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Illustration principale Les Clowns tueurs venus d'ailleurs

Les Clowns tueurs venus d’ailleurs, Stephen Chiodo

par 16 septembre 2015

Stephen Chiodo

Stephen Chiodo

Un brin de folie semble nécessaire à un jeune metteur en scène lorsque l’argent lui manque. Quand une compagnie familiale experte en bande dessinée décide de s’attaquer au 7e art, tout se déroule comme prévu. Calcinés dans un univers très « pulp », les frères Chiodo s’approprient le culte du clown en le mutant en extra-terrestre psyché totalement fou. Fort d’une référence à Ed Wood et autres metteurs en scène sentant bon la série B, le long-métrage se réfère à une invasion rocambolesque de clowns psychopathes venus d’une planète ô combien étrangère ! Ces derniers s’attaquent à l’espèce humaine en cultivant un amour du bon goût, multipliant les manières pour s’approprier les humains de la triste ville californienne. Perdus dans une ville peuplée de policiers maladifs et de jeunes « salopards », les valeureux clowns offrent un spectacle totalement dément et corrosif, atteignant de véritables moments comiques tout en rendant un bel hommage à la série Z. Entre succès commercial et portée comique, Killer Klowns from Outer Space s’impose comme une référence dans la grande et sombre catégorie des séries Z, au demeurant peu flatteuse, malgré sa réussite évidente.

 

Histoire

Dans la ville fictive de Crescent Cove en Californie, un vieux fermier, Gene, aperçoit un large objet ressemblant curieusement à une comète chutant progressivement vers la Terre. Croyant apercevoir la comète de Halley pour l’avoir auparavant aperçue dans le magazine qu’il épluchait, il se décide à la chercher. Interloqué, il voit, à sa plus grande surprise, un simple chapiteau de cirque. Il est d’abord amusé par le spectacle, mais son chien Pooh est rapidement capturé par un clown. Hurlant désespérément le nom de son chien, il s’énerve et frappe le chapiteau. Malheureusement, il finit par être blessé en frappant ledit chapiteau et se fait désintégrer par un clown. Pendant ce temps, Mike et sa petite amie Debbie – qui ont également vu la comète – finissent par voir où cette dernière a terminé sa course. Confrontés à la même situation que le fermier, ils finissent par entrer dans le chapiteau et découvrent un complexe massif qui ne ressemble guère à un chapiteau de cirque. Ils tombent aussi sur une chambre avec des cocons ressemblant à de la barbe à papa. Après avoir découvert les corps du fermier et d’un autre ami, ils s’échappent tout en étant poursuivis par des clowns qui tentent de les enrober avec un pistolet à pop-corn. Un chien, créé avec des ballons se met à courir après les deux amoureux, alimentant un nouvel échelon de pression. Échappant de justesse à leurs poursuivants, Mike et Debbie se rendent au poste de police pour témoigner de leurs mésaventures à l’ex-petit ami de cette dernière, Dave, et à son partenaire aigri Mooney. Ce dernier estime qu’il ne s’agit là que d’un canular, mais vient tout de même pour vérifier s’il y a présence de corps. Dave et Mike raccompagnent Debbie à sa maison et enquêtent sur le site pour trouver le chapiteau manquant. Rencontrant un groupe de voitures sur la colline, Dave constate que l’endroit est anormalement vide et distingue plusieurs voitures remplies de coton comme celui trouvé dans le chapiteau. Il se décide enfin à croire Mike.

Pendant ce temps, les clowns décident de partir en ville afin de recueillir des citadins en utilisant divers canons à rayons pour les envelopper dans des cocons. Les péripéties ne cessent de s’enchaîner les unes aux autres et donnent à voir des situations plus rocambolesques et ubuesques les unes que les autres. Debbie est entre temps attaquée chez elle par des créatures qui ont muté dans le pop-corn qu’elle avait reçu. Elle est capturée par les clowns qui finissent par l’emprisonner dans un ballon géant. Mike, Dave et les frères engagent alors une chasse dans le parc d’attractions afin de la retrouver.

