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Illustration Principale Paris 2050 de Vincent Callebaut
Beaux Livres

Paris 2050, Vincent Callebaut, Éditions Michel Lafon

par 16 janvier 2016

 

Vincent Callebaut est architecte. Diplômé de l’institut Victor-Horta de Bruxelles, ce visionnaire belge propose une vision écoresponsable de la ville. Mais pas seulement. Car derrière ses projets inspirés de la nature, c’est également une vision de l’homme qu’il donne à voir, responsable, intelligente, pour ne pas dire humaniste. En effet, les cités ne sont-elles pas le reflet de notre rapport à la nature, au monde et in fine à nous-mêmes ? En 2014, dans le cadre de son « Plan Climat Énergie » – lequel vise à réduire de 75 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 –, la ville de Paris lui a confié une étude visant à intégrer des immeubles de grande hauteur à énergie positive dans huit quartiers emblématiques de la capitale. Ainsi est né Paris Smart City 2050, paru aux éditions Michel Lafon, lequel ouvrage élargit son champ d’investigation à d’autres contrées que celles de la seule ville lumière.

Paris 2050 – Les Cités fertiles face aux enjeux du XXIe siècle
© Éditions Michel Lafon, 2015 – © Vincent Callebaut Architectures

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Thématique

« Comment devenir sobres en carbone et lutter contre le réchauffement climatique ? Comment nourrir les neuf milliards d’êtres humains qui se partageront bientôt la planète et ses ressources de plus en plus limitées ? Comment les loger ? Les villes du XXIe siècle sauront-elles remporter le challenge de la transition énergétique de la transition énergétique ? » Telles sont d’emblée les interrogations qui figurent sur la quatrième de couverture et qui nous renvoient à notre urgence climatique. C’est de saison. Et l’urgence est manifeste. Nos villes ne cessent de s’étendre, repoussant les populations aux revenus modestes vers les périphéries, les obligeant de facto à allonger leurs trajets quotidiens. Les villes s’engorgent chaque jour en peu plus, participant de la sorte à l’augmentation de moult épiphénomènes indésirables : pollution, maladies, crise du logement, cités-dortoirs, banlieues-ghettos, transports saturés. D’où cette nécessité à « réapprendre à rêver la ville » selon le propos de l’auteur. Ayant très jeune « observé avec passion les formes du vivant » lors de balades champêtres et forestières, Vincent Callebaut intègre cette passion dans son métier afin de construire une architecture organique s’inspirant du biomorphisme, de la bionique et du biomimétisme.

L’ouvrage donne ainsi à voir le travail qu’il développe au sein de son agence « Vincent Callebaut Architectures ». Son approche est transdisciplinaire, puisqu’il mêle botanistes, sociologues, spécialistes du transport, ingénieurs agronomes, artistes, architectes d’intérieurs et constructeurs. Paris 2050 propose ainsi une vision de Paris dans trente-cinq ans, au travers de huit prototypes de tours mixtes susceptibles d’intégrer certains quartiers suivant leur style. Mais pas que, puisque l’ouvrage ouvre aussi ses pages sur ses travaux signés à l’étranger. Comme en témoignent les nombreux projets architecturaux situés dans les villes de New York, de Shenzhen, de Monaco avec un projet de ville flottante et nomade, ou encore de Port-au-Prince à Haïti. Sans omettre les projets en chantier, lesquels projets sont passés du rêve à la réalité, à l’instar de la tour « Tao Zhu Yin Yuan » à Taipei à Taïwan, une tour offrant 45 000 m2 de logements et actuellement en cours de construction. La Chine, Taïwan, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord seront ainsi les tout premiers à voir les réalisations de Vincent Callebaut prendre forme entre ciel et terre.

