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Rencontre avec Jean-Marc LIGNY

par Frank Brénugat17 avril 2015
Entretien réalisé par Frank BRÉNUGAT
In revue Place aux Sens, Numéro 5, Été 2002

Jean-Marc Ligny fait partie de ces écrivains confirmés de littérature spéculative qui hantent depuis quelques années déjà les rayonnages de nos librairies et de nos bibliothèques. Auteur aux multiples facettes qui nous façonne des univers imaginaires qui ne manquent jamais de puiser leur force et leur poésie dans les formes de littérature les plus diverses, Ligny use et abuse habilement des genres pour offrir de la littérature imaginaire une vision riche, colorée et débarrassée de certaines frontières jugées trop castratrices. Mais par-delà ces heureux artifices, il nous propose des visions spéculatives qui se veulent engagées, éloignées de tout fâcheux compromis, en un mot authentiques. Derrière l’écrivain se dissimule un homme d’une honnêteté intellectuelle sans concession aucune, laquelle profite habilement à ses romans. D’un enthousiasme et d’une humanité hors du commun, il mène le lecteur sur la voie de l’engagement intellectuel, lequel se doit d’exercer un regard critique sur les enjeux économiques, sociaux, écologiques, politiques voire existentiels de nos sociétés occidentales modernes. En ce sens, Ligny ne manque jamais de nous rappeler que la littérature est un média et non une fin en soi, média dont la fonction consiste encore et toujours, par-delà les condamnations, les dérangements occasionnés, à faire du lecteur un homme qui sache s’interroger sur lui-même. C’est en cela que ses œuvres se veulent l’écho de nos préoccupations modernes dans une société consumériste qui désapprend trop souvent l’art de la remise en question. Si l’auteur pose les justes problèmes, tantôt écologiques, tantôt sociétaux, tantôt culturels, mais toujours politiques, c’est à nous, lecteurs, qu’il revient de réfléchir sur les éventuelles réponses qu’il convient d’apporter. Bien loin de construire des utopies enchanteresses et fantasmatiques, sachons au moins éviter les dystopies sans lendemain possible. Là est l’exigence de Ligny. Et la nôtre également.

La Trilogie climatique

 

« Jean-Marc est un jeune écrivain doué qui ne s’embarrasse pas de néoclassicisme ou de références aux grands maîtres. Il a les qualités de ses défauts, et les défauts de ses qualités. Avec lui, pas de demi-mesure. Il vous embarque à fond de train dans ses visions, en un kaléidoscope d’images qui s’entrechoquent… Ligny veut provoquer chez le lecteur le même type d’allergie qu’en leur temps, vis-à-vis des spectateurs, les films de Godard de la fin des années soixante. On peut ne pas aimer. Mais on ne peut nier la force d’un langage qui puise son sens en ses propres bouillonnements, parfois chaotiques – même s’il n’y a là qu’un artifice soumis aux rites et aux rythmes d’une mode que Ligny suscite autant qu’il la suit… » Alain Dorémieux, in Fiction n° 335, décembre 1982.

 

Frank Brénugat
 : On a pour habitude, mauvaise peut-être, de définir la littérature imaginaire selon trois angles plus ou moins distincts : la science-fiction, le fantastique et la fantasy. Eu égard à ton œuvre, ta prédilection semble davantage orientée vers la littérature de science-fiction. Quelles ont été tes motivations pour cette forme de littérature ?

Jean-Marc LIGNY : Je ne suis pas uniquement un auteur de science-fiction, dans la mesure où j’écris aussi du fantastique. J’ai également tenté l’aventure de la fantasy à une occasion. Mais il est vrai que j’écris principalement de la science-fiction. Ma motivation s’explique probablement par le fait que je baigne dedans depuis mon enfance et que cet univers est une des bases de ma culture. D’autre part, je me suis rendu compte peu à peu, à force de lectures, qu’elle était la forme littéraire qui offrait la meilleure description du monde réel. La science-fiction est une espèce de loupe posée sur le réel, et qui met en relief certains aspects du monde sous couvert d’une histoire futuriste. J’ai remarqué que c’était la littérature par excellence de nos sociétés occidentales industrialisées. C’est la seule littérature qui permette de décoder notre société actuelle. Avec le polar dans une certaine mesure.

La littérature de science-fiction est une littérature politiquement engagée, au sens grec du terme, à savoir une littérature dont le discours place l’humain au cœur même des préoccupations de la cité. Est-ce là la spécificité de cette littérature ?

Je parlerais davantage d’analyse que d’engagement en réalité. Mais il est vrai que cette littérature a vocation à produire des auteurs politiquement engagés. Il a existé un courant de la science-fiction spécifiquement politique dont le but évident était de faire passer un message, voire un slogan ; néanmoins l’essentiel de cette littérature relève à mon sens davantage d’une analyse du monde d’aujourd’hui, passage obligé pour l’auteur dans la mesure où ses spéculations doivent reposer sur une étude aussi complète et objective que possible de la société dans toutes ses composantes. Un auteur de science-fiction est obligé, afin de bâtir un monde crédible, d’avoir une vision synthétique de la société dans laquelle il baigne. Avoir cette vision globale implique un décodage et une analyse permanents. Et cette analyse incite à avoir des opinions peu ou prou exprimées dans les ouvrages. Ensuite, chaque auteur établit la distance qu’il souhaite maintenir entre ses opinions et son œuvre. Certains restent très froids et distants par rapport à leurs idées tandis que d’autres vont s’impliquer totalement.

Le lectorat semble davantage confronté à des œuvres dystopiques qu’utopiques. Les productions contemporaines semblent finalement très éloignées des préoccupations d’un Thomas More ou d’un Platon, lesquels ont voulu construire des sociétés idéales. Ces dystopies ont toujours ce même souci de la contestation, de la confrontation, voire de la révolte. Faut-il par conséquent croire que l’auteur de littérature spéculative se sente invité plus que tout autre à dénoncer ce que d’autres littératures ne dénoncent pas forcément ?

Ces dystopies découlent forcément de ces analyses dont je parlais précédemment. Dès l’instant que l’on s’inscrit dans une volonté de décoder le monde, on se confronte nécessairement à ses dysfonctionnements. Dès lors, l’objet d’un bon roman d’anticipation va être de mettre le doigt sur les problèmes, de les grossir, de les transposer dans le futur. Fatalement, l’auteur va passer par une forme de dénonciation, mais j’insiste sur ce point, le rôle de la science-fiction n’est pas d’être dénonciateur, d’être un vecteur d’engagement politique. Cela dit, c’est vrai que les utopies dont tu parlais sont quasiment absentes des romans de science-fiction. J’ai quant à moi bien envie d’explorer cette voie-là, en essayant d’imaginer un monde meilleur. Car je pense que les auteurs de littérature spéculative sont aussi quelque part responsables de cet avenir qu’ils imaginent. Du fait même des perspectives et prospectives qu’elle dresse, la SF familiarise les lecteurs aux thèmes qui sont les siens, les “prépare” en quelque sorte aux catastrophes qu’elle annonce ou dénonce. C’est une forme de responsabilité. En ce qui me concerne, le monde tel qu’il est aujourd’hui ne constitue pas vraiment une surprise. J’avais quelque peu anticipé son évolution dans mes lectures SF ou dans mes propres écrits. Il y a peut-être ce danger pour l’auteur de science-fiction qu’à force de décrire des futurs sombres, voire catastrophiques, il s’habitue à les vivre au point de les anticiper dans la réalité. C’est en revanche un autre défi que d’imaginer un monde meilleur. Nous sommes au début du XXIe siècle et il est temps d’explorer cette voie-là, d’envisager des alternatives positives — le récent forum social de Porto Alegre l’a amplement démontré : “un autre monde est possible”, dit le slogan du forum, et il serait dommage, voire préjudiciable, que les auteurs de SF qui sont les mieux placés pour l’imaginer ne parviennent pas à le concevoir. C’est pourquoi je vais très prochainement explorer cette voie nouvelle.

