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Le Fulgur - T1 - Au fond du gouffre
BD

Le Fulgur, Christophe Bec et Dejan Nenadov, Éditions Soleil

par 28 juin 2017

 

Christophe Bec

Christophe Bec

Dejan Nenadov

Dejan Nenadov

Publié aux éditions Soleil, Le Fulgur nous emmène pour un voyage fantastique dans les abysses du canal du Yucatan au début du XXe siècle. Dans ce voyage au rythme soutenu, l’enthousiasme et l’excitation de récupérer un trésor perdu fait rapidement place aux mystères qui entourent ses abysses et à la peur qui s’ensuit. Mené par Christophe Bec à la plume et Dejan Nenadov aux pinceaux, Au fond du gouffre est le premier tome d’une trilogie qui nous replonge dans l’univers de Jules Verne. Avec succès, Christophe Bec nous emmène sur ses thèmes de prédilection : les trésors engloutis, les grands fonds marins et les monstres extraordinaires.

 

 

Le Fulgur T1 Illustration couverture
Histoire

En 1907, après une violente tempête dans le canal du Yucatan, la Sierre Mestra, un navire rempli de plusieurs tonnes d’or sombre par quatre mille mètres de fond. Trois ans plus tard, une expédition est conduite par un riche homme d’affaires américain pour tenter de récupérer le trésor englouti. Pour parvenir à ses fins, il bénéficie de l’aide du professeur Claudian, scientifique avant-gardiste décrié par ses pairs, lequel a construit un sous-marin révolutionnaire, Le Fulgur. Celui-ci, grâce à la radiofulgurite — un nouvel agent radio-électromagnétique découvert par le professeur Claudian — est capable de plonger jusqu’à 4000 mètres. Ce duo est rejoint par monsieur Maraval, aventurier coutumier des défis, Paul Focas, ingénieur et ami du docteur et Canuche Dartel, chef mécanicien.

Après un essai qui met à contribution Sam, le fidèle ami canin du docteur Claudian, tous embarquent à bord du Fulgur pour une aventure extraordinaire. Le submersible s’enfonce dans les grands fonds où le silence et l’obscurité s’imposent face au tumulte et à la lumière de la surface. Subitement, l’unique câble qui relie notre submersible au Goliath, l’un des deux bateaux de l’expédition, est sciemment détaché par le capitaine Fournier afin de sauvegarder notre équipe d’une puissante éruption volcanique qui s’abat sur l’expédition. Les bateaux et leurs équipages sombrent dans les flots, laissant le Fulgur livré à lui-même dans les abysses. Secoué lui aussi par ce cataclysme, ce dernier se retrouve coincé au fond d’un gouffre sous-marin.

Ce nouvel univers baigné dans la pénombre grâce aux lanternes et à la clarté du sous-marin révèle une surprise de taille et de nombreux dangers : le Goliath est là, mais également les habitants des abysses. Des monstres qui tour à tour s’en prennent au Fulgur : une bête aux immondes tentacules, un requin préhistorique et un mosasaure — dinosaure-vestige des temps anciens. Nos amis devront faire face à tous ces dangers, prémices d’un monde perdu, pour survivre.

 

Lecture

Le Fulgur est une adaptation du roman éponyme de Paul de Sémant, auteur et illustrateur contemporain de Jules Verne. Il est paru en épisodes dans Le Globe-Trotter de mars à août 1907, avant d’être repris en volume par la libraire E. Flammarion vers 1910. Christophe Bec reprend le découpage initial du roman en proposant 11 chapitres sur trois albums. Ce découpage est marqué par une page de présentation pour chaque chapitre. Chaque page reprenant une scène marquante du chapitre à venir rappelle en cela les illustrations des romans d’aventures du début du XXe siècle qui tenaient le lecteur en haleine.

D’emblée, la couverture de l’album captive l’attention du lecteur. Celle-ci nous plonge dans un monde subaquatique. Au premier plan, les tentacules d’un monstre qui se détachent, prêt à attaquer le Fulgur rappellent Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne et l’attaque du Nautilus par un calamar géant. Au second plan, ce sont les seuls éclairages du Fulgur qui nous dévoilent les abysses, créant une atmosphère oppressante pleine de mystères.

Cet album nous projette dans un univers de fiction steampunk aux couleurs verniennes, emprunt également des accents du Monde perdu de Sir Artur Conan Doyle où se mêlent progrès scientifiques et techniques, découvertes, intrigues et chasses au trésor. Les couleurs du Fulgur, cuivre et or rappellent ces matériaux utilisés abondamment dans l’industrie du XIXe siècle auquel fait écho l’univers Steampunk. Il en est de même pour les engrenages complexes : la pince, la foreuse ou ceux simplement décoratifs comme les nageoires qui ornent le Fulgur. La propulsion du submersible par la radiofulgurite nous ramène également dans cet univers steampunk où la combustion interne n’existe pas et où les machines sont mues directement ou indirectement par la vapeur.

Après la mise en place de la trame narrative, l’aventure se poursuit avec un rythme soutenu. À partir du chapitre II, les scènes d’action s’enchainent, sans répit, pour notre équipage : une éruption volcanique, les attaques d’une pieuvre géante, d’un requin préhistorique, puis celle d’un mosasaure. Elles laissent nos amis de plus en plus seuls face à eux-mêmes. Le découpage des scènes — alternances de plans larges qui embrassent le décor et de plans rapprochés sur les personnages — contribue au rythme dynamique de l’histoire. Ce travelling nous permet de partager au plus près leurs émotions. L’immersion est totale. En témoigne l’effroi visible sur le visage de monsieur Maraval, lequel nous renseigne sur l’éminente attaque par le troisième monstre dont la première vision qui s’offre à nous est la gueule entre-ouverte, prête à attaquer monsieur Dartel. Ce n’est qu’après l’issue fatale qu’on découvre l’énigmatique animal : un mosasaure. Comme dans Carthago, on retrouve le thème des océans inexplorés par l’homme et peuplés par des créatures légendaires, situations extrêmes qui nous renvoient l’image d’hommes livrés à eux-mêmes.

Les plans larges aux moments clés de l’histoire nous ramènent avec force dans l’aventure. C’est le cas avec cette double page de la caverne où git l’épave du Goliath ou celle encore de la découverte d’un monde sous-marin perdu des plus inquiétants.

Graphiquement, le dessin de Dejan Nenadov peut surprendre, surtout si l’on affectionne les contours précis et bien délimités. Dejan Nenadov n’en livre pas moins un dessin de qualité. Les dessins sont réalistes comme en témoigne ce sens du détail dans les traits des visages des différents personnages. Les nombreux coups de crayon portés sur leurs visages font pleinement ressortir leurs expressions apeurées, renforçant en ce sens l’atmosphère oppressante du récit. Ils donnent également du volume au dessin, lequel devient réaliste. Les postures des différents protagonistes dans les scènes d’action sont évocatrices des mouvements des personnages et contribuent pareillement au dynamisme de l’action. L’encrage que signe par ailleurs Tanja Cinna relève intelligemment les contrastes ombres/lumières rappelant ceux des illustrations des romans d’aventures du début du XXe siècle.

On attend fébrilement le deuxième opus de cette trilogie, dont le premier tome nous laisse en suspens sur un monde perdu fourmillant de dangers. On est en ce sens impatient de connaitre les chemins empruntés par les auteurs pour adapter et dérouler la trame narrative de l’œuvre de Paul de Sémant. Pour le moment, cette trame riche de promesses reste aussi insondable que les abysses où Le Fulgur demeure prisonnier.

 

 

 

Sites internet

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