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Le Chat qui vient de l'espace

Le Chat qui vient de l’espace, Norman Tokar

par 14 août 2015

Norman Tokar

Norman Tokar

Les années soixante-dix offrent aux férus de cinéma une grande époque, riche de bizarreries occultes et de nanars de bon goût. Cependant, il fut un temps où Disney ne possédait pas une place aussi prépondérante dans l’univers du cinéma contemporain. Ainsi, en cherchant un grand succès commercial pour ne plus stagner dans les vestiges des précédents Disney, les films de la compagnie de Mickey apparaissent en certaines quantités, n’apportant pas souvent, malheureusement, la qualité escomptée. Surfant sur l’influence du « génie médiocre » Ed Wood, Le Chat qui vient de l’espace combine fantastique et comédie, pour un film destiné à un public enfantin, voulu par Norman Tokar, réalisateur régulier dans l’univers Disney. Le film va gagner à être culte pour les enfants des années 80, représentant un idéal de récit burlesque. Cependant, ce dernier semble avoir mal supporté les outrages du temps. Dérogeant à la règle des nanars cuisants aux idées saugrenues, cet hommage aux films de série B des années cinquante témoigne d’une réelle prise de risque de la part d’un studio prêt à tout pour renouveler un succès commercial, quitte à financer un projet totalement absurde.

affiche le chat

Histoire

Un objet volant non identifié fait un atterrissage d’urgence sur Terre et parvient à être conservé par le gouvernement des États-Unis, croyant voir un engin soviétique. L’occupant de la « soucoupe volante » se révèle être un chat. Puisque le Vaisseau Mère ne peut envoyer aucune équipe de secours avant que ce dernier quitte le système solaire, le chat commence à enquêter sur la façon de réparer le vaisseau par ses propres moyens. Grâce à l’utilisation d’un collier spécial qui amplifie les capacités télékinétiques et télépathiques, il se faufile parmi les rangs de l’armée dans le laboratoire de recherche énergétique, où les militaires tentent désespérément d’apprendre comment le vaisseau fonctionne. L’un des scientifiques du laboratoire, le docteur Frank Wilson, attire l’attention du chat grâce à sa théorie sur la source d’alimentation permettant son bon fonctionnement, alors qu’il est ridiculisé par le reste du personnel.

Le chat suit Frank à son bureau, où ce dernier le surnomme Jake. Une collègue scientifique, Liz Bartlet, débarque dans son bureau et se met à questionner Frank quant à la lumière d’une telle découverte scientifique. Frank parvient à la calmer, notamment en lui présentant Jake et en l’invitant à dîner. Après le départ de Liz, Jake révèle sa vraie nature d’extra-terrestre à Frank, démontrant ses capacités en lui offrant d’échanger ses connaissances avancées sur l’énergie pour bénéficier de l’assistance de Frank. Ce soir-là, les deux nouveaux collègues parviennent à trouver un plan, consistant à rentrer dans la base militaire où le vaisseau de Jake est conservé. Cependant, Frank doit esquiver Liz, cette dernière arrivant à leur rendez-vous avec son propre chat, Lucybelle. Jake feint d’être malade, ce qui leur permet d’entrer à la base. Jake apprend qu’il a besoin d’un élément prénommé « Org12 ». Quand Jake découvre le poids atomique de l’élément, Frank se rend compte que ce dernier correspond à l’or.

