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Romans

Miss Peregrine et les enfants particuliers, Trilogie de Ransom Riggs, Éditions Bayard Jeunesse

par 22 octobre 2016
Ransom Riggs

Ransom Riggs

Alors que le Miss Peregrine et les enfants particuliers de Tim Burton est toujours à l’affiche, le moment est venu de nous pencher sur la trilogie de Ransom Riggs publié chez Bayard Jeunesse. Après avoir sorti le premier volet des aventures de Jacob Portman en 2012, puis un deuxième volet en 2014, tous deux auréolés du Grand Prix de l’Imaginaire (GPI) 2015 pour le meilleur roman étranger pour la jeunesse, l’éditeur vient de livrer la dernière tomaison de cette trilogie tout récemment. Miss Peregrine et les enfants particuliers est incontestablement un succès de librairie, si l’on en juge par sa première place occupée dans la liste des best-sellers du New York Times dans la catégorie livre pour enfants et par sa présence dans cette même liste 63 semaines durant. Succès amplement mérité comme nous allons le découvrir.

 

miss-peregrine

Histoire

Jacob Portman, adolescent américain lambda dans toute sa splendeur, a passé son enfance, bercé par les histoires de son grand-père. Recueilli étant jeune par Miss Peregrine au sein d’une petite île galloise, Abe Portman fut à l’époque entouré d’enfants fabuleux aux aptitudes surnaturelles merveilleuses. Bien sûr, il y avait aussi les monstres, mais la maison de Miss Peregrine, tel un paradis, protégeait ces enfants particuliers des dangers du monde. Fillette lévitant, garçon invisible ou garçonnet capable d’héberger des abeilles dans son corps, tels furent les camarades du grand-père Portman dans son enfance. Pendant longtemps, Jacob crut à ses fantaisies, bien qu’en grandissant le garçon finit par comprendre qu’il ne s’agissait que de cela : des fantaisies. De jolies dorures pour embellir un passé triste et une jeunesse rythmée par les attaques de la Seconde Guerre mondiale.

Alors qu’une vie tranquille et peu glorieuse s’offre à lui, Jacob, seize ans, voit sa vie basculer du jour au lendemain avec la mort de son grand-père. Mais cette mort n’est pas accidentelle, pas plus qu’elle n’est naturelle. Seul à comprendre que son aïeul a été assassiné par une créature monstrueuse, le jeune homme va faire tout son possible pour comprendre qui était réellement le vieillard gâteux au trop-plein d’imagination qu’était son grand-père. Et pour cela, il va retourner sur l’île ayant abrité l’enfance du jeune Abe dans l’espoir d’y découvrir la vérité.

Sur l’île galloise, Jacob va découvrir un tout nouvel univers : celui de son grand-père. Un monde où les gens normaux font place aux personnes particulières, freaks d’autrefois, dotées d’aptitudes et de physionomies différentes, étranges et souvent merveilleuses. Et tout en réalisant ce que fut la vie de celui-ci, il ouvrira les yeux sur ce que sa vie pourrait être, sur ce qu’il est réellement. Alors que le précieux monde qui s’offre à Jacob est menacé, alors que ses nouveaux amis sont en danger, l’adolescent va devoir faire un choix : retourner chez lui, comme si de rien n’était, et vivre dans la crainte toute sa vie ou quitter sa famille et se battre contre des monstres invisibles et des Particuliers sans scrupules.

 

Lecture

Lorsque l’univers de Peter Pan rencontre celui des X-Men et de Harry Potter, cela donne une trilogie pleine de magie et d’aventures. Une trilogie prenant place dans un monde semi-imaginaire développant sa propre mythologie, ses propres règles et même son propre langage. Le monde des Particuliers, individus dotés de pouvoirs surnaturels est en effet régi par des lois qui lui sont spécifiques. Afin d’éviter l’hostilité des « normaux », une grande partie des Particuliers s’est réfugiée dans des boucles temporelles. Dans ces univers clos, la même journée se répète à l’infini. Les Particuliers y vivant, s’ils ont parfaitement conscience du temps qui passe, ne vieillissent pas et sont prisonniers de ces boucles dès lors qu’ils y ont passé trop de temps.

Cette spécificité des boucles offre à l’histoire des problématiques intéressantes. En effet, les enfants que découvre Jacob sont en tout point les mêmes que ceux qu’a connus son grand-père dans sa jeunesse. Vieillards dans des corps d’enfants, ils sont davantage traités comme des gamins ou des adolescents que comme des octogénaires. Ce paradoxe se révèle donc dans leur psyché. S’ils peuvent avoir des réactions et des pensées convenant à leur âge réel, ils ne sont considérés que selon leur âge physique et ont tendance à agir conformément à ce dernier. Âge biologique, âge psychologique, âge social influencent tour à tour les personnages évoluant autour de Jacob, seul particulier dont le physique reflète la réalité. De plus, une deuxième difficulté est induite par cette fantaisie, difficulté touchant Jacob plus précisément. En effet, tombé sous le charme de la charmante et flamboyante Emma, il réalise rapidement qu’elle n’est autre que la mystérieuse amoureuse de son grand-père. Que choisir alors ? Une relation presque incestueuse avec celle qui aurait pu être sa grand-mère, mais qui n’en demeure pas moins cette jeune femme qu’il aime ? Ou l’abandon d’une histoire d’amour qui semble pleine de promesses malgré la différence d’âge ?