Comment rendre compte de cette situation où ces auteurs s’installeraient assez complaisamment finalement dans cette sinistrose, ce pessimisme ? Le rêve a-t-il élu domicile ailleurs ? Nous avons pourtant un millénaire entier à dévorer devant nous !

Le monde tel qu’il est aujourd’hui n’incite guère à rêver des lendemains qui chantent. C’est même assez difficile. Il suffit de faire une simple projection dans les années futures pour se rendre compte que les choses risquent d’empirer, quand bien même il existe des forces positives sur lesquelles on ne s’attarde pas suffisamment, comme je l’ai souligné. Je pense que l’on atteint des limites dans la dystopie et la noirceur et qu’il est manifestement temps d’ouvrir une nouvelle ère, maintenant que nous avons manqué la fin du monde en l’an 2000 ! L’humanité ne semble pas finalement tout à fait près de sa fin. Il est donc temps d’essayer d’imaginer un futur plus positif, mais les signes en sont encore peu visibles dans la SF, même si son côté purement imaginaire et “évasion” reprend du poil de la bête. J’en prends pour exemples le retour du space opera ou l’explosion de la fantasy, littératures d’évasion par excellence. La fantasy représente un lectorat important, traduisant par là l’idée selon laquelle les lecteurs ont besoin de rêve et d’évasion. Il est donc temps pour nous autres, auteurs de science-fiction, de retrouver cette dimension de rêve que véhiculait ce genre au début du XXe siècle, où les esprits créatifs édifiaient des civilisations radieuses sous couvert d’une science alors synonyme de magie et de progrès. Ce qui n’est plus guère le cas actuellement. Donc c’est d’autant plus difficile, mais également d’autant plus nécessaire.

Au début du siècle dernier, on construisait des sociétés imaginaires où tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, positivisme oblige. Si la cité et les sciences ne sont plus des objets qui fascinent, mais qui inquiètent, sur quel terrain dès lors peuvent se construire ces sociétés utopiques ?

Sur des bases et des rêves différents de ceux du siècle précédent. C’est certes difficile de les baser sur le développement de la cité ou le progrès des sciences. On a vu où cela menait ! Ce serait plutôt sur l’homme lui-même, sur les sciences sociales, et pas forcément dans le cadre des villes ou du progrès scientifique. Il est nécessaire d’élargir ce cadre et d’aborder le progrès social, le pouvoir d’évolution de l’homme dans sa globalité, en tenant compte des aspects culturels, ethnologiques, voire mythologiques. Bâtir une utopie actuellement doit se faire d’une part à l’échelle de la planète, car il est désormais impossible pour un pays, une région, une société donnée de s’isoler socialement, économiquement et culturellement du reste du monde, et d’autre part à l’échelle du microcosme, du village, de la tribu, voire de l’individu. Car il n’est plus question d’imaginer un projet global qui ne peut conduire qu’à une forme de tyrannie, Le Meilleur des mondes ou la globalisation ultralibérale l’ont bien montré. Ça paraît être une contradiction, mais elle n’est qu’apparente : un projet utopique planétaire doit forcément respecter, intégrer et valoriser les cultures locales, dans toutes leurs dimensions humaines et sociales, et doit considérer l’individu comme inaliénable, tout en garantissant à chacun un niveau de vie minimal décent. On est très loin, désormais, des utopies à la Thomas More, qui n’étaient souvent qu’une “idéalisation” et une humanisation du modèle bourgeois occidental de l’époque. On en vient fatalement à s’interroger sur la notion de “bonheur” et de “bien-être”, et ce qu’elle peut recouvrir au sein de chaque culture… Question sempiternelle et probablement sans réponse — sans réponse unique en tout cas.

Trois œuvres ont essentiellement retenu mon attention concernant les questions qui nous touchent : La Mort peut danser, Jihad et Inner City. Ils décrivent respectivement la fin annoncée en Irlande du paganisme au profit du christianisme, une France nouvellement fascisée par une politique d’extrême droite détentrice de tous les pouvoirs, et un univers où les notions de réalité et de virtualité se confondent. Ce sont là trois œuvres très distinctes quant à leur cadre, mais les profonds désirs de révolte qui habitent certains de leurs protagonistes invitent à penser que les histoires de révolte se suivent et se ressemblent. Les révoltes offrent-elles toujours les mêmes conditions de réalisation ou d’empêchement, le cadre seul différant ?

La lutte reste toujours la même depuis l’origine des temps. Depuis que les sociétés existent, l’oppression fait partie de leur réalité ainsi que son corollaire, la résistance. Cette dernière a pris des formes multiples au cours de l’évolution des sociétés, mais la base ne change pas : le groupe, la minorité opprimée — ou porte-parole d’une majorité opprimée silencieuse — vont entrer en résistance contre un système tyrannique, avilissant, abrutissant. Dans les trois exemples que tu cites, on retrouve des cas de figure identiques dans des contextes extrêmement différents. Dans La Mort peut danser, cela va être la résistance des derniers Celtes contre l’oppression de la religion chrétienne imposée par l’invasion anglo-normande de l’Irlande ; dans Jihad, il va s’agir de la vengeance toute personnelle d’un Kabyle contre l’assassin de sa famille, dans le cadre d’un système fasciste. Il en va autrement dans Inner City : le concept de révolte est moins évident dans la mesure où les héros n’ont pas engagement politique réel : la “révolte” de Hang est surtout provocation médiatique, et celle de la Grande Zora ne sont que des rêves délirants de pouvoir. La vraie révolte peut davantage provenir des lecteurs plongés dans cette société lobotomisée, virtualisée, devenue invivable.

Dans La mort peut danser, le lecteur assiste impuissant et de façon tragique au déclin inéluctable d’un temps qui semble désormais appartenir à l’Histoire. L’âge d’or du paganisme celte est révolu, laissant une brèche dans laquelle s’engouffre une chrétienté avide de conquêtes. Toute tentative de résistance semble vaine. Ne peut-on pas dire en ce sens qu’il existe des combats perdus d’avance ? Et retrouver ce paganisme aurait-il encore un sens, sachant que le combat n’aurait plus de raison d’être ?

