L’Âge d’or, Michal Ajvaz, Éditions Mirobole Éditions
Previous
ALEATOIRE
Le Prince des ténèbres, Duval, Pécau et Kordey, Éditions Delcourt
Next
Alain Brion
Rencontres
Illustrateurs

Rencontre avec Alain Brion

par Frank Brénugat13 septembre 2017
Entretien réalisé par Frank Brénugat et Jean-Marc Saliou

Valerian illustration secondaire

 

Pour la sortie de l’avant-première du film de Luc Besson Valérian et la Cité des mille planètes, le cinéma brestois Le Multiplexe Liberté organisait une soirée en partenariat avec les enseignes Excalibulle, Croc Jeux, Laser Game et nous-mêmes. C’est par cette entremise que le fictionaute.com a pu s’entretenir avec le dessinateur et illustrateur Alain Brion, lequel a signé aux éditions Soleil les cycles Les Insurgés d’Édaleth et Les Chroniques d’Excalibur. Vous retrouverez ici la retranscription de cet entretien filmé concernant son travail sur Valérian de Luc Besson et pour nous l’occasion de découvrir une figure des plus avenantes qui soient. Une bien belle rencontre. Qu’il en soit ici remercié. Nous remercions également le cinéma Multiplexe Liberté, les différents partenaires ainsi que Christophe Coat de l’association Troadé. Pour ceux qui souhaitent tout connaître des méandres créatifs de cette licence, je ne puis que vous conseiller le superbe artbook Tout l’art du film Valérian et la Cité des mille planètes de Mark Salisbury aux éditions Huginn & Muninn/Dargaud.

 À lire également : Rencontre avec Pierre Christin
À lire également : Rencontre avec Jean-Claude Mézières

 

Frank Brénugat : Comment avez-vous été contacté pour ce travail sur Valérian ?

Alain Brion : En 2011. Par mail. Il s’agissait d’un rendez-vous pour un projet secret avec la production afin qu’elle puisse voir mon travail au travers de quelques illustrations. Nous nous sommes ensuite retrouvés avec une dizaine d’autres participants autour d’une table ronde avec Luc Besson lui-même. Je suis principalement auteur de bande dessinée, mais c’est mon travail d’illustrateur de couvertures de romans de science-fiction et de fantasy qui a attiré leur attention.

Pour quelle raison le film s’est-il porté sur les albums L’Empire des mille planètes et L’Ambassadeur des ombres ? Connaissez-vous les raisons scénaristiques de ces choix ?

Alors ça non ! (Rires) Je ne suis pas dans le secret ni dans la tête de Luc Besson ! Pourquoi a-t-il choisi ces albums-là plutôt que d’autres ? Je ne sais pas du tout. On prend Valérian et Laureline à un moment où ils sont déjà partenaires depuis plusieurs aventures. Ils se rencontrent dans le tome 2 et L’Ambassadeur des ombres est le septième, il me semble… Honnêtement, je ne sais pas.

Votre travail s’est porté sur le design des vaisseaux. Quelles sont les contraintes pour ce type de réalisations ?

Cela dépend des phases. Au début, nous étions très libres. Luc Besson nous proposait des scènes et des éléments de son scénario et il nous suffisait de concrétiser notre vision de ce qu’il nous décrivait. C’était la première phase. C’est à ce moment que sont « nés » le petit sous-marin d’Alain Chabat et le bromosaure. Il y a ensuite une deuxième phase dans laquelle Luc Besson m’a spécifiquement recontacté pour designer des vaisseaux spatiaux. J’ai principalement travaillé sur deux scènes, celle de l’intro avec l’arrivée des différentes races aliens sur Alpha et la bataille spatiale au-dessus de la planète des Pearls. Luc Besson voulait une gamme de vaisseaux pour les deux belligérants allant du petit chasseur au « mother ship ».

Combien êtes-vous à travailler sur cette partie illustrative ? S’agit-il d’un travail collaboratif ?