La hiérarchie au sein du monde des Particuliers crée également son lot de problèmes. Telle une pluralité de monarchies, les boucles temporelles sont conçues et surveillées par des Ombrunes, femmes capables de se transformer en oiseaux et de jouer avec le temps. Évidemment, comme dans le monde réel, ces chefs d’État miniatures ne font pas toujours l’unanimité. Entre ceux n’appréciant guère l’idée de vivre sous la coupe de femmes, ceux ne supportant pas de se trouver emprisonnés dans leurs boucles et ceux rêvant de recouvrer le statut de demi-dieux immortels et vénérés des temps jadis, les opposants au mode de vie instauré par les Ombrunes sont nombreux.

Suite à l’échec d’une expérience malheureuse menée par un groupe d’opposants au mode de vie des Ombrunes dans le but de prendre le pouvoir, ces derniers virent leurs rêves de liberté et de grandeur anéantis. Réduits à l’état de monstres invisibles et sanguinaires, ceux ayant bu assez de sang de Particuliers retrouvent une forme humaine, mais n’ont ni jugeote ni conscience. Assoiffés de pouvoir et incapables de tirer des leçons du passé, ils suivent aveuglément leur leader, courant éperdument après un mythe plusieurs fois centenaire. Bien que leurs méthodes et objectifs laissent sérieusement à désirer, les questions qu’ils posent n’en sont pas moins pertinentes. Puisque le monde méprise les Particuliers, les asservit voire les maltraite, pourquoi ces derniers ne pourraient-ils pas donner un bon coup dans la fourmilière et montrer par la force qu’ils méritent plus que du respect ? Et sans même se préoccuper des autres, l’existence même des Particuliers au sein des boucles temporelles est sujette à question. Ils jouissent d’une tranquillité et d’une sécurité certes, mais quid de la liberté de mouvement ? Quid de la possibilité de découvrir le monde, de voyager, de se forger sa propre opinion sur les choses, tout en faisant l’économie d’un tuteur imposant sa vision aux autres ? Assurément, si ceux qui sont sur le point de mener le monde à sa perte sont blâmables, leurs propos ne sont toutefois pas si stupides. L’évolution et la réflexion desservies par la cupidité et l’inconscience : est-ce là une attitude si nouvelle ?

Mais passons à présent à un autre aspect important de ces trois romans : l’aspect visuel. Ransom Riggs, collectionneur de photos vintages illustre ses romans de magnifiques photographies prélevées dans sa collection personnelle, mais également au sein d’autres collections privées. À vrai dire, le terme « illustrations » pourrait sembler quelque peu péjoratif eu égard à la dimension graphique particulière qui les caractérise. Intégrées dans le récit avec brio, ses images en font partie à part entière. Lorsque le grand-père Portman raconte ses histoires à son petit-fils en lui montrant ses photographies surréalistes, c’est comme s’il nous les passait en mains propres. Comme Jacob, nous écoutons les merveilles qu’il raconte — ou plutôt nous les lisons — tout en tenant les photographies auxquelles il fait référence. Plus tard dans le récit, ces dernières deviennent un support à l’imagination et sans nous en rendre compte, les images créées par notre cerveau se mêlent à celles offertes par l’auteur pour donner une texture, une vision nouvelle au regard des enfants. Les promesses que laissent entrevoir ces superbes couvertures quant à notre immersion au sein du récit sont parfaitement tenues.

La trilogie Miss Peregrine et les enfants particuliers est certes classée dans les romans pour la jeunesse, mais les concepts abordés, l’histoire et le côté visuel de l’œuvre la rendent intéressante pour les adolescents tout comme pour les adultes ayant conservé leur âme d’enfant. Un univers bien construit, des rebondissements, des aventures bien rythmées et des personnages attachants, de quoi finalement donner envie de plonger dans de telles aventures !

 

Sites internet

Sites Éditeur
Miss Peregrine et les enfants particuliers, Éditions Bayard Jeunesse
Éditions Bayard Jeunesse

Site Livre
Wikipedia Miss Peregrine et les enfants particuliers

Sites Auteur
Site personnel Ransom Riggs
Wikipedia Ransom Riggs
Facebook Ransom Riggs
Twitter Ransom Riggs
Instagram Ransom Riggs

 

Bande-Annonce du film Miss Peregrine et les enfants particuliers – © 20th Century FOX, 2016
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