Je ne dirais pas cela. Je ne trouve pas que le paganisme ou le celtisme ont disparu. Au contraire ! Maintenant que le pouvoir de l’Église chrétienne s’amoindrit, les paganismes de toutes sortes fleurissent à nouveau, depuis la superstition la plus crétine jusqu’aux approches les plus compréhensives, celles qui visent à se réapproprier le plus authentiquement possible le fonds des cultures anciennes. Je pense – je pèche peut-être là par optimisme – que les cultures minoritaires qui ont été écrasées dans le sang et la violence parviennent toujours à se redresser, même ce redressement prend des décennies voire des siècles. Il existe toujours une volonté de la part de leurs membres, un cœur qui est plus puissant que le plus puissant des pouvoirs. On ne peut écraser une culture. On peut déporter, on peut assassiner, on peut étouffer une culture durant des années et des années, mais elle ne meure jamais tout à fait. Il suffit pour s’en convaincre de voir le celtisme, lequel n’a jamais été aussi florissant qu’au début de ce siècle dans les pays celtes. La culture celtique renaît même si son expression se limite encore trop souvent à une étude ou une reproduction du passé. Néanmoins, elle existe toujours, l’Église ne l’a pas abattue. Autre exemple : les traditions amérindiennes. Les Américains ont beau avoir éliminé 90 % des Indiens, la culture amérindienne aux États-Unis ou en Amérique du Sud existe toujours. Ses résistances sont multiples. Même scénario en Russie, où les Russes redécouvrent des traditions philosophiques, littéraires, religieuses que l’on avait cru mortes après 70 années de stalinisme. Une culture opprimée ne meurt jamais tout à fait puisque ses membres ont cette volonté ferme et inébranlable de transmettre de génération en génération tout ce qui constitue sa richesse.

Ethnocentrisme, régionalisme, nationalisme sont des termes qui deviennent de plus en plus connotés. Ils semblent l’expression d’un certain archaïsme, aux antipodes de cette nouvelle modernité qui s’ouvre à nous sous couvert de la construction européenne. Comment percevoir ces multiples retours aux origines ? Enfermement sur soi-même ou retour à des schémas plus authentiques et plus humains ?

C’est ambigu. Ces retours peuvent prendre les deux formes. Parlons de la Bretagne, région où je vis et que je connais donc un peu. Cette renaissance du celtisme peut aussi bien amener chez certains un repli sur soi régionaliste, identitaire, proche d’un certain fascisme, du genre “la Bretagne aux Bretons”, discours destructeur dans la mesure où tout repli sur soi implique une “pensée unique” et un protectionnisme exacerbé. On connaît la suite… Au contraire, chez des esprits plus ouverts, cela peut être une composante qui sache prendre en compte les richesses multiculturelles du monde. Chaque culture apporte beaucoup aux autres, et l’être humain s’enrichit justement de cette découverte de l’autre. La dissolution des cultures locales dans le Big Mac ultralibéral aboutit à une société globale arasée, grossièrement américanisée, uniforme et totalement insipide, déstructurante, voire mortelle pour bien des peuples. Notamment ceux chez qui le rouleau compresseur culturo-commercial américain a détruit les fondements de leur société. Les deux courants sont donc possibles, ce qui implique une certaine vigilance quant à la distinction à opérer entre valorisation culturelle et protectionnisme. Il ne s’agit pas de sauvegarder sa culture en niant toutes les autres, au contraire il s’agit de la sauvegarder en l’apportant dans le concert des nations. Cela peut paraître quelque peu utopique il est vrai, mais c’est à mon avis la forme la plus noble de résistance à l’uniformisation de l’ultralibéralisme.

Devant les dérives d’un mode de politique ou de gouvernement, deux attitudes possibles s’offrent à celui qui souhaite orchestrer un refus : l’une kantienne qui pose l’idée selon laquelle les lois sont au-dessus des hommes et que rien ne peut se manifester en dehors de celles-ci, et l’autre marxiste qui pose l’idée contraire selon laquelle l’homme se situe par nature au-dessus des lois. L’histoire nous montre que les plus grands refus se sont toujours orchestrés par la violence, par la force, exception faite peut-être de cette figure emblématique que représente Gandhi. La violence est-elle une nécessité historique ? Voire une fatalité ?

Je rappelle quand même que Gandhi a été assassiné ! Gandhi a apporté beaucoup à l’Inde en permettant de sauvegarder et de développer sa culture, mais sa politique de non-violence s’est en elle-même soldée par un échec. L’Inde n’est pas devenue non-violente ! Dans notre société occidentale moderne, qui, faut-il le rappeler, est une des sociétés les plus barbares et les plus violentes que l’humanité ait jamais produites historiquement, l’optique de la non-violence me paraît obsolète, voire rédhibitoire et de toute façon vouée à l’échec. C’est une séquelle de la fameuse bonté chrétienne et son hypocrisie de tendre l’autre joue. Cela ne mène à rien sinon à se faire écraser davantage. Face à un monde ultralibéral qui s’est donné tous les moyens, y compris les plus violents, pour s’imposer face aux autres cultures, résister par la non-violence me paraît de toute façon insuffisant. Cela dit, la violence ne passe pas forcément par l’usage des armes et par la destruction, elle peut être dans le discours, dans la forme de pensée, dans le radicalisme de l’engagement, et bien d’autres formes encore. Prenons l’exemple du sous- commandant Marcos et des Indiens du Chiapas, lesquels ont mené une révolte sans armes, ou du moins sans coups de feu, qui a permis de redonner aux paysans certains droits et une certaine dignité, en usant au minimum de la violence. Il ne s’agit pas de tomber dans le piège agression/réaction, rébellion/destruction. La violence doit s’accompagner tout d’abord d’une vision claire de ce que l’on veut pour ensuite déjouer les pièges du système avec toutes les ruses les plus subtiles. La violence engendrant la violence, les bains de sang succèdent aux bains de sang, lesquels sont le terreau le plus fertile des tyrannies. Personnellement, je ne suis pas prêt à aller me bagarrer contre “l’oppresseur” une kalachnikov à la main. Ma violence, je vais plutôt l’évacuer dans mes bouquins, la prêter à des personnages qui eux vont agir à ma place… C’est davantage une violence verbale, une violence d’idées.

Si je me réfère à cette violence qui s’installe dans le non-droit, j’entendais dernièrement l’incontournable et très médiatique José Bové affirmer qu’il était de notre devoir civique de lutter contre l’inacceptable, quitte à se mettre hors-la-loi par rapport aux cadres juridiques et institutionnels. Faut-il se mettre hors la loi pour la défense d’une cause jugée juste ?

Absolument. C’est non seulement nécessaire, mais absolument recommandé, dès lors que la loi n’est plus en accord avec l’aspiration des citoyens ou d’une part de plus en plus importante de ces derniers. Et comme en général les politiques sont extrêmement décalés voire en opposition avec les exigences de nos sociétés, nous ne pouvons légitimement compter sur eux pour changer les lois. C’est donc au peuple d’entreprendre les changements qui s’imposent. Et pour que le peuple change la loi, il doit se mettre effectivement en situation d’illégalité et par conséquent s’exposer à la répression et à la violence. Démonter un Mac Donald ou arracher des plants transgéniques sont des actes violents, puisque destructifs. On peut de même citer l’association Attac, laquelle a réussi au bout de quelques années de luttes à faire passer à l’Assemblée nationale le principe de la taxe Tobin sur les revenus financiers. Mais derrière les discours qui ont permis une telle avancée, il nous faut rappeler Seattle ou Gênes où les affrontements ont été d’une rare violence. Quand un système impose des lois iniques par la violence de sa propagande ou de son armée, résister en se mettant hors-la-loi est effectivement un devoir civique, même si ce n’est souvent qu’une minorité, au départ, qui en a le courage.

Changer la loi dans un rapport de force, c’est finalement inviter l’humanité à toujours être en conflit avec elle-même. Comment se débarrasser d’un tel cercle vicieux, dès l’instant que l’on ne s’inscrit pas dans un cadre légal ?

