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Chronosquad, Giorgio Albertini et Grégory Panaccione, Éditions Delcourt

par 15 janvier 2018
Chronique réalisée par Lionel Gibert et Jean-Marc Saliou

 

Giorgio Albertini

Giorgio Albertini

Grégory Panaccione

Grégory Panaccione

Publié aux éditions Delcourt, Chronosquad – Concerto en la mineur pour timbales et grosses têtes est le quatrième et dernier opus de la série éponyme, récit de science-fiction qui nous conduit dans des voyages spatio-temporels extraordinaires. Emmenés par l’écriture de Giorgio Albertini et le dessin de Grégory Panaccione, nous repartons avec le professeur Korais, Penn, Bloch, Mimun et tous les autres membres des chronosquads. Toujours à la recherche des deux adolescents fugueurs Céleste et David perdus dans des ères différentes, ils doivent également capturer Silverberg pour contrecarrer ses plans. Dans la tourmente et lâchés par les autorités françaises, ils sont peu à peu supplantés par la JTL, puissante organisation privée qui cherche à privatiser la protection des chronotouristes. Comment nos amis parviendront-ils à changer le cours de l’Histoire qui leur échappe ?

 

 

Histoire

De nos jours, Léonard de Vinci, grand artiste du XVIe siècle, retrouve Penn. Celle-ci profite de l’occasion pour lui parler de sa paternité. Au Crétacé, sur une terre hostile, le professeur Korais, Bloch et quatre autres membres des chronosquads sont toujours à la recherche de Silverberg. Malheureusement, celle-ci s’est échappée pour rejoindre dans une autre époque : la Révolution française. Après avoir perturbé, lors de son arrivée, le premier vol des frères Montgolfier, elle rejoint le citoyen Danton et autres grands noms des révolutions passées et à venir. Pour quelles raisons ces personnages célèbres sont-ils réunis ? Que prépare Silverberg ?

La capture de Silverberg n’est pas le seul souci des chronosquads. La police temporelle est également confrontée à un autre problème d’envergure : retrouver rapidement les deux adolescents fugueurs David et Céleste. Dans le cas contraire, leur mission de protection du chronotourisme sera confiée à la JTL (Joint Times Logistics), société privée aux ambitions démesurées. Au XVe siècle, Céleste et son compagnon d’infortune Djede débarquent avec leur frêle embarcation sur une plage de l’ancien continent où Céleste espère trouver de l’aide pour rejoindre son temps. L’équipe de chronosquad commandé par le professeur Korais et Bloch rejoint notre époque grâce au concours des mercenaires de la JTL : des géants au teint blafard connus sous le nom d’Homo Specialor. La situation est tendue et la légitimité des chronosquads est remise en question. Comment ces derniers vont-ils réagir ?

Grâce à un travail méticuleux sur les différents interrogatoires des prisonniers du Dévonien, Milo et Bloch isolent vingt-trois points spatio-temporels où Silverberg pourrait se trouver ; la recherche peut reprendre. Mais cette fois-ci, les membres des chronosquads agiront comme simples citoyens, ayant perdu leur autorité. Plusieurs équipes de chronosquads se préparent. Les voyages spatio-temporels s’enchaînent sans succès. Par un heureux concours de circonstances, Bloch et Penn, aidés par Léonard de Vinci, retrouvent Céleste et Djedé à Milan lors d’un concert organisé pour une fête ducale en 1495. Silverberg reste cependant introuvable. Nos héros sont dans l’impasse.

Sur la scène médiatique, la JTL s’octroie ce succès. Les chronosquads sont mis à l’écart. Le professeur Korais est énervé et soucieux. Korais, Bloch, Penn et Mumin repartent pour Londres en 1978 à un concert mythique des Clash. Mais nos amis arriveront-ils à arrêter Silverberg avant la JTL ? Et qu’est-il advenu de David, le deuxième adolescent ? Les chronosquads arrêteront-ils par ailleurs la JTL ?

 

Lecture

Dans ce quatrième et dernier opus de la série Chronosquad, nous repartons pour une visite de notre Histoire dans un imbroglio burlesque, où se croisent pêle-mêle, Karl Marx, le citoyen Danton, Léonard de Vinci et quelques autres grandes figures historiques, sans omettre naturellement nos héros Télonius Bloch, Mimum Beloguy, Penn et le professeur Korais. Chaque couverture des trois précédents tomes nous présentait un des personnages principaux : Télonius Bloch, le professeur Korais et l’inquiétante Silverberg. Pour ce dernier tome, le personnage nous est inconnu, comme en témoigne ce beau bébé blond, lequel n’a pas manqué auparavant de nous interpeller dans le prologue du premier opus. Qui peut-il bien être ? Quel lien entretient-il avec notre affaire ? À ces interrogations, s’ajoutent celles laissées en suspens dans le tome précédent : Silverbeg réussira-t-elle à échapper à ses poursuivants ? Mais surtout, jusqu’où devront courir nos héros pour résoudre cette affaire ? D’emblée, les auteurs nous replongent dans le mystère le plus épais.

