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Beaux Livres

Gotland, Thomas Day et Nicolas Fructus, Éditions Le Bélial’

par 11 avril 2017

 

Non contentes de nous livrer deux nouvelles collections avec « Une Heure-Lumière » — laquelle comptabilise déjà près d’une dizaine de titres et s’avère promise à un beau succès éditorial — et « Pulp », les éditions Le Belial’ récidivent en nous gratifiant d’une troisième nouvelle collection, Wotan, qu’inaugure justement ce Gotland, livre-monde à l’inspiration lovecraftienne et fruit d’une belle campagne participative sur le site Ulule. Et les pontes de chez Le Bélial’, Olivier Gérard en tête et en charge de la direction d’écriture, de titiller nos cordes sensibles avec un premier opus s’engouffrant dans les méandres indicibles du récit lovecraftien, décidément bien représenté dans nos contrées hexagonales ces temps-ci. Quand l’horreur lovecraftienne se marie avec les pinceaux du talentueux Nicolas Fructus, lequel signe deux des trois récits — Thomas Day étant responsable du deuxième — on s’empressera de s’inquiéter de sa santé mentale… Prix Bob Morane 2017 dans la catégorie Prix spécial.

Gotland – © Éditions Le Bélial’, 2016 – © Illustrations et textes Nicolas Fructus, 2016 – © Texte Thomas Day, 2016 – © Mise en scène graphique Franck Achard, 2016 – © Direction d’écriture Olivier Girard, 2016

Gotland – © Éditions Le Bélial’, 2016 – © Illustrations et textes Nicolas Fructus, 2016
© Texte Thomas Day, 2016 – © Mise en scène graphique Franck Achard, 2016
© Direction d’écriture Olivier Girard, 2016

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Thématique

Trois lieux. Trois époques. Trois récits. Trois incursions sur les rivages du maître de Providence. Et une floraison d’illustrations et de photographies pour contextualiser cette traversée dans les profondeurs chtoniennes. Dans le premier texte Gotland, Larsson, « talentueux compagnon de route, homme éclairé du septième siècle de votre ère » découvre, en arpentant quelque chemin de traverse interdit, une cité ancestrale aux architectures contrariées et cyclopéennes dont l’ancienneté ne semble pas avoir balayé pour autant toute forme de vie. Tant s’en faut. En réactivant malgré lui les portes de cette cité interdite longtemps cachée au regard des hommes, notre compagnon réintègre cet espace maudit dans l’histoire de ces derniers, offrant un visage d’horreurs indicibles aux terres du Gotland.

Le deuxième texte Forbach, signé Thomas Day, met en scène la disparition de Matteo, nouvellement propriétaire de l’inquiétant manoir que le vieux Marc Wallenberg vient de lui laisser en héritage. La jeune Lin s’empresse alors de mener l’enquête sur les traces du disparu, GPS en mains, fouillant dans les moindres méandres et recoins de la bâtisse jusqu’en ses profondeurs les plus sombres. Et d’y découvrir l’existence d’une chose tapie remontant aux temps antédiluviens. Une remontée dans les abîmes du temps que signe cette enquête antéchronologique, où les repères temporels défient tout entendement.

Le troisième et dernier texte, Mémoires des mondes troubles, met en scène la Faille Maréchal, faille par laquelle des entités aux contours plus étranges et terrifiants les uns que les autres s’engouffrent dans notre quotidien, de façon transparente et à l’insu des regards ambiants. Seules les photographies orchestrées par Louis-Édouard Ferdinand Maréchal en cette fin de XIXe siècle laissent apparaître lesdites créatures aux formes chtoniennes, invisibles aux humains dans leur quotidien. Et notre narrateur de mener l’enquête afin de récupérer autant de clichés possibles dans l’espoir d’en percer les tenants et les aboutissants, aussi terrifiants soient-ils. Un texte qui n’est pas sans rappeler par ces enjeux la nouvelle From Beyond (De l’au-delà) de notre reclus de Providence.

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Lecture

Rhââââ… Lovely ! Voilà une initiative des plus grisantes, savoir celle de conjuguer les horreurs indicibles du sieur Lovecraft avec le talent graphique d’un Nicolas Fructus, lequel nous avait bien régalé avec son déjà superbe Kadath paru aux éditions Mnémos. Nicolas Fructus réitère la performance avec ce superbe Gotland, accompagné cette fois-ci de l’auteur Thomas Day et du graphiste Franck Achard.