Voyageant à travers un décor kitsch, les frères Terenzi tombent dans un piège et rencontrent deux clowns femmes, tandis que Mike et Dave continuent leur chemin dans le vaisseau. Ils finissent par retrouver Debbie en tirant avec l’arme de service dans le ballon où se trouvait celle-ci. Puis ils se mettent à courir ensemble à travers le chapiteau en rencontrant plusieurs pièges le long du chemin, avant d’être entourés par une pléiade de clowns. Ils sont proches d’être tués quand Rich et Paul arrivent, après s’être échappé des femmes clownesses dans leur camion de crème glacée. En utilisant une tête de clown en plastique pour donner des ordres aux clowns, les deux frères parviennent à leur faire à arrêter leurs attaques. Toutefois, un clown mutant et patron de l’armée des clowns, arrive et se libère de ses chaînes. Alors que les autres clowns fuient le monstre, ce dernier fait exploser le camion avec Rich et Paul encore à l’intérieur. Dave tire sur le clown pour faire diversion, permettant ainsi à Mike et à Debbie de s’échapper. Ils parviennent à s’enfuir tandis que le navire commence à décoller du sol pour quitter la Terre. À l’intérieur, Dave détruit le nez du clown massif avec son badge, faisant exploser le clown et son navire par la même occasion. Ayant échappé aux autorités qui étaient rassemblées à l’extérieur du parc d’attractions, Mike et Debbie pleurent brièvement la perte de leurs amis jusqu’à ce que la voiture miniature d’un des cinq clowns tombe du ciel. Dave finit par revenir, laissant les deux amoureux bouche bée, alors que Paul et Rich apparaissent à l’arrière de la voiture, s’étant cachés dans les refroidisseurs du camion de crème glacée pour éviter l’explosion. Debbie demande ensuite si l’attaque est enfin terminée, mais une pluie de tartes s’abat sur son visage et celui de ses amis, avec le rire des clowns en fond sonore.

Lecture

Caractériser un film de série Z de film « nécessairement » mauvais peut émaner de la bouche de quelques personnes incultes. Ces derniers devraient simplement visionner Les Clowns tueurs venus d’ailleurs pour bénéficier d’un avis légitime. Difficile tout de même de voir dans ce long-métrage une quelconque idée de la mise en scène ou de la direction d’acteurs, puisque cet aspect n’importe guère au réalisateur. Les frères Chiodo s’attardent à provoquer rires et hurlements, dans le cadre d’une œuvre frôlant l’absurde à son paroxysme et semblent peu se préoccuper des acteurs. Malgré cela, on ne peut que souligner l’intention de rendre le film encore plus farfelu, tant par l’interprétation quasi caricaturale des acteurs que par le choix de dialogues tout simplement comique. Et justement, les propos que sortent les policiers ou même les frères Terenzi émanent d’une bassesse tellement ridicule que l’on est obligé de rire ! Ainsi, lorsque le policier frustré Mooney voit deux petits jeunes avec une bouteille de vin, il n’a d’autre intention que de les mettre en prison, ces derniers désobéissant à la pudeur instaurée dans la cité fictive californienne. L’un des ressorts comiques du long-métrage consiste justement dans cette instabilité des personnages. Mooney tente ainsi de faire parler le bitume sur les visages de nos deux compères, en prétextant qu’ils ont atteint un pic de provocation… Son collègue prenant la défense des jeunes zigotos ne peut que s’incliner, mais encore à travers un dialogue des plus absurdes ! La force de ce film tient déjà avec ses discussions jouissives, offrant un degré comique parfaitement ajusté face aux divers clowns tueurs qui introduisent leur triste assassinat avec de joyeux gags.

Ces clowns ne sont pas méchants pour rien, le réalisateur insiste volontiers sur cet aspect, mais toujours avec cet esprit bien burlesque. Il faut notamment penser à la scène avec le fermier qui découvre ce drôle de chapiteau, où l’on voit une ombre de clown à travers la structure, tandis que le pauvre vieux a le dos tourné. Dès le début, on s’apprête déjà à rire… Les clowns ont par ailleurs un physique peu avantageux. Quant à leur costume… S’il s’agit bien d’un costume traditionnel pour un simple clown, ce dernier est néanmoins tellement kitsch qu’on ne manque pas de regarder ces clowns avec un petit sourire en coin. De plus, ces petits clowns ont des gadgets plutôt inédits, que les frères Chiodo devaient imaginer pour une éventuelle bande dessinée, comme ce chien gonflable courant après le couple. Ou encore ce fusil à pop-corn transformant cette nourriture peu ragoutante en espèce de petits monstres épouvantables. Ce qui reste « novateur » est cette imagination débordante de la famille Chiodo, laquelle tente de construire tout un background autour de ces vulgaires clowns. Pourtant, les Chiodo savaient très bien qu’ils n’auraient pas de moyens exceptionnels pour mener à bien ce projet. Ainsi, plafonnant avec un budget de deux millions de dollars, la production semblait perdue, ravagée par d’éventuels effets spéciaux, certes kitsch, mais dont le coût s’avérait néanmoins élevé pour l’époque. Sans omettre le coût souvent sous-estimé des décors, costumes et véhicules, parfois dissuasif… Et pourtant, comme le montre parfaitement ce film, quand on souhaite faire un film « fauché » mais avec énormément d’ambition et de maîtrise, on peut tout à fait réussir sans craindre de lendemain apocalyptique. Le succès commercial étonnant de ce long-métrage montre que les efforts n’ont guère été vains, surtout pour un film d’exploitation récoltant la bagatelle de quarante-trois millions de dollars sur le seul territoire américain. C’est d’autant plus surprenant que le film bénéficiait d’une presse peu élogieuse, bien qu’indulgente à l’égard de son statut revendiqué de série Z. Un tel bénéfice qui s’est vu par ailleurs conforté par le marché vidéo, le culte du nanar jouant en sa faveur.

