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Rencontre avec Dantec

par Frank Brénugat10 octobre 2014
Entretien réalisé par Frank BRENUGAT, 1994
In revue Parallèles, numéro 1, septembre 1994

Dantec, graveur de talent, nous offre une série d’illustrations à l’encre de chine, dont les thématiques naturalistes nous invitent à la rêverie d’un monde peuplé d’arbres-dieux, de vieilles pierres, de ruines et de forêts luxuriantes. Un monde où les civilisations, abandonnées par l’Histoire, se sont retirées au profit d’une nature intemporelle et primordiale. Laquelle semble bien vouloir reconquérir ses territoires jadis perdus…

 Consulter la galerie Dantec

 

« Dantec est né en 1950 entre Bourgogne et Morvan. Études secondaires puis prépa de lettres le mènent très logiquement… à la sellerie puis à la création de retables. En 1977 il expose à Pont-Aven et se trouve si bien chez Nicolle Correlleau qu’il y reste deux ans : le temps de découvrir la broderie glazik et bigoudène et les entrelacs des livres de Kells et de Lindisfarne qu’il a tôt fait de ramener à leur origine… persane ! En 1979 il tire la raclette dans un atelier de sérigraphie à Morlaix puis monte une agence de pub. Peu doué pour le commerce et le port de la cravate, il part deux ans convoyer seul des voiliers en Europe du Nord et Méditerranée. Retour en 1983, encore trois ans pour rebâtir une maison en Trégor, en présidant une maison d’édition associative, et en livrant des affiches de spectacles, premiers dessins signés Dantec, encore polychromes. Fin 1987, Georges Jouin le convainc par ruse d’exposer dans sa librairie “Kornog”. Cinq expositions bretonnes suivront (Nantes, Scaër, Quimper, Brest et Morlaix). On lui confie l’iconographie du château de Kerjean. Trois expositions en Bourgogne en 1989 (Châlon, Mâcon, Montceau). L’automne et le printemps de 1990 sont consacrés à l’iconographie d’Océanopolis à Brest. En 1990, il obtient le Grand Prix du Salon de Lyon et expose à Cluny. Au retour, il s’arrête à Dijon, le temps d’acheter “Vieux Pierre”, une péniche de 40 mètres, avec l’idée d’en faire une galerie itinérante de prestige. Suivent des expositions de groupe à Wûrselen, Morlaix, Saint-Pol, le prix du public à Alençon, la médaille du salon Inter-Arts à Louhans. Prix du Conseil Général de l’Aude à Carcassonne, prix du Poulpry à Bénodet en 1991. Expositions à Cluny, Mâcon, Lamballe, Lyon, Amsterdam, Châlons et Brest. Pendant les rares et courtes vacances, 100 tonnes de lest, 250 m2 de tôle, deux côtes et toutes les économies passent dans la péniche. 1992 débute avec le 2e Prix du Salon de La Rochelle et le Grand prix d’Art Style à Beaune. Suivront des expositions personnelles à Amsterdam, Morlaix , La Baule et Sarlat. Fin juillet, Dantec s’embarquera sur la péniche où les restaurations se poursuivent. Son nouveau nom, Ars Europa, décrit son nouveau programme : promotion des arts de et en Europe. La dernière folie de Dantec (à ce jour) sera baptisée le 1er janvier 1993 à 0 heure près de Bâle, aux frontières de la Suisse, de l’Allemagne et de la France, au futur centre de l’Europe. En 1993, elle descendra le Rhin jusqu’à Amsterdam, et, en 1994, le Danube vers la mer Noire. L’anartiste devient armateur d’art. » Penn ar Bed, n° 141, Bulletin trimestriel de la société pour l’étude et la protection de la nature en Bretagne, 1991, Morlaix.

 

Frank BRENUGAT : Peux-tu définir ta clientèle habituelle ?