Trois lieux. Trois époques. Trois récits donc. Trois récits indépendants que rien ne rattache si ce n’est la matière lovecraftienne et les registres qui lui sont attachés. En cela les textes remplissent parfaitement leur contrat, distillant ce qu’il faut de descriptions et d’ellipses afin de susciter notre désir de voir révélées in fine les horreurs indicibles tant craintes qu’espérées, satisfaisant de la sorte notre coupable penchant pour un voyeurisme des plus salvateurs. Si les textes ne renouvellent nullement le genre, ils s’avèrent néanmoins de bonne facture, faisant l’économie d’une terminologie lexicale si propre à l’auteur de Providence pour s’ancrer au mieux dans leur contexte historique respectif.

Concernant le registre graphique, là, il faut d’emblée convenir que l’entreprise effectuée par la nouvelle collection Wotan force le respect. Le travail illustratif — et dans une moindre mesure photographique — s’avère de toute beauté. Manifestement, le sieur Nicolas Fructus s’est montré des plus inspirés. Les illustrations se rattachant aux deux premiers récits invitent sans effort à franchir les frontières du rêve afin d’arpenter les contrées de l’esprit foisonnant de l’univers lovecraftien. Les textes sont pour la plupart pleine page et rien ne vient donc heurter le suivi de lecture, laissant ainsi des compositions graphiques se déployer elles aussi sur une pleine page, quand ce ne sont pas deux voire trois qui sont mises à leur disposition de ces dernières — superbes volets dépliants sur trois pages. De toute beauté ! Entre les deux premiers textes, Nicolas nous gratifie d’un « Interlude » regroupant un cahier de quelques croquis bienvenus. Les choix iconographiques sont des plus pertinents et l’ambivalence de ces ambiances à la fois inquiétantes et merveilleuses est reproduite à bon escient. Elles ne sauraient toutefois rivaliser d’horreur avec celles d’un Giger par exemple, dont on sent toutefois les inspirations évidentes pour certaines d’entre elles. En cela, elles se rapprochent davantage d’un merveilleux proche du récit lovecraftien Kadath que d’une épouvante issue de ses nouvelles au registre proprement horrifique. Le souci du détail ne manque jamais de bonifier les compositions à l’architecture savante, aidées en cela par des choix colorimétriques toujours bien équilibrés. Le registre du bestiaire horrifique n’est pas en reste non plus, les créatures les plus improbables achevant de magnifier cette aberration lovecraftienne. Les photomontages concernant le dernier texte sont pour la plupart fort réussis et témoignent d’un réel souci de réalisme. Ils révèlent en cela une performance esthétique et technique des plus convaincantes, exercice de style souvent périlleux s’il en est. Et d’autant plus rare a fortiori

« Il y a le secret, le mystère, l’abîme, la révélation et la terreur » nous informe le site éditorial. Certes… Mais bien plus encore ! Gotland dépasse en cela le cadre du simple art book : il transcende les codes du genre pour nous proposer une nouvelle expérience de lecture, combinant avec intelligence les supports textes, illustrations et photographies. Cette heureuse combinaison est par ailleurs magnifiée par la superbe maquette signée Franck Achard. Le soin apporté à cette dernière frise le sans-faute et invite le regard à se perdre dans les moindres recoins de page. Un travail d’orfèvre, comme en témoignent également les délicates incrustations de la couverture. Toutefois, eu égard au prix et à la modeste pagination de l’ensemble — 40 euros pour 156 pages — un étui rigide en sus eût été le bienvenu, histoire peut-être de valoriser un chouille ledit objet fructussien et d’offrir à ce dernier l’écrin qu’il mérite assurément. Ah, vil péché que celui de la gourmandise… Et les gourmands et gourmets que nous sommes attendent patiemment aux fins fonds de leurs canapés que cette nouvelle collection engendre autant de rejetons que Shub-Niggurath de chevreaux…

 

 

Sommaire

Chapitre 1 : Gotland
• Texte et Images de Nicolas Fructus

Chapitre 2 : Forbach
• Texte de Thomas Day et Images de Nicolas Fructus

Chapitre 3 : Mémoire des mondes troubles
• Texte et Images de Nicolas Fructus

 

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Teaser Gotland de Thomas Day et Nicolas Fructus aux Éditions Le Bélial’
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Frank Brénugat
Diplômé d’un Master en philosophie, Frank Brénugat a été enseignant en Formation Humaine et Sociale dans les écoles ENSETA Bretagne (École Nationale Supérieure de Techniques Avancées) et ISEN Brest (Institut Supérieur de l’Électronique et du Numérique). Il enseigne actuellement la philosophie dans l’établissement brestois du groupe scolaire Javouhey. Ancien Directeur de la rédaction du magazineParallèles, il se passionne pour les contrées associées aux domaines de l’imaginaire et voue un amour sans bornes à l’égard des voyages.
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