Lors de leur retour dans l’appartement, Frank raconte à Jake qu’une telle quantité d’or coûte 120 000 dollars. Ainsi, cette somme va être nécessaire à obtenir pour que Jake puisse retourner chez lui. Norman Link, un collègue de Frank, se rend chez ce dernier pour regarder les courses de chevaux et les jeux de football sur lesquels il a misé de l’argent. Jake utilise ses pouvoirs pour aider le cheval de Link à gagner la course, ce qui incite Jake et Frank à convaincre Link de les aider en truquant tous ses paris pour gagner de l’argent. Croyant Jake malade, Liz l’emmène chez le vétérinaire. Cependant, notre félin se fait malencontreusement assommer par ce dernier, plus préoccupé par le match en cours que par sa consultation. Frank informe Liz de la situation et le groupe se dirige vers un bar où Link a placé ses paris. Apprenant que le dernier match était perdu, ils tombent tous d’accord pour une partie de billard avec un parieur arnaqueur. Ainsi, en remportant les diverses parties, ils espèrent remporter une somme suffisamment importante pour mener à bien leur quête. La première tentative de Frank, consistant à utiliser le collier de Jake, échoue, mais Jake reprend aussitôt connaissance afin de manipuler la dernière partie. En remportant celle-ci, les quatre compagnons humilient le gérant des paris et partent aussi sec avec les 120 000 $ en poche.

Cependant, un espion nommé Stallwood, qui travaille pour un autre criminel nommé Olympus, a eu connaissance de leurs activités, de même que celles des militaires. Frank et Jake parviennent à échapper à l’armée et aux criminels lors d’une escapade mouvementée et partent retrouver Link, Liz et Lucybelle. Mais ces deux dernières sont capturées par Olympus et ses hommes. Ils ont l’intention de conclure un marché avec l’autre chat pour ramener le collier. Jake décide d’envoyer sa soucoupe vers le Vaisseau Mère, demeurant toujours en attente, et de rester sur Terre pour sauver ses nouveaux amis. Jake et Frank utilisent un biplan en panne pour sauver Liz et Lucybelle dans l’hélicoptère d’Olympus, tandis que Link reste parlementer avec les militaires. Les criminels décident d’abandonner Liz et Lucybelle dans l’hélicoptère d’Olympus en sautant en parachute, laissant Jake et Frank aux pattes de Lucybelle et aux bras de Liz. Lors de la dernière scène, nous retrouvons Jake, autorisé à rester aux États-Unis en tant que représentant d’une « puissance amie ». L’ami félin en profite pour demander au juge la citoyenneté américaine. Jake en profite pour le ridiculiser en le laissant en lévitation.

Lecture

Quel dommage pour moi de ne découvrir ce film qu’aujourd’hui… Tout est fait pour que l’enfant soit satisfait, tout est pensé pour récompenser les rêves insatiables en mettant en scène un film basé sur l’histoire d’un chat extra-terrestre. Pourquoi le chat réveille-t-il une sensibilité aussi étonnante chez l’humain restera une question prédominante dans mon esprit, mais il n’empêche que le simple fait de savoir qu’un film « live » estampillé Disney tournant autour d’un chat fut réalisé dans les années soixante-dix m’offrait une joie sensationnelle et une méfiance craintive ! En effet, le chat incarne, selon moi, cet esprit totalement déconnecté du monde, n’ayant que faire des « bêtises » humaines, et savoir que Disney s’était attaqué à ce félin me semblait une idée très intéressante. Cependant, de la méfiance s’installait avant de visionner le film, croyant peut-être en attendre trop d’un film tournant autour du félin… Peut-être envers la peur de voir un film flattant simplement mon empathie envers les chats… Malgré cela, Norman Tokar rend hommage aux films de science-fiction des années cinquante, tout en ajustant la production vers un public plus familial, en rendant les personnages et les situations complètement absurdes, au grand bonheur des amateurs de série B.

Le film débute d’une manière totalement kitsch, avec des effets spéciaux arriérés, mais rappelant des heures où la bouillabaisse hollywoodienne n’utilisait pas encore de manière épouvantable des effets spéciaux surfaits. Ici, nous rentrons dans un univers convivial, sans « démesure », et surtout absurde, comme dit précédemment. Finalement, le film tourne autour de l’absurdité, comme l’indique clairement le titre du long-métrage. Quoi de plus corrosif en effet que de voir un docteur conversant avec un chat !  La réalisation est plutôt étonnante par ailleurs. Non loin d’un classicisme assumé, Norman Tokar offre des plans rappelant la grande époque des films d’Ed Wood, avec des cadres évoquant aussi les fameux films fantastiques des années cinquante. De plus, on y croit aux trucages ! La scène du billard, où les boules doivent toutes tomber, n’est pas si ratée au niveau des effets spéciaux, mais elle offre un degré d’absurdité convaincant ! Chaque moment où le chat intervient pour truquer une action est plutôt drôle, dépassant le cadre du rationnel, pour laisser place à quelques sourires. Moments amusants à prescrire lorsque l’on voit les figurants figés par le chat : on les voit bouger pourtant, mais ce « bric-à-brac » devient touchant. Le film est réalisé avec le cœur, et c’est une qualité à noter puisqu’il s’agit d’un véritable hommage à ces « étrangetés filmiques » des précédentes décennies !

