Le Signal, Maxime Chattam, Éditions Albin Michel
Jérôme Noirez
Peu avant Halloween, Maxime Chattam nous a offert bien mieux que des friandises ou des sorts. Avec Le Signal, disponible chez Albin Michel, l’auteur signe un roman qui fait froid dans le dos, un objet aussi beau à contempler que savoureux à lire. Après avoir fait frissonner ses lecteurs par le biais de ses romans policiers mettant en scène des criminels toujours plus horribles et des héros toujours aussi humains et après nous avoir fait voyager dans un monde post-apocalyptique dont les adultes ont presque tous disparu, Chattam nous emporte cette fois-ci dans une petite bourgade du Massachusetts, en apparence paisible, mais au passé chargé de drames et de violence. Mahigan Falls, isolé par la nature dans un écrin de douceur, sera le théâtre d’une revanche plutôt salée où la survie de chacun dépend tout autant de son courage que de son ouverture d’esprit et de la puissance de sa bonne étoile.

Infos pratiques

Le Signal

Maxime Chattam

France

Philippe Narcisse

Albin Michel

Octobre 2018

Inédit

740 pages

Grand Format

23,90 euros

978-2-226-31948-7

© Albin Michel 2018, © Maxime Chattam 2018

Le Signal

Maxime Chattam

Éditions Albin Michel

Chronique réalisée par Romy Mousset
Le Signal, Maxime Chattam, Éditions Albin Michel

Une ville affronte ses démons

Mahigan Falls, non loin de Salem et d’Arkham dans le Massachusetts / De nos jours

Fantastique

NOTRE ÉVALUATION

Histoire
Écriture
Personnages
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HISTOIRE

Après des années passées à vivre dans l’agitation new-yorkaise, la famille Spencer fait le pari incertain de venir s’installer dans une petite ville perdue du Massachusetts, Mahigans Fall. Tom et sa femme Olivia, l’un auteur de pièces de théâtre au succès déclinant et l’autre journaliste à l’apogée de sa carrière, sont tombés amoureux d’une ancienne ferme tout juste retapée qu’ils ont obtenue pour un prix très compétitif. L’endroit rêvé pour poser leurs valises et offrir à leur petite tribu un coin de paradis loin du stress et des dangers d’une grande ville. Sitôt emménagés, leur fils Chad et son cousin Owen, adopté à la mort de ses parents un peu plus d’un an auparavant, se font déjà deux amis, Corey, le frère de leur adorable baby-sitter Gemma et Connor, son copain.

Tandis qu’Olivia décroche rapidement un petit travail sur une station radio locale — juste ce qu’il lui fallait pour reprendre plaisir au journalisme —, Tom commence à prendre ses marques en attendant d’écrire sa prochaine pièce à succès. Seule ombre au tableau, la petite Zoey Spencer enchaîne les cauchemars dans sa nouvelle chambre. Cela lui passera bien, les enfants en bas âge ont parfois du mal à s’habituer à leur nouvelle maison. Mais très rapidement, des bruits s’y font entendre : des courants d’air étranges associés au sentiment d’une présence inexplicable. Quelque chose se promène manifestement dans la forêt d’à côté et dans les champs de maïs.

Lorsque des morts brutales et plutôt étranges se produisent un peu partout dans la ville, le shérif, occupé à prétendre que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, trouve plus judicieux de mettre des bâtons dans les roues du seul enquêteur cherchant un lien entre tous ces évènements que d’admettre que quelque chose ne tourne pas rond à Mahigan Falls. Attaques d’animaux, suicides, fugues ? Rien de bien préoccupant ou anormal : juste la loi des séries ! Toutefois, ce petit coin de paradis n’est peut-être pas si paisible qu’il y paraît, surtout au regard du passé sanglant de la ville, dont les horreurs défient depuis trois cents ans toutes les statistiques…

Lecture

Alors que Maxime Chattam nous avait habitués à passer du thriller empli de sadiques laissant derrière eux des corps à peine humains au fantastique empli de dangers — mais aussi d’émerveillements —, l’auteur a décidé cette fois-ci de joindre ces deux univers pour nous proposer un livre horrifique alignant toutes les qualités de Chattam et de son écriture dans chacun de ces deux registres issus des mauvais genres.

