Demain les animaux du futur, Marc Boulay et Sébastien Steyer, Éditions Belin
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Rencontre avec Marc Boulay

par Frank Brénugat23 avril 2016

Lors des dernières Utopiales 2015, en déambulant dans les allées du salon, j’ai eu la chance de rencontrer le binôme à l’origine de l’étonnant ouvrage Demain les animaux du futur, publié aux éditions Belin, à savoir les sieurs Marc Boulay et Sébastien Steyer. Séduit par leur ouvrage et par la réelle sympathie dégagée par nos deux compères, je n’ai guère résisté à l’envie d’en savoir un peu plus sur leur travail respectif. Cette page du fictionaute.com reprend un entretien avec Marc Boulay, paléoartiste, en parallèle avec celui de Sébastien Steyer. Marc Boulay se présente comme paléoartiste, sculpteur numérique et creature designer et répond au doux nom scientifique d’Homo sapiens artisticus. Ses modélisations artistiques se retrouvent dans plusieurs documentaires-fiction et autres films en relief ou en Imax. Cet étrange et digne représentant de l’espèce humaine a également participé à de nombreux ouvrages et expositions sur l’évolution de la biodiversité passée, actuelle et future. Qu’il soit ici remercié d’avoir accordé au fictionaute.com un peu de son temps.

Demain les animaux du futur, Marc Boulay et Sébastien Steyer, Éditions Belin
Rencontre avec Sébastien Steyer

 

Frank Brénugat
 :  Tu as participé à de nombreux ouvrages et expositions sur l’évolution des espèces. Comment t’est venue cette passion à l’égard de cette thématique ?

Marc BOULAY : Par rapport au futur, il y a deux points sources. Le premier c’est que je travaille depuis très longtemps sur les animaux préhistoriques. J’évalue mon travail à peu près à 350 millions d’années de reconstitution animalière avec des paléontologues et le fait de travailler sur une échelle géologique du temps de 350 millions d’années, on va dire 400 pour faire plus rond, j’ai remarqué que certaines formes se retrouvaient tout le temps. À savoir que ce qui fonctionne reste et que ce qui ne fonctionne pas disparaît tout simplement. C’est Darwin : soit tu t’adaptes, soit tu péris. Il y a des « logiques » qui sont récurrentes, soit au niveau mécanique, soit au niveau des fonctions vitales, etc. Et puis entre-temps, j’ai travaillé sur un film avec le père de la biologie spéculative, Dougal Dixon, dont on parle dans le livre d’ailleurs, et sur ce film-là j’ai travaillé à peu près deux ans. Dougal a inventé un bestiaire dans un futur de 80 millions d’années et moi je devais reprendre tous ses croquis afin de les viabiliser en matière de biomécanique, de sculptures pour après les lier avec un scan. Et à la suite de ces deux expériences-là, dont la première se poursuit toujours aujourd’hui puisque je continue à faire de la reconstitution animalière, en 2000 je me suis dit qu’il serait peut-être bien d’en faire quelque chose. J’ai donc commencé à faire deux ou trois bestioles, et je me suis vite rendu compte que sans cadre scientifique, j’allais rapidement partir en mode Pokemon, à faire du hors-piste et du n’importe quoi. Il faut quand même quelque chose de cadré scientifiquement. Et là j’en ai parlé à Sébastien Steyer qui m’a dit oui tout de suite. On est rentré dans l’aventure et on s’est mis au boulot.

Comment s’est passée cette collaboration avec Sébastien ?

Marc BOULAY : (Rires) Vraiment très bien dans le sens où moi j’apporte les idées, j’imagine les animaux. Ensuite je lui envoie mon travail et puis Sébastien les cadre scientifiquement en corrigeant au besoin certains aspects biomécaniques. Ça se construit un peu comme un jeu de ping-pong : je lui envoie une esquisse 3D ou ZSketch et lui m’envoie l’histoire qui va avec. Cet échange enrichit la construction de l’animal et ce dernier finit par naître ou pas. Nous avons une grande quantité d’animaux qui sont restés dans les cartons…

Au début de l’ouvrage, il y a une citation qui nous invite à réfléchir sur notre propre mortalité : « L’Homme n’est pas la finalité de l’évolution et l’évolution ne s’arrête pas à l’Homme. Dans le futur que nous imaginons, l’espèce humaine s’est éteinte… Pourquoi ? C’est à vous de l’imaginer… » Cette sixième grande extinction vers laquelle on semble se diriger, et dont l’homme semblerait faire partie, est-elle inéluctable ? L’homme est-il condamné à sortir du circuit à un moment ou à un autre ?