D’une part, l’humanité a toujours évolué dans la douleur. Les évolutions ne sont jamais naturelles et ne vont jamais de soi. Les anciennes générations tiennent à conserver leurs acquis et leurs privilèges. Les générations suivantes vont se mettre dans l’illégalité pour faire évoluer les lois, mais elles vont à leur tour s’installer dans un conservatisme que les générations futures ne manqueront pas de vouloir déstabiliser. On peut enrayer ce cercle vicieux si l’être humain conserve son pouvoir d’évolution, lequel ne devrait jamais être remis en question. Seulement, force est de constater que notre humanité ne s’oriente guère dans ce sens. Un pays détruit par la guerre ou aux mains des mafias comme dans certains pays de l’Est produit une violence qui se nourrit d’elle-même. Sans cadre restrictif pour canaliser l’aspiration des gens au changement vers une amélioration du système ou la construction d’un nouveau système, la société se condamne d’elle-même à l’anarchie, au chaos, d’où vont naître tous les rapports de force au bénéfice des plus forts, tyrans et autre fascistes. Les lois sont peut-être faites pour être transgressées, mais heureusement qu’elles existent ! Elles seules nous autorisent à élargir le cadre d’une évolution possible. Cependant, tout changement ne peut se réaliser que par la force de l’opinion. Toutes les révoltes ont toujours bénéficié de porte-paroles. Ainsi Attac ou Greenpeace, dont les structures à l’origine comptaient seulement quelques membres bien déterminés et dont les porte-paroles ont su informer et drainer les foules pour en faire les organisations que nous connaissons aujourd’hui.

Lutter oui, mais avec quelles références à son actif ? Le communisme, seule idéologie à s’être confrontée à celle du libéralisme, a montré ses limites et ne semble plus être une voie d’avenir. Nous voilà orphelins de la moindre contre-utopie ou contre idéologie. Même le mot idéologie est devenu en soi péjoratif ! Où trouver les référents, les contre-pouvoirs face à cette mondialisation galopante qui n’épargne aucune parcelle de notre planète ?

Où trouver le contre-pouvoir ? Certainement pas au niveau politique, la plupart des politiques officiels, de droite comme de gauche, étant engagés dans le même système dont ils profitent tous. Je le vois davantage au niveau social, au niveau citoyen, au travers d’associations ou d’organismes qui ne se réclament pas d’un parti ou d’un courant politique affiché et qui s’impliquent dans des projets de résistance et de construction alternative aux niveaux économique, social, écologique ou culturel. La résistance, c’est là que je la vois, dans ces propositions alternatives concrètes qu’on s’efforce parfois d’appliquer, et non dans les sempiternels débats droite-gauche qui ne sont maintenant que de sinistres caricatures. Au niveau politique, je ne fais plus vraiment de différences entre le gouvernement socialiste d’aujourd’hui et libéral d’hier ou de demain. Entre les États-Unis de Bush et les États-Unis de Clinton, les choses sont les mêmes. Ce n’est pas du côté du politique qu’il faut attendre le changement.

N’est-ce pas tant un aveu d’échec de nos sociétés que celui de nos dirigeants politiques ? Les sphères économiques et financières ont chassé le politique hors des enjeux sociétaux. Quid du politicien face aux hommes d’affaires avisés ?

En effet, c’est quelque part une victoire de l’ultra libéralisme que d’avoir restreint le champ du politique à sa portion la plus insignifiante, celle qui consiste à endosser le rôle d’un VRP des transnationales, prêt à toutes les répressions afin d’assurer la sécurité de leurs installations. Et l’ultralibéralisme voudrait accentuer davantage cette tendance. Il y est assez bien parvenu, dans la mesure où pratiquement plus personne n’accorde de crédit aux politiques. De ce constat, les gens commencent à prendre leur destin en main en se rendant disponibles auprès d’un monde associatif beaucoup plus réactif et constructif.

Peut-on dire que notre jeune humanité prend conscience de ces enjeux, que l’éducation, les voyages, les médias ont réussi là où les politiques ont échoué en invitant les esprits d’aujourd’hui à élargir leur champ de conscience ?

Je le souhaite ! C’est même un vieux souhait. Il y a même pas une génération, les jeunes gauchistes rêvaient encore du Grand Soir. On se rend compte maintenant qu’il ne s’agissait là que d’un pur rêve et qu’un tel scénario n’est guère possible. Toutefois, autant je constate que la globalisation a imposé au monde un carcan sans précédent, autant je constate aussi chez l’être humain une évolution de ses schémas de pensée et une considération grandissante pour le respect de l’homme et de sa culture. Aujourd’hui, on en vient à penser des sociétés, des types d’évolution qui relevaient de la pure utopie il n’y a pas si longtemps encore. Mais on s’est rendu compte que le monde ne change pas tout seul, que ce sont aux uns et aux autres de se faire violence pour faire évoluer le monde, évoluer eux-mêmes et rendre possible ces utopies. Le rôle de la femme dans la société, le respect de la planète, les économies alternatives sont autant de réalités devenues présentes, mais qui n’ont existé que par les actions de la base et non par celles du monde politique. Ce sont les associations, les ONG, ceux qui souffrent et qui en ont marre de souffrir et d’attendre une solution d’en haut qui ne viendra jamais, ce sont tous ces gens qui décident un jour de prendre leur destin en main et de mener les combats nécessaires, que ces derniers s’inscrivent ou non dans la révolte et l’illégalité. La société sera-t-elle meilleure un jour ? Les forces destructrices sont toujours extrêmement puissantes…


Pourtant, certaines d’entre elles semblent définitivement appartenir au passé. Jihad met en scène une France dirigée par une extrême droite qui n’a rien à envier à celle que connurent les heures les plus sombres de notre histoire. Écrit en 1998, époque bénie pour le Front National qui jouissait d’un score tout à fait honorable, Jihad se justifie politiquement. Le score de ce parti étant aujourd’hui fortement revu à la baisse, sa justification perd-elle de son intérêt ? Les extrêmes de droite comme de gauche semblent ne plus séduire. Faut-il y voir dans ces courants de vieux démons d’un autre temps ?

Pas du tout, malheureusement. Jihad a été écrit à une époque où le Front National atteignait des scores assez alarmants. Entre temps il a implosé, ce qui a précipité sa chute ; la baisse significative du FN ne veut pas dire pour autant que l’esprit, le mode de pensée raciste, fasciste, nazillon ont disparu. Au contraire ! J’ai l’impression que les idées de Front National ont tendance à se diluer dans la droite ordinaire, et même au niveau des gouvernements actuels. Si l’on détaille les mesures sécuritaires qui ont été prises par l’État français après les événements du 11 septembre, certaines faisaient partie des rêves les plus fous des Le Pen et autres fascistes. Ce durcissement sécuritaire et compulsif s’est remarquablement fait valoir aux États-Unis, nation qui s’instaure de plus en plus dans une politique fasciste. Même si ce n’est pas là son idéologie historique, les faits nous montrent une espèce de fascisme “à l’américaine”, impersonnel et assisté par ordinateur, dirigée prioritairement contre les minorités ethniques. Toutes les libertés sont reniées les unes après les autres au non de la sacro-sainte sécurité, mais cette sacro-sainte sécurité ne peut mener qu’à une tyrannie fasciste. Et le fascisme a pour meilleur allié la banalisation de ce discours sécuritaire. Certains pays comme l’Autriche ou l’Italie ont placé à leur tête des fascistes, dont les discours adoptent une apparence démagogique et ultralibérale, mais les idées de base demeurent toujours. Si l’Europe était gouvernée pars des gens courageux et responsables, ne craignant pas de mettre en application leurs idées démocratiques face à la toute-puissance du marché, des gouvernements types Berlusconi ou Haïder seraient vite condamnés. Malheureusement, j’ai bien l’impression que l’Europe est gouvernée par des économistes qui jouent le grand jeu de l’ultralibéralisme mondial, lequel s’accommode très bien du fascisme. Le danger est que ces graines nazillonnes germent et prolifèrent au point de pourrir de l’intérieur le fruit de l’Europe. Les bruits de bottes, les croix gammées, les “Heil Hitler” font désormais partie du folklore et appartiennent au passé, certes, mais il existe des façons beaucoup plus insidieuses d’imposer ces idées, en les incluant dans un cadre ultralibéral, en les déguisant. Et un matin, on se réveille en découvrant à quel point l’État policier nous surveille, enregistre nos communications, épie nos déplacements, contrôle nos relations, à quel point finalement nos libertés sont reniées les unes après les autres. Cette méthode est infiniment hypocrite et n’offre a priori pas de prise à la révolte.