Pour l’instant, nous avons peu abordé les aspects technique et musical du film, mais il faut savoir que ces derniers semblent totalement secondaires quand on assiste à un tel spectacle. La mise en scène contribue pourtant à rendre le film kitsch à souhait, avec des plans parfois ratés où les trucages suintent bon la mauvaise coordination de la caméra. Il faut penser aux scènes de « freinage » quand la voiture de police se prend divers murs et autres véhicules. On devine aisément la supercherie tellement c’est mal agencé. Et pourtant on y croit… Tout est réalisé pour provoquer ce sentiment, comme les décors totalement fous. Le chapiteau héberge ainsi un complexe massif cachant une sorte d’abattoir rempli de cocons d’humains, rappelant une triste époque où le Zyklon B régnait, tandis que l’on distingue par ailleurs divers pièges idiots à souhait. Derrière un fond ridiculement coloré semble se cacher un univers plutôt psychédélique. L’architecture est torturée, tel un cerveau de clown atteint de folie. C’est difficile de parler sérieusement du film, mais s’en dégagent une folie, une insolence, une manière de se foutre éperdument du pauvre cinéphile voulant juger le film à l’aune des critères « filmiques » habituels… Et pourtant, il s’agit là d’un véritable hommage aux films de série Z, une ode à l’absurdité, au mauvais goût assumé. De plus, le film comporte une bande originale jouissive, un véritable hommage encore au bric-à-brac amateur de la série Z : des sonorités pauvres mais amusantes, clairement de mauvais goût afin d’apporter cette ambiance déjantée et hautement farfelue. On notera en ce sens que la bande originale avait été nominée pour le Saturn Award de la meilleure musique, preuve d’une certaine prestance malgré une qualité volontairement douteuse.

Comme évoqué précédemment, ce film n’est pas facile à « critiquer » : c’est un pur nanar de la grande espèce, officiant tel un étendard sur une industrie toujours mal comprise. Tout est entrepris pour offrir aux spectateurs un plaisir gracieusement forcé, notamment dans la version réservée à la langue de Molière. Jamais vous n’entendrez de voix aussi caricaturales, aussi clichées, lesquelles atteignent des hauts infranchissables dans les films standards, sans parler des successions de dialogues ô combien grotesques. En témoigne la conversation mémorable entre le fermier et son chien, avec les cris hilares de la voix française et ses exclamations tordantes. Remercions aussi la voix du policier frustré : jamais le terme « salopard » n’aura autant été à l’honneur. Hélas, le plaisir devant le visionnage de cette magnifique « daube » ne s’avère que de courte durée, notre devoir de mémoire nous obligeant à oublier ce film magnifiquement fauché. Cependant, en multipliant les séances, on finit toutefois par devenir envoûté par ce nanar culte. Une suite est par ailleurs en préproduction, le tout encore emballé par les soins de la fratrie Chiodo. On espère bien sûr retrouver un spectacle toujours aussi calibré pour le public de niches qui est nôtre.

Sites internet

Sites Producteur et Éditeur

• Chiodo Bros. Productions (En)
• MGM – Killer Klowns From Outer Space (En)

Sites Film
• Wikipedia Les Clowns tueurs venus d’ailleurs
• Allo Cine Les Clowns tueurs venus d’ailleurs
• Facebook Killer Klowns From Outer Space
• IMDb Les Clowns tueurs venus d’ailleurs (En)

Sites Réalisateur
• Wikipedia The Chiodo Brothers (En)
• Facebook Chiodo Bros. Productions
• Facebook Stephen Chiodo
• Twitter Stephen Chiodo

 

Bande-annonce du film
Notes
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Scénario
5.0
Réalisation
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Interprétation
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