Pas tellement en fait. Cela dépend des stades. Il y a eu des moments collaboratifs et d’autres beaucoup moins. Pendant la phase préparatoire, nous étions une demi-douzaine travaillant chacun de son côté. Ensuite, lors de la préparation du tournage et lors du tournage lui-même, beaucoup d’autres gens ont participé au sein des départements costumes et décors. Pendant cette phase, je travaillais avec le chef décorateur Hugues Tissandier pour la réalisation des décors construits en « dur » à la Cité du Cinéma.

Quel regard portez-vous sur le cinéma actuel de science-fiction et l’omniprésence des images de synthèse ? Regrettez-vous les effets spéciaux à l’ancienne, en « dur » justement ?

Non, je n’y vois qu’un outil. C’est ce qu’on en fait qui compte. Je rencontre le même genre de débat en bandes dessinées.

On connaît Luc Besson comme étant assez directif. Comment se sont concrétisés ses choix concernant votre travail ?

C’était une relation directe avec lui. Je lui proposais des choses directement via Skype ou par téléphone. Naturellement, je transmettais les fichiers. Il donnait ses idées sur les aspects visuels, je lui renvoyais de nouvelles versions et ainsi de suite.

 

Quelles ont été vos propres inspirations sur ce travail ?

Pour Valérian spécifiquement, je n’ai pas fait de recherches. C’est tout ce qui me nourrit depuis longtemps. Ce sont des illustrateurs comme Frazetta, des auteurs de bande dessinée comme Moebius. Ce sont des films comme Blade Runner ou Alien. Ce sont là de grands classiques et j’avoue ne pas être très original ! (Rires) À peu près tous les illustrateurs de ma génération qui ont travaillé dans la fantasy ou le fantastique vont vous citer Giger pour Alien, Frazetta pour Conan ou encore Moebius, lequel est un must pour beaucoup de monde. Quand on est un illustrateur et un dessinateur franco-belge, Moebius reste un incontournable en science-fiction.

Pensez-vous que votre travail a été globalement respecté à la suite du visionnage du film ?

Eh bien ouais ! (Rires) Je dois dire que c’est même assez bluffant… Certes, les détails des vaisseaux spatiaux ont été beaucoup retravaillés par Weta Workshop et ILM, mais on reconnaît immédiatement leur forme générale. Il y a notamment une scène dans un petit sous-marin qui reprend les dessins que j’avais faits tout au début en 2011 et on y retrouve l’ambiance de ce travail.

Quelles ont été les parties les plus gratifiantes et les plus douloureuses dans ce travail, si douleur il y a eu ?

(Rires) Douleur, pas vraiment… C’est assez stressant dans la mesure où c’est nouveau pour moi. Je viens de l’univers de l’illustration et de la bande dessinée et c’était une première expérience pour moi. Toutefois, le métier reste le même dans la mesure où il s’agit de dessiner des engins, des créatures. Sur cet aspect, c’est finalement la même chose, mais les enjeux sont différents et le médium change un peu la façon de travailler. On ne sait pas ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Faut-il montrer plus ou moins ? Il faut s’adapter à la personne que l’on a en face de soi. Il y a l’inquiétude de ne pas fournir ce qui est attendu. Plutôt de la déception. Des designs non validés, l’impression de passer à côté de certaines choses. Et en revanche, l’excitation bien sûr de voir son travail à l’écran ! Le chef décorateur pour lequel j’avais dessiné certains décors en « dur » m’a ainsi fait visiter les plateaux où les acteurs tournaient. Je suis rentré à un moment donné à l’intérieur d’un décor et j’ai eu l’impression de rentrer dans mon dessin ! Ce sont des moments comme cela qui sont assez excitants.

Avez-vous eu des échos du scénariste Christin et du dessinateur Mézières sur le film ?

Je n’ai pas eu de contact avec eux. J’imagine que voir leur univers s’étendant sur vingt-cinq albums se concrétiser sur grand écran et avec les moyens qu’il faut, ça doit faire quelque chose oui…

Est-il possible de parler de mythologie dans l’œuvre de Valérian au même titre que l’on parle de mythologie concernant celle de Star Wars ?

