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Regards

Le Garde Républicain de Thierry Mornet, Éditions Hexagon Comics

par Jean-Marc Saliou2 novembre 2016

Article réalisé par Jean-Marc Saliou et Lionel Gibert

Thierry Mornet

Thierry Mornet

Terry Stillborn. Derrière ce pseudonyme se cache Thierry Mornet, un homme passionné de comics et de super-héros. Sa passion l’amène à réaliser un rêve de gosse : celui de voir enfin les aventures de son super-héros, Le Garde Républicain — créé il y a plus de trente ans — mises en images par des auteurs talentueux et célèbres. Efforts par ailleurs récompensés en ce premier week-end d’octobre 2016 qui voit Le Garde Républicain remporter le premier « Éléphant d’Or Comics » attribué lors de la 40e édition du « Festival BD Chambéry Savoie ». Thierry Mornet, Jean-Christophe Perrin et Jean-Yves Mitton en sont les heureux bénéficiaires. Petit tour d’horizon des couvertures associées au super-héros dont les aventures sont disponibles aux Éditions Hexagon Comics.

 Rencontre avec Laurent Lefeuvre et Thierry Mornet  L’Abécédaire de Thierry Mornet

Une histoire et un homme

Remontons le passé. 1980 : les fameuses Éditions Lug organisent un concours de création de super-héros français à travers le magazine Mustang. L’occasion pour Thierry Mornet de faire ses armes. Ce dernier imagine Le Garde Républicain, un justicier aux couleurs tricolores défendant les valeurs de la République. Un coup d’essai qui s’avère malheureusement non transformé. Mais peu importe : la passion est là et elle ne le quittera plus…

Car malgré le temps qui passe, il réussit à entretenir cette dernière. Grâce en un premier temps à un cursus professionnel original. Travaillant dans la communication, Mornet s’investit à ses heures perdues dans le fanzinat en réussissant le pari de concilier vie professionnelle et passion. Le voici à l’orée des années quatre-vingt-dix rédacteur freelance au sein des Éditions Bethy et Panini. Il est par la suite contacté par Semic dont il devient le rédacteur, lequel Semic a repris entre temps les Éditions Lug. Grâce à cette dernière structure, il va populariser ces comics, lesquels voient leur diffusion passer du kiosque à la librairie. Les Semic Books naissent et les titres DC Comics réapparaissent dans l’hexagone. Mais des désaccords avec la direction amènent Thierry Mornet à quitter cette structure. Peu importe, une nouvelle aventure l’attend et non des moindres. Il rejoint en 2005 les Éditions Delcourt en tant que responsable éditorial Comics où il anime notamment la collection Contrebande. Privilégiant les auteurs cherchant des thématiques et des héros plus originaux et moins standardisés, il ouvre le champ à tous les genres : la science-fiction bien sûr, mais aussi le polar, le fantastique et l’horreur. Hellboy, Walking Dead, Tony Chu, Star Wars ou encore The Goon viennent ainsi enrichir la collection. Des pointures comme Mike Mignola, Charlie Adlard ou Eric Powell participent à cette aventure. Cette passion va également amener notre homme à éditer un ouvrage devenu une référence : Comics – Les Indispensables de la BD américaine !

À l’approche de la cinquantaine et fort de cette expérience, Thierry Mornet décide de ressortir de ces cartons Le Garde Républicain. Son objectif : redonner aux super-héros français leur lustre d’antan. Il se souvient en ce sens que les Éditions Lug avaient le mérite de montrer aux lecteurs des super-héros qui n’étaient pas l’apanage des seuls Américains. Tota avec la série Photonik, tout comme Mitton et son fameux Mikros constituent dans cette démarche de fervents porte-drapeaux tricolores. Et d’ailleurs, ils ne sont pas les seuls. Par le passé, en France, des héros pas comme les autres fleurissent et enchantent notre imaginaire. Le continent nord-américain est sans aucun doute le précurseur des super-héros, comme en témoignent les séries Superman (Siegel et Shuster) ou Batman (Kane et Finger) créées durant les années trente. Mais après-guerre, des créations françaises viennent concurrencer les comics US. C’est l’époque de Fantax ou de Super Boy dont l’influence américaine est bien sûr incontestable. Les Éditions Lug popularisent par la suite les séries Mikros et Photonik avec la publication du magazine Mustang. Toutefois, une période de disette située vers la fin des années quatre-vingt se fait jour. La mutation du marché combinée au désintérêt pour le périodique entraine un déclin qui ne s’arrêtera qu’au début de ce nouveau millénaire, lequel nouveau millénaire signe une véritable renaissance du genre. Les succès sans précédent au box-office des versions cinéma du Spiderman de Sam Raimi, des X-Men de Bryan Singer et du Batman de Christopher Nolan en sont l’éclatante démonstration.