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Lecture

Il convient de saluer ce superbe travail qui nous est donné de voir. Immanquablement. Les illustrations séduisent d’emblée, invitant le lecteur à parcourir ce formidable futur qui semble se profiler au cours des pages, loin du stress ambiant que nos médias ne manquent jamais de mettre en avant, vantant à chaque édition une apocalypse prévue pour avant-hier. Dans ce climat anxiogène et souvent culpabilisateur, il est des hommes qui œuvrent contre cette résignation professorale, se refusant à toute déclinologie, à tout pessimisme ambiant et s’affairant en vue de transformer les dystopies programmées en fantasmes éculés et au profit d’utopies bien réelles. Vincent Callebaut est de ceux-là.

Car derrière les belles images qui font rêver tout amateur d’imaginaire ou d’architecture, Vincent Callebaut s’attache avant tout à rendre ses projets crédibles, loin du faste visuel qui émane parfois de telles performances, notoirement condamnées à demeurer de simples exercices de style. L’auteur est architecte de métier, et son travail consiste indubitablement à rendre constructibles ses visions. Certes, certains travaux ne s’émanciperont probablement jamais de leur planche à dessin, tandis que d’autres seront sensiblement révisés, mais certains d’entre eux peuvent d’emblée s’enorgueillir de prendre bel et bien corps. Comme en témoignent les quelques réalisations en cours de construction, en Asie notamment.

L’ouvrage comporte une bonne vingtaine de projets, répartis en quatre chapitres. Le premier chapitre est consacré à cette étude commandée par la mairie de Paris sur la projection de la Ville lumière en 2050, le deuxième concerne les projets manifestes, le troisième met en scène les projets en chantier et autres réalisations en cours, tandis que le dernier nous ouvre de nouvelles perspectives pour des lendemains encore un peu plus éloignés. Une généreuse et éclairante introduction rend compte de l’intérêt de repenser les villes et leur architecture, tandis que chaque projet se voit gratifier d’un rédactionnel didactique clair et concis, jamais fastidieux ni démonstratif. Il nous permet de saisir la démarche intellectuelle de l’auteur en appréhendant les motivations qui ont orienté tel ou tel choix en fonction de tel type de bâtiment ou de zone géographique. Ainsi les formes prennent sens et cessent d’être perçues comme de simples objets esthétiques, tentation des plus grandes s’il en est pour ce type d’ouvrages.

Sur la forme, la dimension généreuse de l’ouvrage nous exhorte à rêver en grand format, de préférence sur double page histoire de nous perdre davantage dans les méandres d’un lendemain verdoyant et bucolique. Certains projets sont exposés sous différents angles, là où d’autres bénéficient de la mise en perspective de certains détails, sortant là aussi des habituels panoramas standardisés. Si la plupart des reproductions privilégient naturellement les vues extérieures, quelques-unes d’entre elles nous donnent à voir les entrailles des édifices, nous permettant ainsi de mieux saisir l’objet dans sa globalité. Paris 2050 offre ainsi une mise en page des plus séduisantes, aux illustrations nombreuses et magnifiées par une double pagination des plus généreuses.

Tout est-il pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ? À la lecture de cet ouvrage, le chemin vers l’architecture écoresponsable semble ne rencontrer aucun obstacle. Et pourtant, même les paradis les mieux attentionnés et bienveillants voient leur route chahutée par le diable, lequel aime à se glisser dans les détails dit-on. Cette utopie très verdoyante n’est pas en effet sans poser problème : entretien, salissures, coût, sensation étouffante, nombreuses zones d’ombre portées par une verticalité excessive… et ce, quand Dame Nature daignerait par ailleurs bien vouloir remplir son office en acceptant l’idée fort généreuse et fort naturelle de faire pousser tout ce petit monde verdoyant. Le pari n’a pourtant rien d’assuré… Ainsi, dans ma petite bourgade brestoise, la seule tentative architecturale représentant un arbre métallique dont chaque extrémité de ses branches artificielles devait voir fleurir Dame Nature, a manqué sa fonction : le noble arbre n’a jamais vu la moindre pousse apparaître… Seul le métal disgracieux est demeuré… Maintenant, ne boudons pas notre plaisir de ces villes vertes, sincèrement désirables, qui plus est au moment où justement nos mairies réduisent leurs espaces verts comme peau de chagrin et déracinent les indésirables pour une ville toujours plus minérale… Soyons sincères : la démarche de Vincent Callebaut est salutaire et des plus heureuses ! Et ce qui importe fondamentalement dans cette démarche architecturale fortement verticalisée, c’est l’ascension réglée vers cet idéal urbain et citoyen. Une démarche toute platonicienne pour envisager le ciel intelligible en côtoyant d’un peu plus près encore le ciel sensible…

