L’Autre ville, Michal Ajvaz, Éditions Mirobole Éditions
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Illustration Principale Auteur Michal Ajvaz
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Rencontre avec Michal Ajvaz

par Frank Brénugat1 février 2016
Dialogue avec Michal Ajvaz. Questions-réponses autour de L’Autre Ville, Prix européen des Utopiales 2015

L'Autre VilleMirobole Éditions, jeune maison d’édition bordelaise créée en 2012 par Sophie de Lamarlière et Nadège Agullo consacre son catalogue aux territoires de la littérature policière sous la collection « Horizons noirs » et fantastique sous la collection « Horizons pourpres ». Cette dernière publia l’année dernière L’Autre Ville, roman du tchèque Michal Ajvaz, lequel vient de remporter le Prix européen des Utopiales 2015. Roman fascinant qui conte les pérégrinations surréalistes d’un protagoniste découvrant l’existence d’une ville parallèle à la sienne, cachée dans les nombreux recoins et zones d’ombre auxquels personne ne prête attention. Michal Ajvaz revient le temps de quelques questions sur ce récit onirique aussi fascinant que déroutant. Propos recueillis par Frank Brénugat et traduits de l’anglais par Jean-Philippe Lecomte. Nos remerciements à Michal Ajvaz, aux éditions Mirobole et à Jean-Philippe Lecomte.

L’Autre Ville

 

Frank Brénugat
 : Comment vous est venue l’écriture de L’Autre Ville ? Quelle importance accordez-vous à cette écriture si particulière qui compose le récit dans le processus narratif ? Quelles ont été directement ou indirectement vos éventuelles sources d’inspiration ?

Michal AJVAZ : Ma première inspiration pour l’écriture du livre a été le moment où je marchais un hiver sur une petite place à Prague nommé Pohorelec. La place était recouverte de neige, et de là m’est venue l’idée que l’atmosphère de l’endroit cache une histoire que je peux développer. Mon habituelle façon d’écrire est ainsi de dégager une histoire à partir d’une émotion de base assez vague, sans avoir de plan exact en tête. Les auteurs qui m’ont influencé durant l’écriture ont été les romantiques allemands, Lautréamont, Kafka, Michaux, Borges, Calvino…

Pourquoi avoir choisi la ville de Prague comme cadre à cette histoire ? Prague n’a pas manqué d’être un personnage à part entière dans la littérature. Quel regard portez-vous sur cette capitale ?

Michal AJVAZ : Comme je l’ai dit en réponse à la précédente question, mon écriture se base sur des émotions qui sont reliées à des endroits. La raison principale pour laquelle j’ai écrit un livre sur la ville de Prague est que c’est une ville où j’ai vécu toute ma vie, et que c’est elle qui m’a apporté le plus souvent ce genre d’émotions. Je ne considère pas Prague comme une ville plus « magique » que d’autres, la magie et les fondements pour l’écriture d’histoires fantastiques peuvent être trouvés dans n’importe quel endroit du monde. De plus, dans mes précédents livres, Prague ne joue pas souvent le rôle de cadre à mes histoires. Je suis un peu agacé quand on me décrit comme un « Auteur de Prague ». Mes précédents livres ont pour décor différentes villes de différents pays, comme l’histoire de mon livre The Luxembourg Garden qui se déroule à Paris.

Pouvez-vous dire que les événements qui surviennent de l’autre côté de la ville représentent une anormalité ou s’agit-il simplement d’une normalité autre ? Quel sens donnez-vous à la notion de normalité ?

Michal AJVAZ : Un auteur n’est pas le seul détenteur de l’unique et correcte signification de son œuvre, il est dans la même position d’interprète que les autres. Mais je pense que « L’autre côté » de la ville ne représente ni l’anormalité ni une réalité différente ; c’est l’autre côté inaperçu de cette réalité « normale » que nous pouvons percevoir lorsque nous regardons attentivement. Henri Michaux a écrit quelque part de belles pages à propos de ce versant fantastique de la réalité « normale ».

Cette permanente étrangeté qui règne de l’autre côté est-elle davantage un facteur d’attraction ou d’inquiétude ? Jusqu’à quel point la différence, l’altérité sont-elles assimilables à notre nature humaine ? 

Michal AJVAZ : Le caractère étrange et différent est à la fois inquiétant et attirant. Nous désirons des choses et des expériences différentes, tout en en étant effrayés. « Je est un autre » a écrit Rimbaud. Il y a des personnalités cachées au fond de nous-mêmes qui peuvent nous réveiller et nous surprendre, nous ne cherchons pas la différence dans des mondes distants, nous pouvons la trouver dans des espaces internes à notre existence. Et l’écriture d’un livre est une expérience qui peut nous montrer l’existence d’un tel étranger vivant à l’intérieur de nous-mêmes.

Quel regard portez-vous en général sur la notion de frontière ? Une limite territoriale dans laquelle l’homme s’identifie et s’épanouit ou une contrainte le réduisant à une humanité moins universelle et plus renfermée sur elle-même ?

Michal AJVAZ : Il n’y a qu’une seule véritable et importante frontière dans nos vies, celle qui sépare les anciennes et nouvelles formes de sens. Nous devons, de temps en temps, traverser cette limite, pour renouveler le monde du sens, et la rencontre avec une œuvre d’art est une occasion d’effectuer cette traversée.

Le mythe et l’irrationnel ont quitté notre modernité cartésienne, alors que les mystères s’avèrent monnaie courante dans l’Autre Ville. Le chant du monde ne semble plus chanter pour nous aujourd’hui. Ce désenchantement est-il selon vous irrévocable ? Et faut-il nécessairement s’en désoler ?

Michal AJVAZ : Le désenchantement envers le monde moderne est aussi un réenchantement, la naissance d’une mythologie nouvelle. L’époque moderne n’est pas seulement l’ère des machines et d’une bureaucratie complexe, elle aussi celle des mythes modernes. Le surréalisme, par exemple, nous a démontré que la magie peut être trouvée non seulement dans des ruines anciennes, mais partout, y compris dans des choses du quotidien. Mon opinion est que la science rationnelle n’est pas en contradiction avec les mondes fantastiques. Par exemple, ce que la science physique moderne nous apprend sur le commencement de l’univers, ou encore sur le monde étrange des particules subatomiques me semble tout aussi fantastique et passionnant que les mythes anciens.

 

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Frank Brénugat
Diplômé d’un Master en philosophie, Frank Brénugat a été enseignant en Formation Humaine et Sociale dans les écoles ENSETA Bretagne (École Nationale Supérieure de Techniques Avancées) et ISEN Brest (Institut Supérieur de l’Électronique et du Numérique). Il enseigne actuellement la philosophie dans l’établissement brestois du groupe scolaire Javouhey. Ancien Directeur de la rédaction du magazineParallèles, il se passionne pour les contrées associées aux domaines de l’imaginaire et voue un amour sans bornes à l’égard des voyages.
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