Comment se prémunir alors des attentats, des activistes si les instances politiques devaient faire l’impasse sur la surveillance de notre courrier téléphonique, de nos appels téléphoniques ? Nous ne nous sommes pas tous les jours dérangés par les instances sécuritaires de notre police ! Ne faut-il pas voir dans ces pratiques un moindre mal au nom d’une sécurité active ? Où est le problème finalement ?

Le problème est évident ! Qui accepterait d’être constamment surveillé ? Aux États-Unis, on a arrêté des milliers de personnes sans preuve et sans accusation clairement définie, lesquelles croupissent aujourd’hui en prison depuis des mois en attendant d’être jugés par des tribunaux militaires qui interdisent toute possibilité aux prévenus de se défendre, et ce sur la base de simples soupçons, lesquels soupçons sont générés par des logiciels de vidéosurveillance sans le moindre référent humain ! Je trouve cela extrêmement dangereux. C’est d’abord une atteinte à la vie privée. Il est déjà scandaleux en soi d’imaginer que tes correspondances privées, tes visites, tes déplacements, tes conversations sont suivis et interprétés par des tiers. Par ailleurs, c’est la porte ouverte à toutes les dérives possibles. Ainsi, si tes comportements ne se calquent pas sur une norme bien précise et bien délimitée, tu deviens suspect en puissance. Évidemment, le WASP américain moyen qui boit de la bière et qui va assister à son match de base-ball tous les dimanches, qui s’empiffre de hamburgers, qui ne milite pas, n’est pas syndiqué, qui ne défend aucune cause et se contente d’être un gros porc de consommateur moyen, lui ne sera pas dérangé d’être surveillé par le système Echelon ! Mais je n’ai aucune envie d’être un gros porc de consommateur moyen ! J’ai envie d’exprimer mes idées, de rencontrer qui je veux sans craindre qu’un matin les flics viennent m’arrêter et m’interroger parce que j’aurais dit des propos subversifs sur le net ou par téléphone. Sous couvert de lutter contre le terrorisme, ces systèmes de surveillance et de répression visent en fait à surveiller les éventuels déviants et éléments subversifs et tous ceux qui luttent d’une façon ou d’autre contre le sacro-saint dogme ultralibéral. Ce sont des systèmes mis en place pour protéger le marché, l’économie mondialisée. Le système Echelon surveille de très près tous les membres d’Attac, lesquels ne sont pas franchement des terroristes ! Les États-Unis l’ont clairement dit : « Ceux qui ne sont pas avec nous, avec notre politique, avec notre culture sont contre nous » et sont donc soupçonnés d’être des terroristes, c’est hallucinant ! Un tel mensonge dans un système qui se prétend démocratique relève pour moi de l’intolérable.

Dans Jihad, tu nous mets donc en garde contre une France fasciste. Cependant, les événements de septembre dernier n’invitent-ils pas à penser que l’auteur de science-fiction s’est trompé de cible ? Et en ce sens, tous les terrorismes se valent-ils ou faut-il les hiérarchiser, certains étant plus intolérables que d’autres ?

Je n’établis pas de hiérarchie. L’islamisme radical et fondamental à la Ben Laden, l’extrême droite radicale et fondamentale à la Le Pen ou à la de Villiers, ou le marxisme radical et fondamental à la Khmer rouge, ce sont toutes ici des théories liberticides et criminelles. Il n’est pas du tout dans mon propos de justifier les actes commis par Al-Qaïda, sous prétexte qu’ils ont attaqué les États-Unis. Cependant, je suis ravi qu’ils aient attaqué les États-Unis. Enfin quelqu’un ose attaquer les États-Unis ! Cela dit je ne peux absolument pas cautionner ni la méthode ni les idées qui s’y rattachent. On assiste à la lutte de deux sectes pour l’hégémonie mondiale : d’une part la secte fondamentaliste islamique qui prône un retour à une espèce de moyen-âge religieux, totalement liberticide et même sociéticide et d’autre part la secte des deux cents fameuses familles qui se partagent 40 % du PIB mondial, lesquelles sont soutenues par les États qui les abritent, ces mêmes États qui ne manquent pas non plus de soutenir combien de dictatures ! Ces deux formes d’extrémismes sont dangereuses et il est de notre devoir de lutter contre par tous les moyens dont nous disposons, selon les engagements et les possibilités de chacun. Je ne suis pas de nature combative et belliqueuse, mais sur le plan des idées, ma lutte passe par mes écrits. Cette lutte est tout aussi fondamentale. Il faut résister pour empêcher ce genre de tyrannies de s’installer dans nos sociétés. L’ultralibéralisme poussé à son extrême signe l’arrêt de mort des sociétés. On arrive aujourd’hui à une espèce de charnière, à une exacerbation des tendances les pires de la société humaine, entre le fanatisme religieux et un type de société moyenâgeuse d’un côté et le fanatisme ultralibéral et une société déshumanisante et fascisante de l’autre.

Et pourtant, à en croire les sondages, 90 % des Américains étaient favorables à la politique répressive orchestrée par Bush les semaines suivant l’attentat. Les 10 % restant affirmant que cet attentat était peut-être une occasion unique pour reconsidérer l’art et la manière de faire de la politique au pays des libertés. Quelques mois après ces événements, la politique américaine a-t-elle saisi toute l’ampleur de ce 11 septembre au point de reformuler son approche de la politique ou est-ce encore et toujours dans ce même rapport de force que les politiques occidentales se sont engagées pour asseoir leur domination sans faille ?