Difficile à dire d’un point de vue cinématographique. Cela dépend de beaucoup de choses. Au niveau de la bande dessinée, oui. La série Valérian se retrouve un peu dans l’imaginaire de beaucoup de gens. Et même dans l’imaginaire du cinéma américain apparemment. J’ai découvert cela en travaillant sur le film. Comme en témoigne l’inspiration qu’a pu ainsi avoir Valérian sur George Lucas concernant certains éléments de ses films. Mais les Américains ne connaissent pas Valérian. Quand on regarde les commentaires sur les trailers, les bandes-annonces, on s’aperçoit qu’il s’agit là d’un univers qu’ils ne connaissent pas du tout.

Si le film connaît le succès aux États-Unis, pensez-vous que ce soit là une opportunité de voir la bande dessinée franco-belge investir le marché américain ?

Le transmedia — la passerelle entre le cinéma, la littérature, la bande dessinée — ne marche pas forcément. Ce n’est pas si évident que cela. Après avoir vu un film Marvel, va-t-on pour autant se jeter sur les comics ? Je ne le crois pas. Je ne pense pas que le cinéma en France, hormis pour quelques personnes, puisse déchaîner des ventes au niveau des comics. Et aux États-Unis, c’est encore moins vrai. Peut-être éditeront-ils Valérian et rencontreront-ils un léger succès. Mais de là à penser qu’ils cartonnent subitement en réponse au film, je ne suis pas sûr…

La science-fiction est-elle pour vous une littérature d’images ou une littérature d’idées ?

Les deux : je ne vois pas de raison de les opposer.

Vous avez plusieurs cycles de bande dessinée en cours. Quels sont vos projets concernant ces derniers ?

Je termine un cycle sur Excalibur : Chroniques avec Jean-Luc Istin. Et après… je ne sais pas. On verra !

 

Sites internet

Sites Alain Brion
Site officiel Alain Brion
• Facebook Alain Brion
• BDGest Alain Brion
• Les Chroniques d’Excalibur aux éditions Soleil
• Les Insurgés d’Édaleth aux éditions Soleil
• Corpus Hermeticum tome 1 aux éditions Soleil

Sites Valérian et la Cité des mille planètes
• Facebook Valérian et la Cité des mille planètes
• Twitter Valérian et la Cité des mille planètes
• Site EuropaCorp
• Facebook EuropaCorp
• Twitter EuropaCorp
• Google+ EuropaCorp
• Youtube EuropaCorp

Sites Tout l’art du film Valérian et la Cité des mille planètes
Site Tout l’art du film Valérian et la Cité des mille planètes aux éditions Huginn & Muninn
• Éditions Huginn & Muninn
• Site Tout l’art du film Valérian et la Cité des mille planètes aux éditions Dargaud
• Éditions Dargaud

Sites Partenaires
Cinéma Multiplexe Liberté
• Librairie Excalibulle
• Magasin de jeux Croc Jeux
• Salle de loisirs Laser Game
• Festival Association Troadé

Illustrateurs
Votre avis sur la critique
Énooorme !
0%
Bonnard
100%
Gentillet
0%
Fadasse
0%
Affligeant !
0%
ARZUR FREELANCE
Frank Brénugat
Diplômé d’un Master en philosophie, Frank Brénugat a été enseignant en Formation Humaine et Sociale dans les écoles ENSETA Bretagne (École Nationale Supérieure de Techniques Avancées) et ISEN Brest (Institut Supérieur de l’Électronique et du Numérique). Il enseigne actuellement la philosophie dans l’établissement brestois du groupe scolaire Javouhey. Ancien Directeur de la rédaction du magazineParallèles, il se passionne pour les contrées associées aux domaines de l’imaginaire et voue un amour sans bornes à l’égard des voyages.
Commentaire(s)
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

ARZUR création web et print www.philippearzur.fr