Après une séquence énigmatique où le professeur Korais récupère un jeune enfant blond des mains de Silverberg avant de regagner notre époque, l’aventure commence sur un rythme haletant qui se poursuivra tout au long de cette histoire jusqu’à sa conclusion. Le scénario signé Albertini nous invite à rejoindre Penn en prise avec maître Léonard sur un sujet d’actualité : quel rôle jouera maître Léonard dans l’éducation de leur futur enfant ? Nouveau saut dans l’histoire et le temps qui nous conduit avec Télonius et le professeur Korais à la recherche de Silverberg dans la période du Crétacé. Une question personnelle est soulevée : qui est le père de notre héros ? Nous rejoignons ensuite Céleste et Djede dans leur traversée périlleuse de l’Atlantique pour gagner l’Ancien Monde. Quelles sont les pérégrinations qui attendent Céleste et Djede en Europe au-delà de cette plage ? À chaque changement de récit, nous sommes tenus en haleine par l’action qui reste en suspens ou par une nouvelle interrogation soulevée. Tout au long de ce tome, nous vivons des récits riches en émotions où s’entrecroisent des protagonistes qui se retrouvent, se quittent et forment de nouveaux groupes auxquels s’adjoignent de nouvelles figures.

Le découpage participe également au rythme. Les scènes d’action sont marquées par des personnages en mouvement dans des postures dynamiques où alternent des plans d’ensemble et des plans rapprochés toujours centrés sur les personnages en action. Par exemple aux pages 206 et 207, lors de la tentative de fuite de Silverberg, des cadrages différents alternent selon la nature des protagonistes, entre les poursuivants, l’agent Mimus Beloguy, les géants et Silverberg elle-même. Les planches proposées par Panaccione sont pour la plupart découpées en trois ou quatre bandes. À plusieurs reprises, des planches entières nous sont présentées : il peut s’agir parfois d’encarts publicitaires factices qui occupent une double plage de l’album. Ainsi, aux pages 86-87, nous sommes invités à « aller sur les pas de Jésus » pour la modique somme de 13 500 euros avec une « rencontre de Jésus en personne ». Ces planches viennent ralentir le rythme de l’action pour mieux la relancer, non sans humour. Lequel s’avère proche de celui de Daniel Goossens : caustique à souhait ! Autre exemple en page 30 où nous retrouvons le professeur Korais, Bloch, Héra et trois autres membres des chronosquads au Crétacé dans un environnement hostile, toujours à la recherche de Silverberg. Là, brusquement, la situation change, la scène mettant l’accent sur la paternité inconnue de Bloch. Mais grâce au talent combiné des auteurs, lesquels rapprochent les nez du professeur Korais et de Bloch dans une même case, nous comprenons sans mystère aucun l’évidente filiation entre les deux personnages. La dimension burlesque de cette situation est accentuée par une référence cinématographique au film L’Empire contre-attaque de la saga Star Wars avec cette réplique devenue cultissime de Darth Vador à Luke Skywalker : « Je suis ton père ». L’ombre du seigneur Sith Vador plane derrière Bloch terrorisé. Autant de situations absurdes traitées sur un ton sérieux et admirablement secondées par des références culturelles bienvenues.

Le dessin de Panaccione est efficace et humoristique. En simplifiant les traits des personnages, il met en valeur les caractéristiques des personnages. Ainsi, pour notre héros Telonius Bloch, l’énorme nez, les yeux globuleux et la bouche charnue apparaissent singulièrement exagérés. Ce style caricatural n’est pas sans rappeler celui de l’école Marcinelle, associé au journal Spirou. Il n’est pas sans rappeler également un autre personnage au gros nez, lui aussi, héros à contre-emploi et des plus attendrissants : le bien nommé Gaston Lagaffe. Dans un visage, ce sont les yeux, la bouche et le nez que nous repérons d’emblée. Ces trois aspects-là suffisent à caractériser un visage humain, comme le soulignent si justement les traits simplifiés de Panaccione, lesquels parviennent avec malice à faire ressortir les expressions et les sentiments de ses personnages. L’autre évidence d’une telle démarche est de pouvoir nous identifier plus facilement aux personnages. Telonius Bloch devient de la sorte une figure universelle. Cette dernière ne nous est pas inconnue qui plus est. Ses traits reprennent ceux de Marcel Coste, joueur de tennis français fictif, personnage principal de Match, autre bande dessinée réalisée par Panaccione.

Une petite déception de notre part est toutefois à signaler. Un autre tome aurait été le bienvenu afin de développer au mieux toute la trame tissée par les auteurs dans les trois opus précédents et plus particulièrement l’intrigue concernant la JTL.

 

 

 

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Teaser de Chronosquad – © Éditions Delcourt, 2016 – © Giorgio Albertini, Grégory Panaccione, 2016
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