Ces événements ont été une occasion que les États-Unis ont manquée. Ils ont élu une espèce de cow-boy va-t-en-guerre qui ne pense pas plus loin que le bout de son nez et qui, comme la plupart des Américains, n’a aucune notion de ce que peut être une autre société que la sienne. Ils auraient pu saisir cette occasion de remarquer que leur hégémonie mondiale était finalement moins appréciée qu’ils l’auraient cru et qu’ils sont très loin d’être cette nation aimée de par le monde ! À ce propos, Bush a eu cette phrase à un moment : « Mais je ne comprends pas pourquoi les gens ne nous aiment pas. Nous sommes quand même les bons dans l’histoire » (!) Les Américains ont une vision tellement manichéenne et définitive du monde qu’ils n’ont su apporter qu’une seule réponse, à savoir bien entendu la guerre technologique à outrance, ce qu’ils savent très bien faire. Mais ils ont manqué l’essentiel, lequel consistait à faire leur mea culpa et à réagir autrement à la violence que par la violence. Comme tout empire qui se respecte, et l’histoire l’a abondamment prouvé, la nation américaine a assis son pouvoir sur la domination économique et militaire, et sur l’écrasement des peuples. Le seul bon signe que je vois dans les attentats du 11 septembre, c’est l’ouverture d’une première faille dans l’empire américain et j’avoue quelque part en attendre d’autres. J’attends que les États-Unis soient attaqués de bien d’autres manières et de façon moins destructrice dans la mesure où ce sont toujours les innocents et la société civile qui en pâtissent. Mais il convient de ne pas oublier que les États-Unis, pays qui s’est construit sur un génocide, ont tout de même quelques centaines de millions de morts sur la conscience, des civils notamment, tués de leurs propres mains ou tués indirectement par des financements et soutiens à maintes dictatures de par le monde ! En comparaison, les six mille morts du World Trade Center ne sont finalement qu’une goutte d’eau dans l’océan de haine et de ressentiment qu’éprouve une grande partie du monde à leur égard. Il serait temps qu’ils s’en rendent compte, mais ce n’est nullement le cas. Une telle bêtise ou une telle mauvaise foi sont déconcertantes.

Si les écrivains de science-fiction sont politiquement engagés dans le monde, comment expliquer qu’ils soient finalement assez peu nombreux à s’inquiéter de ces réalités ? Ils s’attachent à des problèmes dont les objets sont les technologies, le virtuel, la conquête de l’espace. Quid des problèmes sociaux, ethniques, religieux ? Faut-il y voir un manque de vision ?

La science-fiction n’est que le reflet de la société qu’elle décrit. Ce n’est pas une littérature forcément en avance sur son temps. Il existe maints exemples où la science-fiction a pris le train en marche et a rendu compte d’un certain développement de la société au moment où celui-ci était déjà bien avancé. La société devenant de plus en plus complexe, nous en sommes toujours, nous autres auteurs de science-fiction à tenter de décoder le monde, d’y trouver un sens. L’étape suivante est de réfléchir à la construction d’un autre monde possible et cette étape ne saurait tarder. J’en suis persuadé. Mais ces idées-là doivent faire leur chemin dans la société. Il existe nécessairement un décalage. Ainsi, le mouvement cyberpunk a pris en marche le train de l’informatique. À une ou deux exceptions près, aucun auteur n’avait prévu le développement de l’informatique domestique en réseau et de l’Internet. Le premier à avoir théorisé cette évolution est William Gibson avec Neuromancien, écrit en 1984. Mais déjà le processus était engagé. L’auteur s’est contenté d’analyser une évolution qui était déjà en cours. Même décalage concernant le changement climatique : je connais peu de livres qui ont su anticiper ce changement climatique avant que les médias ne commencent à en parler véritablement. Les ouvrages traitant du sujet commencent maintenant à être légion. Les recherches sont médiatisées et fournissent des données suffisantes à partir desquelles on peut concevoir un futur plausible. Concernant les solutions alternatives dont on parlait, du fait qu’elles sont nouvelles dans la société, elles le sont tout autant pour nous autres auteurs. Mais ce sont des idées qui peu à peu font leur chemin dans les consciences et qui ne manqueront pas d’apparaître dans les romans ces prochaines années. Me concernant, je vais m’y attacher. Je parlerai de ces thématiques dans mon prochain livre. D’autres auteurs tentent également l’aventure. Ainsi le dernier ouvrage de Pierre Bordage, L’Évangile du Serpent, qui, par le biais du néo-nomadisme, introduit une nouvelle évolution de la société.

Ces nouvelles thématiques sont-elles davantage la préoccupation d’auteurs européens, ou se retrouvent-elles également du côté de la littérature anglo-saxonne, laquelle reste toujours une référence concernant la science-fiction ?

La science-fiction n’est plus un concept essentiellement anglo-saxon, elle est devenue un concept occidental au sens large. Il y a eu une hégémonie de la science-fiction anglo-saxonne à une certaine époque, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. À l’origine, c’est une invention conjointe de la littérature française et anglaise. Ce sont dans ces pays-là qu’elle a le mieux vécu et proliféré. L’hégémonie culturelle américaine a par la suite détruit l’imaginaire dans nombre de pays d’Europe, mais on assiste à une renaissance en Italie, en Espagne, en Allemagne, dans les pays du nord. Au fur et à mesure que l’Europe économique se construit, l’Europe culturelle renaît de ses cendres également. Dans les pays anglo-saxons, il existe cette uniformité culturelle extrêmement puissante et cette vision manichéenne des choses extrêmement bien implantée. Il faut dès lors avoir un certain courage culturel et politique pour pouvoir penser autrement, mais fort heureusement, certains auteurs voyagent et découvrent qu’il existe un monde en dehors de l’Amérique. Je pense notamment à James Morrow, Lucius Shepard ou K.W. Jeter qui pour moi sont peut-être les plus “européens” des auteurs américains, dans la mesure où ils ont une approche pluriculturelle, pluridisciplinaire, de leur littérature, et n’hésitent pas à remettre en cause le mode de pensée anglo-saxon.

Ton prochain ouvrage traite de l’écologie, thème appelé à devenir de plus en plus incontournable. Faut-il y voir la résurgence d’une thématique très soutenue durant les années 70 et qui n’aurait su convaincre suffisamment ? Peux-tu nous en toucher quelques mots ?

Je n’aime pas tellement parler des ouvrages que je n’ai pas encore écrits, vu qu’ils sont susceptibles de pas mal de transformations ! Quant au thème, ce sera dans un futur relativement proche, une cinquantaine d’années environ. L’enjeu sera la guerre pour l’eau potable, la guerre de la soif. Nous assisterons aux ultimes soubresauts de l’ultralibéralisme, qui va résister de toutes ses forces face à une société profondément bouleversée par ces changements climatiques. La société occidentale va s’installer dans une ambiance de catastrophe permanente et va survivre tant bien que mal. Deux choix s’offriront alors à elle : soit appliquer les solutions les plus fascistes et liberticides, soit au contraire tenter d’autres méthodes de gestion, environnementales et économiques. Je vais mettre en confrontation l’un des derniers dinosaures de l’ultralibéralisme, qui tire sa fortune de l’industrie écologique, et un adversaire pour lui insignifiant, à savoir un peuple africain parmi les plus pauvres qui soient, le Burkina Faso. Dans mon ouvrage, le Burkina possède une nappe phréatique découverte par la technologie du trust transnational en question, et ce pays d’Afrique va tout tenter pour préserver ce qui lui appartient. Il s’agira donc — en gros — de la lutte d’un peuple sans moyens, sans armes, sans aucune possibilité de se faire entendre sur la scène internationale, contre une multinationale qui elle a tous les moyens, toutes les armes, toutes les possibilités d’imposer son économie au monde. Une lutte de David contre Goliath, mais je rappelle qu’au final c’est David qui a gagné…

Faut-il y voir une anticipation des plus malheureuses ? Est-ce vraiment une peur propre à nos sociétés pour les années à venir et tout à fait légitime ou n’est-ce qu’un mauvais fantasme de plus ?