DANTEC : Ma clientèle, de goût du moins, est entre 18 et 40 ans. Ce sont donc des gens qui n’ont pas encore les moyens de s’offrir des trucs à 30 000 francs, c’est pourquoi je fais 5 à 6 reproductions en moyenne, par an. Ce principe de reproduction permet d’avoir une clientèle plus jeune et me permet également de vivre. Jusqu’à cette année, j’ai eu assez de mal à vendre de gros originaux. En général, je pense que les artistes vendent aux gens de leur âge. Il existe une certaine connivence de culture, un peu de culture “68” en somme. Ils ont gardé une certaine nostalgie de la dérision caractéristique de notre génération et mes tableaux leur permettent de retrouver cet esprit critique. En France, les années 1968-1975 sont marquées, notamment, par l’apparition de la SF, du fantastique américain, du cinéma italien, qui sont des thèmes particulièrement affectionnés par une partie de ma génération et qui se retrouvent dans mon œuvre. Cette clientèle est actuellement trop jeune pour “investir” dans l’art. De plus, comme j’ai relativement peu de dessins originaux, le principe de reproduction me permet de faire plusieurs expositions en même temps dans des lieux non conventionnels.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

L’alcool bien sûr ! J’ai une vie assez cahoteuse, pour ne pas dire chaotique. J’ai fait des études de Lettres, trop poussées à mon goût. J’ai donc beaucoup lu, notamment de la science-fiction. J’ai lu à peu près tout ce qui se faisait dans ce domaine il y a une bonne quinzaine d’années. Enfin les bonnes choses, comme Vonnegut par exemple, qui m’avait bien marqué. Et aussi tous les auteurs plus classiques, plus commerciaux – et donc du fait moins intéressants – qui ont marqué l’époque, tels Isaac Asimov, Philip K. Dick, Jack Vance avec ses vrais héros aventureux, Frank Herbert avec Dune – bien que par la suite j’ai trouvé Herbert lassant par le côté fasciste américain de certains de ses autres livres. Le fantastique, qu’il soit classique ou moderne, donne une approche assez monstrueuse du monde. Mes dessins ne sont jamais totalement normaux, tout en étant à peu près normaux, rappelant par cet aspect la démarche de la science-fiction. Ce que je fais, c’est déformer la réalité pour attaquer un monde qui n’est d’ailleurs pas imaginaire, un monde distordu. Je m’interroge sur beaucoup de choses. Je dirais que je visite le monde de façon un peu latérale : j’observe l’homme tout comme j’observe le reste. Mon œuvre n’est pas faite pour être uniquement graphique, elle est aussi littéraire dans un certain sens. Mes dessins ne sont pas faits pour être beaux, ils sont faits pour raconter des choses. Chaque dessin est, ou veut être, une histoire, une parabole. J’utilise les mêmes matériaux que les littérateurs : le papier et la plume. Ce n’est pas de l’art “immédiat”, mais de l’art “long” et “réfléchi”, tout comme un écrit. De plus, sur bien des plans, mes dessins sont couverts de symboles littéraires. On retrouve énormément d’allusions littéraires, notamment fantastiques “classiques”, du type Alice aux pays des Merveilles ou Peter Pan, ou encore en référence à Dante, beaucoup plus que d’allusions graphiques.

On constate dans tes œuvres, la récurrence de certains thèmes, tels que l’arbre ou la ville. Est-ce dû à une évolution de tes œuvres à différentes périodes ?