En inscrivant son récit dans un cadre idyllique, Chattam fait vibrer une corde bien connue du genre : la descente aux enfers. Car lorsque tout va déjà mal dès le départ, les barrières sont déjà dressées. Protagonistes comme lecteurs savent ce qui les attend au tournant, et que cela ne sera pas forcément joli… Dans ce type de romans en revanche, si le lecteur se doute bien qu’il ne s’apprête pas à lire la formidable existence de la famille Bonheur au Paradis, les personnages, eux, l’ignorent. Et le danger peut frapper de partout. De manière insidieuse pour commencer, afin de ne point trop perturber et inquiéter d’emblée l’esprit cartésien du lecteur. Ce dernier a beau hurler aux protagonistes son inquiétude face aux menaces s’amoncelant, il se retrouve bien impuissant face à leur candeur… Et même lorsque les événements prennent un peu plus d’ampleur, les sempiternelles erreurs de conduite se multiplient. Mais la nature humaine étant ce qu’elle est et l’auteur ayant une œuvre à produire, secrets, clichés et excès de bravoure peuvent poursuivre leur implacable étalement. Tout comme le flot inextinguible des horreurs propres au registre. La belle et grande maison baignant dans le soleil estival peut ainsi voir ses habitants sombrer à mesure que l’automne approche tout comme la famille unie voir ses liens mis à l’épreuve tandis que l’horreur s’engouffre dans leur paisible existence.

L’horreur dans Le Signal arrive comme une tempête hivernale. D’abord le ciel s’obscurcit, mais le lecteur n’y prête guère attention. Quelques drames se produisent par la suite, mais ces derniers sont si bien disséminés dans toute la ville et sans rapport apparent que l’on ne songe pas nécessairement à les intégrer à notre affaire. Puis, lorsque tout dérape, il est déjà trop tard pour courir se mettre à l’abri… En nous permettant de suivre trois héros ou groupes de héros principaux, Chattam se paye le luxe de tourmenter le lecteur innocent en passant de l’un à l’autre sans vergogne. Tandis que l’on parcourt les mots et tourne les pages toujours trop lentement pour savoir ce qu’il va advenir de l’un ou de l’autre, le chapitre se termine, nous laissant avec nos craintes, nos doutes et nos questionnements, pour faire place à un autre chapitre mettant en scène d’autres interrogations. Nous nous retrouvons alors partagés entre deux émotions contradictoires. Le soulagement d’un côté, nous octroyant une courte pause, bénéfique pour nos méninges et notre rythme cardiaque, et la frustration de l’autre, engendrant une attente fébrile à nos légitimes interrogations. Nos héros ne vont-ils pas mourir dans d’atroces souffrances, seuls et privés de notre soutien distant, mais sincère ? Difficile dans de telles conditions d’interrompre le récit, quand bien même cette interruption justifierait une pause de notre côté. Non, priorité à la lecture. Achever ce chapitre pour retrouver au plus tôt l’histoire du précédent. Le concept même du page-turner poussé ici dans ses derniers retranchements. Diabolique et terriblement efficace, admettons-le.

Le Signal se lit facilement donc et avec un plaisir non dissimulé, aidé en cela par une plume de qualité, une histoire bien ficelée et un rythme très bien pensé. Parmi les bonus de lecture, le lecteur appréciera également de retrouver quelques références ayant peut-être bercé sa jeunesse. Ainsi la petite bande de gamins, Goonies des temps modernes, avides d’aventures et de nouveaux trésors. Impossible par ailleurs de ne point faire le rapprochement de cette famille avec celle d’Amytiville. Le roman baigne quant à lui dans une douce ambiance à la Stephen King, ambiance rivalisant à peu de chose près avec le talent dont fait preuve ce dernier pour amener le lecteur d’un quotidien bienheureux au terrifiant surnaturel. Le voisinage de Mahigan Falls, situé non loin des contrées lovecraftiennes et de Salem, parachève ce tableau horrifique.

Pour le plus grand plaisir du lecteur, Le Signal, loin de se voir appauvri par de telles références, n’en garde pas moins son identité, n’occultant en rien la marque de fabrique propre à Chattam. Et lorsque l’on sait l’attachement de l’auteur à l’ancrage de ses romans dans le réel, sa capacité à infliger les pires horreurs à ses personnages et les connexions de la famille Spencer avec la sienne, les frissons sont assurés. Un livre aussi efficace que sa couverture est aguichante.

Vidéos

Le Signal – Maxime Chattam. Les éditions Albin Michel.

Le Signal : le roman d’horreur de Maxime Chattam. La Grande Librairie.

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