Outre Thierry Mornet, de nouveaux auteurs comme Lefeuvre ou Dorison, bercés durant leur jeunesse par Strange ou Mustang, décident de redorer le blason des super-héros. Citons par exemple le prometteur Fox-Boy, Captain Anarchy ou encore L’Intrépide. Mais aussi des titres steampunk avec Les Sentinelles (dessiné par Enrique fils du grand Alberto Breccia) ou La Brigade Chimérique de Serge Lehman, fervent défenseur des comics à la française. Cette superbe saga mérite amplement d’être redécouverte, popularisant à nouveau des super-héros du début du siècle dernier comme Le Nyctalope. Dans ces comics franco-français, l’influence US est certes indéniable, mais nous ne saurions réduire cette riche production à une vulgaire transposition. Ce qu’il ressort clairement de ces titres, c’est une vision française marquée du sceau de nos particularismes sociétaux et nationaux.

Et c’est tout particulièrement le cas du Garde Républicain. Thierry Mornet redonne vie à son personnage, épaulé dans cette noble mission par des dessinateurs légendaires ou bénéficiant d’un bel avenir en nos contrées bédéphiles. En témoignent pour les premiers les noms de Jean-Yves Mitton (alias John Milton), Berger, Roncaglioco ou encore Eric Powell pour les plus confirmés. Pour les seconds, il conviendra de citer Lefeuvre, Hénin ou encore Rhodes, auteurs des plus talentueux et prometteurs s’il en est. Outre une démarche que l’on ne peut que saluer sur le plan visuel, cette série a le mérite de séduire également sur le plan conceptuel : notre Garde Républicain est avant tout un défenseur des valeurs de notre démocratie, combattant en cela tout type d’adversaires qui souhaiterait attenter à nos libertés et nos principes. Certes, certains lecteurs ne manqueront pas d’y voir une lecture forcément manichéenne, idéaliste, voire moralisatrice. Les autres y puiseront une réflexion qui semble s’imposer en ces temps troublés. Quelle que soit l’hypothèse retenue, la série s’impose in fine comme une franche réussite dont le plaisir de lecture demeure intact, offrant au lecteur un super-héros riche en couleurs. Une marche d’honneur pour notre Garde au sein d’un panthéon gaulois des super-héros qui n’a nullement à rougir de son concurrent outre-Atlantique.

 

Des couvertures et des hommes

La collection du Garde Républicain offre une myriade de couvertures aux couleurs tantôt chatoyantes et vives, tantôt sombres. Ces couvertures proposent une vision de notre super-héros dans des postures dynamiques, mais pas uniquement. Comme dans l’esprit des couvertures de comics Marvel ou DC Comics, l’intention est de séduire les lecteurs par un dessin accrocheur et de les inviter par ce premier pas à les faire entrer dans l’histoire.

Ainsi, dans le numéro 1 de cette saga, Eric Powell nous campe un héros dans une attitude hiératique et solennelle qui n’est pas sans rappeler le Batman dessiné par Franck Miller. Eric Powell, remarquable dessinateur américain a travaillé avec des collaborateurs prestigieux dont Mike Mignola. Ermite installé dans une forêt du Tennessee et nourri aux films horrifiques et fantastiques, Powell est l’auteur d’un comics : The Goon, comics pour lequel il manie l’humour noir et la dérision avec un savoir-faire indéniable. Cette série remporte un franc succès. La mise en page montre au premier plan le Garde Républicain prêt au combat avec ces deux tonfas, avec en arrière-plan la vision de la mort symbolisée par un crâne qui se confond avec la noirceur d’un ciel annonçant les périls à venir. La crinière, qui n’est pas sans rappeler la foudre, vient rompre et déchirer le fond assombri par des couleurs denses et saturées, faisant ainsi ressortir le Garde Républicain.