J’ai, en effet, trois thèmes récurrents. Le thème de l’arbre de par son architecture, et donc de la forêt en général. J’ai une vénération particulière pour l’arbre – l’arbre totem – et un honorable mépris pour la construction humaine. Dans mes dessins, l’arbre est aussi présent que dans le monde autour de nous. Mutilé, entravé, asservi, effeuillé par l’ongle douteux de l’homme ; ou plus souvent révolté et jaillissant comme il m’arrive de le rêver ; ou matrice végétale où se fondent, canopée protectrice de dryades et de tarzans, berceau pour enfants des bois, Peter Pan, Mowgli, Baron perché. J’aime la notion de l’arbre ancêtre, l’arbre féminisé comme dans la littérature bretonne, l’arbre source de vie tel que Tolkien l’utilise – si j’avais une œuvre à illustrer, je pense que ce serait celle de Tolkien, mais enfin c’est du boulot. Plus modestement, j’ai en vue l’illustration, depuis quelque temps, d’un ou deux contes de Patrice Ewen. Le second thème prépondérant est celui de la ville construite comme un amoncellement, avec toujours des constructions dans le sens de la hauteur, l’aspect phallique étant évidemment dans mes dessins. Et enfin, le thème de la mer, de par son côté fantastique, avec notamment des bateaux fous : j’aime assez l’architecture des bateaux en ruine, car cela permet de réaliser beaucoup de choses. J’évolue dans la mesure où, entre guillemets, je débute. Je quitte de plus en plus la notion anecdotique et gag de mes débuts. Les dessins de mes premières années étaient pratiquement toujours basés sur des jeux de mots graphiques, comme pour le tableau Ararat ; il s’agit d’un gag n’ayant rien à voir avec la religion : toutes les religions sont bonnes à vendre, à prendre pardon ! Aujourd’hui, je construis des choses plus tragiques, enfin, avec du moins une certaine recherche du tragique. Je pense que l’artiste est l’observateur latéral du monde. Je regarde le monde à travers la vitre de l’aquarium, et il n’y a que l’artiste à pouvoir le faire et avoir le droit de le montrer : le législateur ne peut le faire, le moraliste a du mal. C’est d’ailleurs la raison d’être de l’artiste, il est le témoin intègre de la société, dans une certaine mesure. Je suis un artiste décadent de par le style que j’utilise, ce style XIXe siècle. Je suis l’héritier direct des artistes des années 1880, comme Gustave Doré par exemple. Je travaille avec un mélange à la fois de systèmes très anciens et modernes. Anciens par l’utilisation, notamment, de plume de bécasse ; c’est une petite plume très dure que les peintres utilisent pour les travaux de précision. Modernes par l’utilisation d’une table lumineuse et par le travail avec rotring. De nos jours, en art, on cherche toujours la création immédiate et viscérale. Je pense faire partie d’un groupe, d’une future école de dessinateurs et graveurs en train de poindre. Ce n’est pas de l’art pseudo actuel que l’on voit un peu partout. Je pense que des artistes comme nous sont plus typiques de la fin du XXe siècle, notamment par notre aspect critique, par une recherche d’une dérision des autres. De par notre aspect critique, l’on est obligé de crédibiliser notre discours par notre facture. Pour pouvoir faire passer certaines choses, on doit être incritiquable techniquement.

 

As-tu une préférence graphique particulière, un maître ?

Bresdin : c’est un graveur français du XIXe siècle, l’ancêtre de tous les graveurs actuels, c’était un grand ami de Baudelaire. C’est le type même du graveur maudit, du peintre maudit. Il a toujours vécu dans une misère absolue. Il a fait une quarantaine de gravures dans sa vie. Il travaillait avec une finesse de trait quasi inégalable, faisant autant de détails que moi, mais dans un format quatre fois inférieur ! Il avait une symbolique très dure. C’est une référence dans le milieu de la gravure et c’est donc une de mes références, d’autant plus que l’année qui a suivi la réalisation du dessin Hommage à Rodolphe Bresdin, où il joue sa vie aux dés avec la mort, il y avait une exposition sur lui à Orsay où était exposé son autoportrait, qui est la réplique exacte du personnage que j’ai dessiné. Je suppose que c’est une coïncidence, mais je me suis dit : un truc comme ça cache quelque chose ! Je pense que lorsque l’on connaît parfaitement l’œuvre d’un artiste, que l’on arrive à l’aimer assez fort, on intègre toutes les données et l’on peut avoir une perception qui se rapproche de la réalité.


« Rodolphe Bresdin prolonge la tradition du fantastique médiéval avec ses inventions monstrueuses et son monde où l’animé et l’inanimé se mélangent sans frontières. La minutie de l’exécution est au service du mystère des détails, qui ne cessent de se transformer en figures de cauchemar. » Philippe Roberts-Jones, La peinture irréaliste au XIXe siècle, Bibliothèques des Arts, 1978. Graveur, lithographe et dessinateur fantastique français. Né à Ingrande le 17 mars 1825, mort à Sèvres le 14 janvier 1885. Attirée par le fantastique, sa vie se plaça comme son œuvre, sous le signe de l’insolite. Incompris de son temps, il est aujourd’hui justement considéré comme l’un des plus remarquables graveurs du XIXe siècle. Venu à Paris vers l’âge de dix-sept ans, il y grave ses premières eaux-fortes ; il fait partie de la bohème parisienne et sera admiré, entre autres, par Baudelaire, Hugo, Mallarmé, Courbet, Champfleury, dont il est le héros du roman Chien-Caillou ; nom curieux, déformation de Chingachgook, chef indien d’un roman de Fenimore Cooper, surnom qui lui restera. De 1853 à 1857, il réside à Toulouse puis à Bordeaux, où il révéla les secrets de la lithographie à Odilon Redon qui le considéra toujours comme un précurseur et un maître et affirmait que « dans l’imagination seule étaient ses pouvoirs ». Sa vie étrange et misérable se poursuit à Paris, où il collabore à la Revue fantaisiste de Gautier. Il émigre au Canada en 1873, pour revenir ensuite à Paris. Il mourra dans la misère, sa vie fut marquée par le dénuement, la maladie et la dépression. Ce personnage excentrique, graveur étonnant, dont Huysmans décrit des œuvres dans À rebours fut l’un des visionnaires les plus originaux de son époque.