En me documentant, je me rends compte que c’est un problème qui commence à inquiéter certaines personnes, des scientifiques, des ONG directement confrontées au problème, mais encore assez peu la classe politique. Il existe pourtant des guerres dont le partage de l’eau est l’enjeu réel. Ainsi Israël contre ses pays voisins, dont l’enjeu n’est pas tant l’expansion coloniale que le contrôle du Jourdain, lequel arrose aussi bien la Jordanie qu’Israël. Les Israéliens sont en train d’assécher complètement ce fleuve, de le détourner au bénéfice de leurs colonies et de leurs cultures, au détriment de la Jordanie qui commence à mourir de soif. De même en Afrique, il y a eu des guerres en Angola et au Congo dont l’enjeu principal était la lutte pour la possession de l’eau. Même scénario concernant certains pays de l’ex Union soviétique comme le Kazakhstan et l’Ouzbékistan qui sont en train d’assécher la mer d’Aral. Jusqu’aux États-Unis qui négocient actuellement avec le Canada afin d’amener par pipelines de l’eau du Canada sur les régions les plus asséchées du continent. Cela peut paraître aujourd’hui paradoxal de supposer qu’on va souffrir dans les années à venir de problèmes d’eau quand on voit ce qui tombe comme flotte par ici ! Or, si la tendance dans les pays occidentaux est à davantage de pluies, cela ne veut pas dire pour autant davantage d’eau potable dans nos robinets. L’un n’est pas directement tributaire de l’autre. Plus de pluie veut dire plus de ruissellement, plus d’inondations, plus de destructions, mais pas forcément renouvellement des nappes phréatiques, au vu de la vitesse à laquelle elles sont pompées, et les problèmes de remembrement, d’érosion, etc. Dans les années qui viennent, on risque malheureusement d’être coutumiers de cataclysmes en tous genres dont les victimes se compteront en millions. Déjà, une population croissante est confrontée quotidiennement à divers problèmes d’ordre environnemental. Les catastrophes écologiques et climatiques ne sont plus une vision de l’esprit, elles sont devenues une tragique réalité. Je pense qu’avant la fin du siècle, nous allons arriver à un problème de survie crucial — non pas la survie de tel ou tel groupe ethnique ou social, mais de l’espèce humaine dans sa totalité. Libre à nous, alors, de nous battre pour le meilleur ou pour le pire, ou pour les deux à la fois !

Les combats et les révoltes sont encore appelés manifestement à hanter nos futurs livres d’histoire ! De tous les combats qui ont traversé notre histoire humaine, s’il te fallait n’en retenir qu’un, celui qui a le plus apporté à l’humanité, quel serait-il ? L’égalité des hommes et des femmes ? La démocratie ? La libre appartenance des peuples à leur égard ? L’abolition de l’esclavage ?

Aucun de ces combats n’a été encore totalement gagné. Ce sont encore et toujours des luttes qu’il faut poursuivre. Je dirais peut-être que le combat le plus vital et le plus essentiel est la protection de l’environnement. Tout le reste découle de cela. Nous ne pourrons pas établir de société juste, harmonieuse, culturellement riche et variée, dans un monde où la survie même devient un enjeu. Nous n’avons qu’une seule planète, et si celle-ci est gravement bouleversée au point de nuire à la vie humaine, toutes les autres luttes n’auront alors plus de raison d’être. Mais de cela la planète s’en fout : la vie peut disparaître pendant dix mille ans et reparaître en prenant une tout autre forme. Cela s’est déjà vu de par le passé avec la disparition des dinosaures, une espèce pourtant largement dominante à l’époque. Je ne crains pas pour la planète en elle-même, mais pour l’humanité. La Terre finira toujours par s’en remettre, établir un nouvel équilibre. Elle a presque une éternité devant elle ! Mais c’est le seul berceau de notre humanité, la mère dispensatrice de tous les bienfaits dont nous jouissons. Même si l’homme est appelé un jour à quitter son berceau, il n’est pas encore prêt à le faire, et il a encore bien besoin de sa maman ! Et pour longtemps !

Quelle serait cette fois-ci non plus le combat qui synthétiserait tous les autres, mais la figure emblématique, le personnage incontournable de cette lutte de l’homme pour lui-même ? Là aussi, les noms ne manquent pas : Bolivar, Jeanne d’Arc, Hugo, Gandhi ?

(Après mûre réflexion) Je citerai deux noms, un lointain et un proche. Non point des figures de révoltés en tant que tels, mais des personnages qui ont fait évoluer l’histoire de nos sociétés. Dans mon domaine de prédilection, je citerai Mary Shelley. C’est elle qui a réellement inventé la science-fiction. Elle a écrit Frankenstein en 1821, à une époque où la science-fiction n’existait pas, à une époque également où écrire pour une femme était quasiment inconcevable, et à une époque enfin où être tout simplement femme était déjà difficile. Elle a réussi la gageure d’être femme, écrivain et inventrice d’un nouveau genre littéraire. C’est pour moi la fondatrice d’un genre que je vénère et je serais assez près de lui vouer un culte si j’étais du genre à vouer des cultes ! Elle a été un personnage fondateur, bien plus que Jules Verne ou Wells que l’on a l’habitude de considérer comme étant les pères de la science-fiction. Mais le premier ouvrage de science-fiction digne de ce nom est Frankenstein.

La seconde figure historique que je retiendrai, sur un plan plus politique, est le sous-commandant Marcos, lequel a initié une nouvelle forme de lutte et réussi à allier la richesse et la rigueur de l’analyse politique d’un universitaire à la lutte paysanne armée pour obtenir des terres, un respect et un niveau de vie minimum. Il a réussi à allier ces deux choses-là dans une forme de lutte qui n’est pas non violente, mais qui est assez judicieuse pour être plus rusée que le système oppressif qui a tenté de l’abattre. Grâce à Marcos, le Mexique a su en partie démocratiser sa politique et commencer à prendre en compte les identités culturelles et les revendications locales des Indiens, lesquels composent quand même l’essentiel de sa population. Marcos a fait des petits dans le monde entier, et il est le porte-parole d’une forme de lutte alternative qui ne saurait se satisfaire de détruire un système par la violence, mais qui en même temps s’efforce d’apporter une réflexion pour tenter de conserver, d’instaurer ou de modifier le dialogue et le rapport de forces.

Et concernant la littérature que tu affectionnes, hormis Mary Shelley, quel auteur a su le mieux défendre certains combats jugés essentiels, celui qui a su faire de son écriture même un combat ?