Marc BOULAY : Écoute, là, le sujet est plus que jamais d’actualité. Depuis quelque temps déjà, les dégradations écologiques sont vraiment exponentielles. (Soupirs) Je n’ai vraiment pas envie de faire de catastrophisme, c’est pour cela que Sébastien et moi on s’est éloignés de cette problématique. On ne voulait vraiment pas faire un livre catastrophe, ce n’était pas du tout le but. Après c’est une question difficile. Il ne s’agit que d’un point de vue personnel, mais je pense que si vraiment rien n’est fait à partir d’aujourd’hui – et de toute façon, rien n’est fait et rien ne sera fait – et si l’homme ne s’adapte pas au déséquilibre qu’il a provoqué, ça va vraiment être très très dur. Maintenant, d’un point de vue macrocosmique, les espèces ont une durée de vie sur Terre qui est relativement courte à l’échelle géologique du temps, d’un point de vue naturel. Et d’un point de vue non naturel, l’homme a quand même fait de grosses conneries en matière écologique et franchement, je me répète, mais ça va être très dur…

Il est vrai que la classe scientifique est assez pessimiste sur cette question…

Marc BOULAY : Il ne s’agit pas d’être négatif ou positif, mais de constater les faits tout simplement. Cela fait très longtemps que je travaille dans ce milieu-là avec des scientifiques. À l’époque où j’avais un atelier au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, en 90 ou 91, les scientifiques en 90 déjà commençaient à tirer la sonnette d’alarme. Et même si en 90 on avait pris les mesures draconiennes pour éviter justement tout ce que l’on vit aujourd’hui, cela n’aurait pas suffi. Évidemment, personne ne les a écoutés, et 15-20 ans après voilà le résultat… un dérèglement climatique assez considérable. Il suffit pour s’en convaincre de voir les tempêtes considérables qui ont eu lieu dernièrement en Bretagne. Et ce n’est qu’un détail. Il y a quantité de dérèglements climatiques, écologiques qui se passent aux quatre coins de la planète. À la limite, on se dit que ce n’est pas grand-chose. C’est une petite chose. OK. Mais c’est une petite chose plus une autre plus une autre qui fait qu’en ce moment c’est un gros bordel.

 

Triste début de troisième millénaire il est vrai… Vous faites remarquer par ailleurs que « Demain les animaux du futur relève plus de la fiction que de la science. » Tu préfères parler en ce sens de « fiction-science » plutôt que de « science-fiction ». Peux-tu revenir sur ce choix de « fiction-science » ?

Marc BOULAY : C’est un mot que Sébastien utilise beaucoup. On parle de « fiction-science » parce que le futur à long terme n’est pas prédictible. Le futur n’est pas modélisable. Il y a trop de paramètres qui rentrent en ligne de compte que l’on ne maîtrise pas. Et c’est en ce sens là que l’on parle de « fiction-science ». Fiction dans la mesure où il y a une grosse part d’imagination, même si elle est cadrée scientifiquement. La plupart de nos animaux n’ont quasiment aucune chance d’exister dans le futur. Ceci dit, d’un point de vue purement biomécanique et biologique, nos animaux sont viables. Notre démarche est quand même basée sur un socle imaginaire, en tout cas sur mon imagination cadrée scientifiquement par Sébastien. Ce n’est donc pas du tout une prédiction du futur, c’est un scénario parmi une infinité d’autres scénarios possibles du futur. C’est pour cette raison que l’on préfère utiliser le terme de « fiction-science » que de « science-fiction ».

En restant toujours dans le domaine lexical, on retrouve le terme de « monstres » pour nommer vos créations. Pourquoi n’est-ce pas le terme de « créatures » qui est choisi, lequel peut paraître moins péjoratif que celui de « monstres » ?

Marc BOULAY : Écoute, là je pense que tu as la réponse dans ta question, dans la mesure où créature est un mot en relation avec création et « création » va avec religion. La religion dans notre démarche évolutionniste n’a pas sa place. C’est un mot dont l’étymologie et tout ce qui va avec ne nous plaît pas.