 

As-tu toujours une idée précise du travail que tu souhaites réaliser ?

Oui. Au début, j’ai une quasi-photo intellectuelle, le dessin étant le mauvais tirage de la bonne photo qui se trouve dans la tête. Lorsque je réalise un travail, c’est que l’idée est mûrement réfléchie. Il se passe parfois un ou deux ans entre l’idée et la conception, mais quand je commence une toile, il me faut tout tout de suite. C’est viscéral en diable, tout est en urgence absolue, sinon je suis frustré. Lorsque je suis sur un dessin, c’est un peu comme un puzzle. Je pense que l’on peut faire facilement le rapprochement, par le côté incohérent : on commence par les bords pour finir au milieu et tu as toujours envie de mettre la pièce suivante. En ce qui concerne mes toiles, c’est identique : tu ne peux pas les voir tant que ce n’est pas fini. J’y travaille facilement 10 à 11 heures par jour. Je travaille très peu par esquisses initiales. Généralement, je dessine deux traits pour éviter de me faire piéger par une perspective. Dans tous les dessins un peu fantastiques, les perspectives sont gonflées dans un sens ou dans un autre. Il y a toujours une plongée ou une contre-plongée, de façon à donner une impression de gigantisme. La vision assez distordue donne ainsi un aspect fantastique à la composition. Pour travailler, j’ai toujours besoin d’une documentation technique. Je pars du principe que l’on ne peut concevoir du faux sans connaître le vrai. Dans mes dessins, il y a énormément de détails réalistes, notamment dans les machineries. Pour une de mes œuvres représentant un navire échoué à marée basse sur la flèche du mont Saint-Michel, travail d’apocalypse, il a fallu une journée entière de prise de vue en U.L.M., car il s’agissait du seul moyen d’avoir certaines vues utiles à la conception du dessin.

D’où te vient cette habitude de cacher ta signature ?

À l’origine, c’est une idée de Dürer. Dürer procédait toujours de cette façon, en plaquant sa signature dans des coins sombres et en l’intégrant de façon sommaire dans le dessin. Au début, je signais comme tout le monde, dans un coin à droite ou à gauche, puis, petit à petit, j’ai commencé à l’intégrer dans le dessin pour finir par pratiquement la cacher, si bien que pour mes dernières œuvres, il faut vraiment chercher pour la trouver ! Le fait de cacher la signature oblige la personne à visiter le dessin et donc à voir les détails. À mon sens, beaucoup de gens dans les galeries ont perdu l’habitude de regarder de près. Mon travail est un travail de myope, ce sont les détails qui comptent. Lorsque tu achètes un Balzac, tu ne regardes pas le bouquin en prétendant que c’est un bon ouvrage, tu le lis ! La démarche est ici similaire, mes tableaux se lisent. La “chasse à la signature” permet cette lecture. De plus, je dirais qu’il y a un avantage commercial dans cette technique : les gens et surtout les enfants, même s’ils n’aiment pas le dessin, cherchent la signature !

Apprécies-tu les peintres, Américains essentiellement, qui ont volontairement œuvré dans le fantastique et la science-fiction ?

Frazetta, Vallejo… Bon, c’est vrai qu’ils ont une très bonne technique, bien que je ne sois pas particulièrement fan de l’aérographe. Je trouve que c’est malheureusement trop académique. Leur technique se rapproche des technologies du graphisme utilisées dans la publicité. Vallejo, par exemple, travaille avec des mises en scène réelles qu’il photographie, agrandit à l’échelle contre un mur, puis peint par dessus. Ce n’est plus de la création, c’est un professionnel de la couverture ou de la pochette de disque, travaillant à la commande. En général, le système d’illustrateurs-dessinateurs américain est un système purement commercial, il s’agit de produits aseptisés. Par contre, les travaux de Giger sont déjà plus intéressants. C’est parfois un peu indigeste si l’on a une âme sensible, mais il existe un côté créatif indéniable. Giger, c’est la brutalité de l’art, avec des créations géniales, avec une obsession du petit cadavre.

Quelle définition donnerais-tu du mythe ?