Dans le cinquième opus, Stéphane Roux intervient en réalisant une illustration de qualité qui n’est pas sans nous rappeler les illustrations des bandes dessinées de la saga Star Wars, auxquelles il a par ailleurs participé. À cette occasion, il rencontre Thierry Mornet qui lui propose de dessiner la couverture de cet épisode du Garde. Auteur méconnu venant de l’animation (foot2rue), Stéphane travaille pour Marvel en dessinant notamment la série Witchblade. La posture du Garde Républicain fait écho à celle dessinée par Eric Powell : voici notre super-héros prêt au combat, dans une posture épique et pleine de noblesse, s’apprêtant à prêter main-forte à ses camarades, savoir un poilu au tout premier plan, un chasseur alpin et un soldat contemporain. Les couleurs ocre, sombres accentuent la dramaturgie de la scène. Nous sommes ici au cœur d’un affrontement, sur un champ de bataille où se joue la sauvegarde des valeurs de la République.

En plus des auteurs confirmés, Thierry Mornet fait appel à des dessinateurs en devenir comme Danny Rhodes. Né à Marseille, ce dernier est directeur artistique et graphiste, et surtout passionné de comics. À ses heures perdues, il dessine Le Garde Républicain et notamment cette couverture du quatrième opus. Pris pour cible, notre héros est dans une posture rageuse, prêt à réagir. L’usage de la contre-plongée donne un caractère dynamique à cette mise en page. Outre le fond rouge qui rappelle le sang versé, le contraste entre le rouge et le noir fait ressortir Le Garde, lui donnant à nouveau une allure solennelle. La dimension de violence est à nouveau présente comme à chaque épisode. Le masque tombe : tout le monde peut être un héros à l’instar de celui ornant la couverture.

Dans le numéro spécial édité au profit des orphelins de la police, le ton change : notre héros est ébranlé, comme le manifestent ce ciel gris et cette la pluie comme un temps de Toussaint. Le Garde Républicain porte le deuil en mémoire des policiers victimes des attentats du 7 janvier 2015. Ces derniers ont versé leur sang pour défendre les citoyens. C’est aussi la démarche du Garde Républicain : défendre le citoyen et les valeurs de la République. Cette République qui prend en charge la protection des orphelins comme le montre le dessin de couverture. L’air dubitatif, la crinière balayée en avant par la pluie et le vent, les couleurs grises, ternes, autant d’éléments accentuant le deuil et la sidération portée par le Garde. Seules ressortent comme un espoir les couleurs du tricolore. Ce dessin tragique, réalisé par Thierry Chavant nous renvoie à notre propre prise de conscience. Ce dernier après une formation de dessinateur maquettiste et de design industriel est aujourd’hui directeur artistique dans une agence de communication. Passionné de bandes dessinées, il consacre son temps libre à réaliser Blanche et 22. Il participe également à La Revue Dessinée en réalisant Au pied du mur, reportage dessiné sur les migrants. L’illustration de la quatrième de couverture par Nicolas Mitric est également une réussite, laquelle réalisation offre une représentation stylisée du Garde Républicain sur fond tricolore.

Dans l’épisode du numéro 6, majestueux dans son costume d’apparat, Le Garde Républicain pose tel un conquistador. Le clair-obscur nous rappelle les réalisations de ces peintres espagnols du 17e siècle : Velasquez, Murillo ou Zurbaran. Cette superbe illustration a été réalisée par Olivier Péru, illustrateur et dessinateur de bandes dessinées, mais également romancier. On y retrouve les attributs de La Garde Républicaine : le sabre porté sur le côté droit et le casque orné de sa crinière blanche se détachant de l’armure aux couleurs sombres et dorées. Protégé par son armure, son visage offre un regard absent. Il s’en détache une impression de raideur, mais aussi de noblesse. Cette allure martiale nous rappelle le côté hiératique du Garde.