Je pourrais citer un auteur comme Norman Spinrad, lequel a toujours clairement affiché ses opinions… Mais je vais citer un autre nom qui pour moi est beaucoup plus fort. C’est Philip K Dick. Chacun des livres de Spinrad est un brûlot politique en soi, dans lequel l’auteur affiche clairement ses opinions. J’ai toutefois la vague impression qu’en vieillissant, Spinrad ne s’arrange pas, ses idées n’étant plus forcément en adéquation avec sa vie. Par contre, un auteur dont les idées ont toujours été en adéquation avec sa vie, laquelle a été terrifiante et impossible, c’est indiscutablement Philip K Dick. Il a apporté à son époque une vision sur le monde qui était franchement dérangeante et déstabilisante. Le fait est qu’il a été reconnu aux États-Unis bien après sa mort, et c’est grâce à l’Europe et à la France en particulier qu’il a réussi à vivre de sa littérature, puisque les lecteurs français lui ont réservé un accueil des plus mérités. Nous sommes peut-être plus aptes à nous interroger sur le sens de l’existence, sur la notion de réel… Il faut vraisemblablement y voir un esprit analytique et critique hérité du siècle des Lumières et des philosophes allemands, que connaissait très bien Philip K Dick. Toutes ses œuvres ont été non pas une dénonciation de l’american way of life en tant que telle, mais une analyse pointue, impitoyable et terrifiante du mode de vie américain de l’époque. Il s’est par ailleurs infiniment interrogé sur la perception de la réalité. Qu’est-ce que le réel ? Qu’en perçoit-on au juste ? N’y a-t-il pas finalement autant de réalités que de “points de vue” ? Questions philosophiques essentielles, et lecture d’autant plus étonnante qu’elle nous vient d’un auteur anglo-saxon. Philip K. Dick est l’auteur le plus sincère et engagé qui soit. Il ne livre aucune concession à ses idées, ce qui lui a valu d’avoir une vie extrêmement difficile et douloureuse. Et combien de lecteurs et d’écrivains a-t-il influencés !

Un siècle et un millénaire s’ouvrent à nous. Quel combat nous faut-il maintenant gagner ?

Le combat pour l’humain au sens le plus large possible. Un combat au sens culturel, social, économique, environnemental, philosophique, mythologique, mystique. C’est le combat pour l’évolution de l’homme. En ce sens, je milite davantage pour l’évolution que pour la révolution !…

 

« Ne pas se révolter, cela veut dire tout accepter. Tout accepter, cela veut dire renier sa dignité. Renier sa dignité, c’est ne plus être humain, mais juste un déchet dans les caniveaux de l’Histoire. » Jean-Marc Ligny, dédicace pour Jihad, le 20 janvier 2002

 

Bibliographie sélective

Les Voleurs de rêves (Éditions Fleuve Noir, Collection Anticipation)

  • Les Semeurs de mirages, 1989
  • L'Art du rêve, 1989
  • À la recherche de Faërie, 1989
  • Labyrinthe de la nuit, 1989
  • Hypnos et Psyché, 1989
  • Traqueurs d'illusions, 1990 

Les Guerriers du réel (Éditions Le Livre de Poche, Collection Science-fiction)

  • Un piège mortel, 2007
  • Le traqueur, 2007
  • Les semeurs de mirages, 2007
  • Les fabricants de rêves, 2007
  • 1979, Temps blancs, Éditions Denoël
  • 1979, Biofeedback, Éditions Denoël
  • 1982, Furia !, Éditions Denoël
  • 1987, Yurlunggur, Éditions Denoël
  • 1988, D.A.R.K., Éditions Denoël
  • 1988, Kriegspiel , Éditions Fleuve Noir, en collaboration avec D. Goult
  • 1988, Dreamworld, Éditions Fleuve Noir, en collaboration avec D. Goult
  • 1989, Le Voyageur perdu, Éditions Bayard, Roman jeunesse
  • 1990, Rasalgheti, Éditions Fleuve Noir, La saga d'Oap Täo, Chroniques des nouveaux mondes, Tome 1
  • 1990, Apex (M57), Éditions Fleuve Noir, La saga d'Oap Täo, Chroniques des nouveaux mondes, Tome 2
  • 1990, Bérénice, Éditions Fleuve Noir, La saga d'Oap Täo, Chroniques des nouveaux mondes, Tome 3
  • 1990, Démons, Éditions Fleuve Noir, Succubes, Tome 1
  • 1990, Sorciers, Éditions Fleuve Noir, Succubes, Tome 2
  • 1991, Un été à Zedong, Éditions Fleuve Noir, Chroniques des nouveaux mondes
  • 1991, Albatroys, Éditions Fleuve Noir, Chroniques des nouveaux mondes (2 volumes)
  • 1991, Yoro Si, Éditions Denoël
  • 1991, L'Enfant bleu, Éditions Bayard, Roman jeunesse
  • 1993, Aqua, Éditions Fleuve Noir
  • 1993, Cyberkiller, Éditions Fleuve Noir
  • 1994, La Mort peut danser, Éditions Denoël
  • 1994, L'Île au nord du monde, Éditions Bayard, Roman jeunesse
  • 1996, Inner City, Éditions J’ai lu (Grand prix de l’imaginaire 1997)
  • 1996, Les Ailes noires de la nuit, Éditions Rageot, Roman jeunesse
  • 1996, La Fille de l'abbaye, Liv’Éditions, Roman jeunesse
  • 1996, Slum City, Éditions Hachette
  • 1998, Jihad, Éditions Denoël
  • 1998, Succubes, Éditions Fleuve Noir, Réédition révisée de Démons et Sorciers
  • 1998, Dans la gueule du loup, Éditions Bayard, Roman jeunesse
  • 1998, Le Clochard céleste, Éditions Nathan, Roman jeunesse
  • 1998, Le Chasseur lent, Éditions Hachette
  • 1999, Le Chant des IA au fond des réseaux, Éditions Baleine
  • 1999, Les Guerriers du réel, Éditions Hachette
  • 1999, Les Démons de Mamyvone, Éditions Nathan
  • 2000, Le Cinquième est dément, Éditions Baleine
  • 2001, Les Oiseaux de lumière, Éditions J’ai lu, en collaboration avec Mandy (Prix Tour Eiffel 2001)
  • 2001, Sables mouvants, Éditions Hors Collection, en collaboration avec Jean-Luc Boivent
  • 2005, Razzia, Éditions Rivière Blanche
  • 2006, AquaTM, Éditions L’Atalante
  • 2007, La Ballade des perdus, Éditions Baleine
  • 2009, Sur la route du Nord, Éditions Bayard, Roman jeunesse
  • 2010, Mal-Morts, Éditions L’Atalante
  • 2012, Exodes, Éditions L’Atalante, Prix Utopiales Européen 2013
  • 2012, Des Yeux dans le ciel, Éditions Syros, Roman jeunesse
  • 1991, Le Voyageur solitaire, Éditions Fleuve Noir, Chroniques des nouveaux mondes
  • 2008, Le Voyageur solitaire (Le Voyageur solitaire, Le Traqueur d'extrêmes, Le Cas du chasseur, L'Astroport), Chroniques des nouveaux mondes, Éditions ActuSF
  • 2009, Les Chants de glace (Labyrinthe de la Nuit, La Guerre de 3 Secondes, Les Chants de glace, Ogoun Ferraille), Chroniques des nouveaux mondes, Éditions ActuSF
  • 2000, Cosmic Erotica, Éditions J’ai lu
  • 2001, Eros Millenium, Éditions J’ai lu

 

Sites éditoriaux

Éditions ActuSF
Éditions Baleine
Éditions Denoël
Éditions L’Alatlante
Éditions Rivière Blanche
Éditions Syros

Sites de référence

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Frank Brénugat
Diplômé d’un Master en philosophie, Frank Brénugat a été enseignant en Formation Humaine et Sociale dans les écoles ENSETA Bretagne (École Nationale Supérieure de Techniques Avancées) et ISEN Brest (Institut Supérieur de l’Électronique et du Numérique). Il enseigne actuellement la philosophie dans l’établissement brestois du groupe scolaire Javouhey. Ancien Directeur de la rédaction du magazineParallèles, il se passionne pour les contrées associées aux domaines de l’imaginaire et voue un amour sans bornes à l’égard des voyages.
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