L’interprétation reste imparfaite, les acteurs principaux n’y croient pas, mais rien ne vaut la voix de Roger Carel pour le félin ! Je plains quiconque n’ayant jamais entendu sa voix de ne pas rester insensible face à sa voix toujours aussi agréable, aussi burlesque, aussi touchante. Quant à la performance du chat… Il ne faut pas chercher la bête de compétition pour interpréter ce rôle animalier, mais il n’empêche que son air flegmatique et sa jolie tête me plaisent… Peut-être cela me rappelle-t-il les divers chats que l’on retrouvait dans Mon Voisin Totoro de l’ami Miyazaki… Niveau loufoquerie, c’est rare de voir l’armée aussi moquée dans une production Disney. Par exemple, qui ne verrait pas dans les derniers Marvel – dans les mains de Disney – un penchant militariste envers l’US Army ? A contrario des délires de Kevin Feige, on voit dans la quête du chat une moquerie totalement déjantée envers l’armée américaine ! Les militaires passent pour des bleus, pour des décérébrés, pour des antisoviétiques aliénés, provoquant divers rires autour de cette caricature pas si fausse… Malgré cela, on reste contraint de voir dans l’interprétation un manque d’envie, une tendance à se ridiculiser encore plus, alors que la modestie semblait peut-être de rigueur lors de certaines scènes.

Autant au niveau musical qu’au niveau technique, nous sommes face à un classicisme peu resplendissant, où l’ennui peut même nous gagner si nous nous y attardons de trop. Reconnaissons tout de même que les scènes finales dans les airs sont étonnantes par leur fluidité. Ainsi, certains plans sont réalisés en fond vert, et d’autres sembleraient l’être en décor réel. Question décor, ce n’est pas non plus très grandiose, lequel offre beaucoup de platitudes et de superficialité autour des acteurs. De plus, on ressent un film trop industriel par moment, certains décors correspondent trop à une mise en scène au sein de studios sans grandeur, à la manière de Death Wish 3 avec Charles Bronson dans un faux New York londonien ! La bande originale a le mérite de participer à l’ambiance cocasse et absurde du long-métrage, mais elle a aussi la tristesse de n’être qu’un pastiche oubliable dans la construction du film, n’offrant ici qu’un accompagnement… Même sans musique, cela n’aurait peut-être rien changé… Il reste ce côté bien kitsch, toujours aussi comique, avec l’espèce de vaisseau spatial ressemblant davantage à une coccinelle mutante, ou encore la scène du billard, sans omettre les séquences avec l’armée ! Fort heureusement que ce côté reste présent, le film en profite pour devenir un bon petit divertissement bien plaisant ! Cela découle sur un film à découvrir ou à redécouvrir pour retomber en enfance ! Hélas, le plaisir n’est qu’éphémère…

Sites internet

Sites Éditeur

Walt Disney Studios (En)
The Walt Disney Company France

Sites Film
Wikipedia Le Chat qui vient de l’espace
Allocine Le Chat qui vient de l’espace
IMDb Le Chat qui vient de l’espace (En)
Facebook Le Chat qui vient de l’espace

Sites Réalisateur
Wikipedia Norman Tokar
Facebook Norman Tokar

 

Bande-annonce du film
Notes
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Scénario
5.0
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Réalisation
6.5
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Interprétation
5.0
8.3
5.5
Notes du rédacteur
5.4
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