 

Sommaire

Chapitre I : Paris Smart City 2050

• Moutain Towers (Rue de Rivoli) – Rendre les beaux quartiers aux Parisiens
• Bridge Towers (En amont et en aval de la Seine) – Réinventer les ponts et les fleuves
• Photosynthesis Towers (Tour Montparnasse) – Se promener dans un parc à la vertical.
• Bamboo Nest Towers (Quartier Olympiades et Ensemble Masséna) – Valoriser les tours du passé
• Antismog Towers (Petite Ceinture) – Se réapproprier les espaces oubliés
• Honeycomb Towers (Porte des Lilas) – Renforcer les liens entre les habitants
• Farmscrapers (Porte d’Aubervilliers) – Rapatrier la campagne dans la ville
• Mangrove Towers (Gare du Nord) – Habiter même les gares

Chapitre II : Mes projets manifestes

• Dragonfly (New York, États-Unis d’Amérique) – Des fermes verticales pour nourrir les villes
• Asian Cairns (Shenzhen, Chine) – Un petit Dragonfly à l’étude
• Bionic Arch (Taichung, Taïwan) – Une tour agricole et civique
• Lilypad (Monaco et Maldives) – Une ville flottante et nomade
• Solar Drop (Abu Dhabi, Émirats Arabes Unis) – Un centre aquatique panoramique
• Physalia (Canaux européens) – Un jardin flottant et dépolluant
• Coral Reef (Port-au-Prince, Haïti) – Des maisons solides et solidaires

Chapitre III : Mes projets en chantier et autres études en cours

• Tao Zhu Yin Yuan (Taipei, Taïwan) – Le rêve devient réalité à Taïwan
• DNA Towers (Shangai, Chine) – D’autres tours spiralées à l’étude
• Swallow’s Nest (Taichun, Taïwan) – Un bâtiment en pleine révolution à l’horizontale
• The Gate Heliopolis (Le Caire, Égypte) – Une oasis de logements et de commerces
• Wooden Orchids (Ruichang, Chine) – Un centre culturel et commercial en bois
• Solar Dunes (Le Caire, Égypte) – Des dunes d’appartements
• Flavours Orchard (Kunming, Chine) – Réinventer la campagne pour décourager l’exode rural
• Kings Forest (Fès, Maroc) – Des chalets respectueux de leur terrain
• Città della Scienza (Rome, Italie) – Un projet inspiré du Land Art

Chapitre IV : Épilogue

• Hydrogénase (Shanghai, Mer de Chine) – La mobilité post-fossile est déjà possible

 

Sites internet

Sites Éditeur
Paris 2050 Éditions Michel Lafon
Éditions Michel Lafon
Wikipedia Éditions Michel Lafon
Facebook Éditions Michel Lafon
Twitter Éditions Michel Lafon

Sites Auteur
Vincent Callebaut Architectures
Facebook Vincent Callebaut
Twitter Vincent Callebaut
Youtube Qu’est-ce que l’archibiotique ?
Youtube La ville écosystème

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Frank Brénugat
Diplômé d’un Master en philosophie, Frank Brénugat a été enseignant en Formation Humaine et Sociale dans les écoles ENSETA Bretagne (École Nationale Supérieure de Techniques Avancées) et ISEN Brest (Institut Supérieur de l’Électronique et du Numérique). Il enseigne actuellement la philosophie dans l’établissement brestois du groupe scolaire Javouhey. Ancien Directeur de la rédaction du magazineParallèles, il se passionne pour les contrées associées aux domaines de l’imaginaire et voue un amour sans bornes à l’égard des voyages.
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