Le mythe, c’est un fantasme universel. En fait, il y a très peu de grands mythes. Dans toutes les religions de la planète, l’on retrouve trois ou quatre grands mythes principaux, tels que l’éternité, la résurrection, le déluge. C’est très réduit, mais cela prouve également que l’imaginaire de l’homme est réduit dans ses grands thèmes. L’imaginaire, c’est… c’est de l’art frustré, et l’art, c’est… c’est de l’imaginaire réalisé ! Le mythe est le fantasme profond, un grand rêve ! Le “Bon Dieu” est un mythe, c’est le rêve normal de l’homme, en tant que surhomme et créateur.

Dantec parle de ses dessins, in Penn ar Bed

Dantec parle de ses dessins, in Penn ar Bed, n° 141, Bulletin trimestriel de la société pour l’étude et la protection de la nature en Bretagne, 1991, Morlaix.
« Dans mes dessins, l’arbre est aussi présent que dans le monde autour de nous. Mutilé, entravé, asservi, effeuillé par l’ongle douteux de l’homme ; ou plus souvent révolté et jaillissant comme il m’arrive de le rêver ; ou matrice végétale où se fondre, canopée protectrice de dryades et de tarzans, berceau pour enfants des bois, Peter Pan, Mowgli, Baron perché.
Du coin de mes tableaux, il nous contemple, arbre-totem, Dieu et père tutélaire, vieillard de grande sagesse malmené par la troupe irrespectueuse et niaise des garnements malfaisants, brûleurs de forêts, saigneurs de sève, bétonneurs de haies.
Souvent, des chênes abattus par les remembrements de nos marelles cadastrales, des lianes sectionnées par les canifs de nos tour-operators jouant aux Indiens de square, des arsins grillés par les pluies de nos jouets acides ; je veux voir bourgeonner des surgeons géants, justiciers tentaculaires qui broieraient d’un revers de racine nos décors en béton-pâte. Je veux imaginer notre fourmilière atterrée fuyant cette force enfin réveillée par nos chants d’enfants insupportables nous décochant une chiquenaude magistrale, un soufflet dédaigneux de la branche…
Vaniteux et braillards, peuple infantile se croyant roi d’un monde qui le surpasse, nous sommes les Bandar-log ridicules du grand livre de la jungle originelle ; sourds à l’enseignement murmuré des arbres de ces vieux penseurs. Toutes nos civilisations, Borobudur, Zimbabwé, Tula, un jour prochain Paris, New York et Tokyo ne seront qu’un jeu de cubes éparpillé sous les grands arbres…
… quand la récréation sera finie. »

L'Oiseau-Qui-n'Existe-Pas

L’Oiseau-Qui-n’Existe-Pas


Voici le portrait de l’Oiseau-Qui-N’Existe-Pas. Ce n’est pas faute si le Bon Dieu qui a tout fait a oublié de le faire. Il ressemble à beaucoup d’oiseaux parce que les bêtes qui n’existent pas ressemblent à celles qui existent. Mais celles qui n’existent pas n’ont pas de nom. Et voilà pourquoi cet oiseau s’appelle l’Oiseau-Qui-N’Existe-Pas, et pourquoi il est si triste. Il dort peut-être, ou il attend qu’on lui permette d’exister. Il voudrait savoir s’il peut ouvrir le bec, s’il a des ailes, s’il est capable de plonger dans l’eau sans perdre ses couleurs, comme un vrai oiseau. Il voudrait s’entendre chanter. Il voudrait avoir peur de mourir un jour. Il voudrait faire des petits oiseaux très laids, très vivants. Le rêve d’un oiseau-qui-n’existe-pas, c’est de ne plus être un rêve. Personne n’est jamais content. Et comment voulez-vous que le monde puisse aller bien dans ces conditions ? Claude Aveline


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Frank Brénugat
Diplômé d’un Master en philosophie, Frank Brénugat a été enseignant en Formation Humaine et Sociale dans les écoles ENSETA Bretagne (École Nationale Supérieure de Techniques Avancées) et ISEN Brest (Institut Supérieur de l’Électronique et du Numérique). Il enseigne actuellement la philosophie dans l’établissement brestois du groupe scolaire Javouhey. Ancien Directeur de la rédaction du magazineParallèles, il se passionne pour les contrées associées aux domaines de l’imaginaire et voue un amour sans bornes à l’égard des voyages.
1Commentaires
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  • pascale le saec
    9 janvier 2015 at 21 h 04 min

    bravo pour le site,il faut continuer………je ne suis qu’à la première visite!
    à la prochaine

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