Dans l’épisode 2054, La Renaissance d’un héros, Le Garde Républicain apparait victorieux et conquérant. Il se détache d’un fond orangé incandescent. Sa posture et l’exagération de l’anatomie — à l’instar des dessinateurs américains de comics — ne sont pas sans rappeler celle de Mikros, L’Homme Guêpe. Ce qui en renforce le dynamisme. Mikros, personnage créé par Jean Yves Mitton — alias John Milton — est bien connu de nos lecteurs éclairés. Jean Yves Mitton a bercé notre enfance au travers des Éditons Lug et l’on retrouve pour ce nouvel épisode du Garde son dessin spectaculaire et enlevé au service d’une intrigue qu’il a lui même écrite. Le sens du détail de Mitton apparait dans ce dessin : sans aucune indication temporelle, le lecteur devine que l’épisode se déroule dans le futur, grâce notamment aux costumes et aux armes. Ces dernières ressemblent à celles que l’on connait, l’auteur ayant toutefois considérablement modernisé le design et la technique afin d’en faire des armes à faisceau laser. Notre super-héros avec ce casque et ses lunettes d’un autre temps a pourtant des allures de guerrier troyen — n’oublions pas qu’il traverse les époques incarnées par des personnes différentes. Particularité de cet épisode : un sens du cocasse et de la dérision, humour que l’on retrouve dans Mikros, dont une réédition noir et blanc de qualité est sortie en 2013 aux Éditions Delcourt.

Les fêtes de fin d’années marquent la sortie en 2014 d’un numéro spécial du Garde Républicain, avec comme invités l’agent Bourask et Kit Kappa du C.L.A.S.H. Le Garde Républicain y est en pleine action, lancé dans une attaque qui semble dirigée vers Kit Kappa. La posture des deux personnages n’est pas sans rappeler cet art martial brésilien : la capoeira, mélange de lutte et de danse. En arrière-plan, la tour Eiffel, symbole de Paris, se détache dans une composition triangulaire. Marianne apparait pour la première fois sur une couverture, œuvre du mexicain Edouardo Garcia, lequel a déjà travaillé pour Hexagon Comics avec la série Strangers.

Dessinée par Bruno Bessadi, la couverture sobre du numéro 7 nous présente Le Garde en pleine course, le tonfa en avant, prêt à en découdre. Le fond blanc fait ressortir les couleurs tricolores, notamment la crinière de couleur rouge pour l’occasion. Le costume est une armure qui rappelle celle de Judge Dreed, série dessinée par Brian Bolland. Bessadi reconnait d’ailleurs volontiers l’influence de ce dessinateur de comics, auteur avec Miller du mythique Batman the Killing Joke.

Pour ce deuxième épisode du Garde Républicain, on est d’emblée frappé par la présence de notre super-héros breton Fox-Boy, pieds et poings liés sous la surveillance du Garde Républicain. Celui-ci, assis sur sa moto, se détache d’un fond vert. La typographie change et mêle les couleurs tricolores du Garde à la couleur orange de Fox-Boy. Le Garde porte un regard plutôt bienveillant sur Fox-Boy tandis que ce dernier lui renvoie un regard narquois emprunt de ruse, lequel regard laisse présager un affrontement sans merci ou peut-être le début d’une longue collaboration. À découvrir dans le récit réalisé par Lefeuvre dont il conviendra ici de souligner la qualité narratrice. La mise en page des titres du Garde Républicain nous rappelle celle du magazine Strange, hypothétique clin d’œil emprunt de nostalgie.

À travers ces histoires, le mérite de la série Le Garde Républicain est de délivrer un message : celui de la défense de nos valeurs républicaines. Le Garde se veut en cela garant du respect de la République, combinant esprit de tolérance, mais aussi fermeté. C’est aussi dans cet esprit que le personnage de Marianne, jeune femme pleine d’allant venant à l’occasion épauler notre héros dans ces péripéties, nous donne à voir que l’intégration à nos valeurs dans le respect des principes républicains est parfaitement possible. Par leur diversité et leur richesse graphique, les couvertures du Garde Républicain offrent une esthétique dynamique et séduisante, un peu dans la mouvance de celles des illustrés américains qui ont bercé notre jeunesse.

 

 

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