Dont acte ! Dans la réalisation d’une nouvelle espèce donc, mot neutre s’il en est, quel est l’aspect le plus difficile et combien de temps toute cette opération te prend-elle ?

Marc BOULAY : À vrai dire, le plus gros du travail, c’est le travail d’imagination. C’est un travail qui est plutôt zen dans la mesure où je peux rester assis pendant des jours voire des semaines à cogiter un animal avant de commencer à le sculpter ou de proposer un premier croquis à Sébastien. L’essentiel du travail, c’est vraiment un travail de réflexion, sur le fait de savoir comment je peux orienter mon imagination. Il y a toute une méthode de travail qui m’est très personnelle (…) J’observe énormément les animaux pendant un laps de temps très important, que ce soit in vitro, in situ ou par le biais de documentaires animaliers. Je vais également voir des scientifiques ou spécialistes de tel ou tel animal et/ou végétal afin d’avoir le maximum d’informations et de pouvoir en faire une synthèse. C’est ce travail-là qui prend énormément de temps.

Tes créations artistiques se rattachent aux trois plans que sont les sphères aquatiques, aériennes et terrestres. Lequel de ces trois milieux a ta préférence, que ce soit esthétiquement ou intellectuellement ?

Marc BOULAY : Aucune préférence : je les aime tous pour la simple et bonne raison qu’ils sont tous liés, indissociables. C’est un ensemble. Il m’est donc impossible de dire que j’en préfère un au détriment des autres. C’est un équilibre.

Et sur quels projets planches-tu actuellement ?

Marc BOULAY : (Rires) Les prochains livres ? On nous pose souvent la question de savoir s’il y aura une suite aux Animaux du futur. Sur les animaux du futur, je ne pense pas… Quoique ?! Mais si on remettait le couvert, alors dans cette hypothèse plusieurs scénarios s’offrent à nous. Soit on se met d’accord et on refait une prospective, non pas dans dix millions d’années, mais dans 500 millions d’années. Sur une telle échelle géologique, on peut vraiment considérer la Terre comme étant une exoplanète. 500 millions d’années, c’est vraiment considérable… C’est un terrain de jeu qui me plaît beaucoup et pour lequel j’ai quelques idées vraiment très « extra ordinaires » dans le sens de pas ordinaires du tout… Il y a évidemment l’exobiologie qui me séduit beaucoup. Je planche aussi quotidiennement sur un projet relatif à cette thématique, plus basé sur des formes mathématiques. Et en plus de tout cela, on est pas mal approchés ces temps-ci par les productions qui souhaiteraient mettre ces univers en images.

Le futur n’est donc pas encore mort, c’est rassurant… Et par ailleurs, si tu étais un animal, passé, présent ou futur, lequel serais-tu ?

Marc BOULAY : Pour moi, il y a plusieurs réponses. Premièrement : si je spécule sur la continuité et la perpétuité, je miserais sur une bactérie, un virus, un lichen ou un tardigrade. Deuxièmement, si je spécule sur quelque être vivant aujourd’hui selon une architecture anthropocentriste… RIEN. Et troisièmement, ou bien, une forme extra-terrestre déguisée en Mère Noël qui possède LE Sens de l’humour Universel…

Eh bien alors vivement demain pour le passage de cette Mère Noël !
Merci à toi et rendez-vous est pris !
Marc Boulay, Homo Sapiens Artisticus et Sébastien Steyer, Homo Sapiens Scientificus - Crédit photo - Cécile Breton

Marc Boulay, Homo Sapiens Artisticus et Sébastien Steyer, Homo Sapiens Scientificus – Crédit photo – Cécile Breton

 

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© Marc Boulay et Sébastien Steyer – © Éditions Belin, 2015

 

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Frank Brénugat
Diplômé d’un Master en philosophie, Frank Brénugat a été enseignant en Formation Humaine et Sociale dans les écoles ENSETA Bretagne (École Nationale Supérieure de Techniques Avancées) et ISEN Brest (Institut Supérieur de l’Électronique et du Numérique). Il enseigne actuellement la philosophie dans l’établissement brestois du groupe scolaire Javouhey. Ancien Directeur de la rédaction du magazineParallèles, il se passionne pour les contrées associées aux domaines de l’imaginaire et voue un amour sans bornes à l’égard des voyages.
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