode Darwin II, ce second opus d’Exo est donc fait du même bois. Mené sur un rythme d’enfer, ce thriller d’anticipation tient pleinement ses promesses. Certes, la trame du scénario s’avère classique. Pour autant, c’est bien grâce au travail de ce scénariste chevronné qu’est Jerry Frissen, combiné au dessin remarquable d’efficacité et de précision de Philippe Scoffoni que cette histoire nous tient en haleine de bout en bout.

Habilement traitée, la narration dense et captivante est menée conjointement sur deux fronts essentiels. Le premier concerne la mission des Aliens, leurs diverses péripéties, la disparition de certains éléments du groupe et le rôle crucial de Charles Webster. Ce dernier personnage — un schizophrène sous le contrôle d’une des créatures — va révéler un aspect surprenant, mais essentiel de l’histoire. Le second front met en scène l’expédition sur la face cachée de la Lune. Cette mission, menée dans un environnement apparemment hostile retient toute notre attention. Le sentiment d’urgence et de tension ressort de cette expédition en terre sélénite, une tension savamment distillée par ailleurs tout au long de l’intrigue.

Construite comme un thriller, cette bande dessinée s’avère riche en rebondissements, comme en témoignent sur Terre l’accident dans le parking et le décès d’un des Aliens, le crash de l’hélicoptère, l’interrogatoire de Charles Webster ou encore les séquences d’hallucinations dont est victime Charles Koenig ou sur le satellite les différentes épreuves rencontrées par les membres de l’expédition. Notre compositeur retient notre attention, jouant avec nos émotions en combinant impeccablement les scènes spectaculaires sur Terre et la progression semée d’embûches des astronautes sur la Lune. Cette alternance contribue immanquablement à renforcer le dynamisme de l’histoire, nous amenant de péripétie en péripétie puis de révélation en révélation. Les transitions rapides rythment aussi l’intrigue, lui conférant un aspect feuilletonnesque.

Trois personnages ressortent de ce second opus. Nous retrouvons le militaire Aguilar en mission sur la Lune, lequel se voit confronté à de multiples épreuves. Puis l’astrophysicien John Koenig en proie à des hallucinations, hallucinations dont profite habilement notre scénariste en entretenant l’ambigüité sur le rôle exact de ce personnage dans cette affaire. N’oublions pas enfin le psychopathe Charles Webster, sous le contrôle d’un Alien qui détient notamment des révélations cruciales sur les motivations réelles de ses comparses. Mais pas seulement. Et voilà d’ailleurs un aspect intéressant de cette œuvre : la vision originale du rôle joué par ces extraterrestres. Sont-ils aussi malfaisants qu’on semble de prime abord le penser ? Ne seraient-ils pas également animés de bonnes intentions ? Faut-il y voir l’incarnation de la créature belliqueuse et morbide, celle remarquablement mise en scène par Ridley Scott dans son Alien ou l’incarnation de celle plus pacifique et bienveillante d’un Spielberg dans son Rencontres du troisième type ? Ces multiples ambigüités, latentes dans le premier opus, s’accentuent dans ce deuxième épisode, contribuant de la sorte à maintenir le suspens.

Concernant la dimension picturale, nous n’insisterons jamais assez sur la qualité du dessin de Scoffoni. Un dessin réaliste, précis et froid, convenant parfaitement à cette série. Nous avons déjà souligné dans notre chronique du premier opus la maitrise du cadrage de ce talentueux storyboarder qu’est Philippe Scoffoni. Ce dernier alterne habilement des mises en pages classiques avec de grands panoramiques pleine page qui permettent de situer l’action ou d’effectuer des transitions entre les différentes scènes. L’insertion de gros plans mettant en scène des visages très expressifs où tension et angoisse transpirent de réalisme, vient rythmer la page comme en témoignent l’expression des Marines allant de surprise en surprise lors de leur progression sur la Lune. On le voit également lors de l’interrogatoire de Webster où l’incrédulité, la surprise et la stupeur se lisent sur les visages. Horreur, surprise, doute et tristesse sont parfaitement suggérés, contribuant à densifier l’intrigue. Permettons-nous à nouveau d’insister sur la qualité des choix orchestrés concernant les décors spatiaux et l’équipement des astronautes. Par ailleurs, l’usage des couleurs, tantôt chaudes sur les scènes en Caroline du Nord, tantôt froides et bleutées sur les scènes lunaires parachève cette très bonne impression d’ensemble.

À la lecture et à la vision de cette bande dessinée, les références cinématographiques ne manquent pas : on pense ainsi à Alien ou Prométheus de Ridley Scott. La découverte de la base extraterrestre lunaire n’est pas sans rappeler en effet certaines scènes des films précités. Et bien sûr à Spielberg. Voire d’une manière plus éloignée à Paul Verhoeven et son spectaculaire et truculent Starship Troopers.

C’est avec une impatience non feinte que nous attendons le troisième et dernier opus de cette série. Brillamment scénarisée par Jerry Frissen et mise en images avec la même maestria par son comparse Philippe Scoffoni, cette œuvre d’anticipation a le mérite de développer de manière captivante le thème des exoplanètes, nous amenant à nous questionner sur l’avenir de notre propre planète. Sans omettre celui qui se rattache aux hôtes éphémères que nous sommes de cette belle bleue…

 

 

 

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Teaser de Exo – Moon Strike de Jerry Frissen et Philippe Scoffoni
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