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Regards

La Géographie imaginaire de J.R.R. Tolkien

par Édouard Kloczko19 août 2015
In Revue Parallèles, Numéro 3, 1996

 

Edouard Kloczko

Edouard Kloczko

Traducteur, linguiste et essayiste, Édouard Kloczko, d’origine ukrainienne et lettone, est spécialiste de l’univers de J.R.R. Tolkien, qu’il étudie depuis de nombreuses années. Ancien élève de l’École Pratique des Hautes Études, où il étudie la philologie germanique et slave, diplômé de l’INALCO en traductique et linguiste de l’Université de Provence, Aix-en-Provence, il explore les méandres des peuples et terres imaginaires tolkieniens. Il est par ailleurs le fondateur, en 1987, de la toute première association française des amis de Tolkien, La Fée (Faculté des Études Elfiques). Édouard Kloczko est également l’auteur de nombreux articles et ouvrages traitant du Monde de J.R.R. Tolkien, traduits dans de nombreuses langues. Il donne un séminaire annuel d’été sur Tolkien et les langues elfiques à l’Université Libre de Bruxelles, au Centre Interdisciplinaire d’Étude des Religions et de la Laïcité. Parmi ses publications, nous retiendrons pour le grand public L’Encyclopédie des Elfes, ouvrage publié en 2008 aux éditions Le Pré aux Clercs et Le Monde magique de Tolkien publié en 2010 chez Auzou. Concernant les ouvrages spécialisés, deux ouvrages encyclopédiques sur les langues construites de Tolkien sont à mentionner : un Dictionnaire des langues elfiques publié en 1995 dans la maison d’édition Tamise et un Dictionnaire des langues des Hobbits, des Nains, des Orques et autres créatures de la Terre du Milieu, de Númenor et d’Aman paru en 2002 dans la maison d’édition Arda. Signalons également la réédition du Haut-Elfique pour les débutants, revue et augmentée et parue en juin 2015 chez Pocket. Place au voyage dans cet article où Kloczko nous emmène dans les méandres philologiques de la géographie imaginaire du maître.

Comment distinguer un livre d’heroic-fantasy d’un livre de S.F. si le titre ne vous l’indique pas clairement ou bien que la couverture du livre en a été sauvagement arrachée ? Ouvrez calmement le livre et feuilletez-en les premières pages. Si l’ouvrage comporte une carte, avec une ou deux dizaines de noms étranges alors il s’agit bien d’un ouvrage d’heroic-fantasy et il est fort probable que ce soit aussi le premier tome d’une trilogie, parfois même d’une très longue série de « trilogies ».

On ne peut plus se le cacher : J.R.R. Tolkien n’a pas seulement été un grand cartographe, il a su créer un modèle de présentation d’ouvrages que bien des écrivains s’amusent depuis bientôt dix ans à copier servilement, probablement dans l’espoir d’obtenir le succès. Tous ont échoué, ou si peu ont réussi que l’on pourrait les compter sur les doigts d’une main. Un elfe, un nain et quelques dragons ne suffisent pas à faire une bonne histoire. Il faut aussi de l’imagination et quelques notions de linguistique féerique, ça aide aussi.

La « Middle-earth »

Middle-earth, la Terre du Milieu, terme devenu aujourd’hui le mot générique pour désigner le Monde tolkienien n’est en fait qu’une partie de ces terres imaginaires. Et Middle-earth n’est pas née en un jour, ni même en un an.

La « Terre du Milieu » n’est pas née non plus en 1937, comme on a pu le dire dans certains ouvrages et articles, à la publication du Hobbit, son superbe conte, prélude à son roman Le Seigneur des Anneaux. En fait, son monde imaginaire ou « Monde Secondaire » comme il se plut à nommer toute construction d’univers imaginaires, se forgea durant la Belle Époque au cours des années 1911-1914, pour naitre effectivement durant la Grande Guerre et surtout durant sa période de convalescence de la fièvre des tranchées. Le terme même de Middle-earth n’apparut que durant les années 1930 alors que son Monde Secondaire avait été très méticuleusement décrit et maintes fois arpenté.

Tolkien écrivit dans l’une de ses lettres (une grande partie de sa correspondance a été publiée voilà plus de dix ans en Grande-Bretagne) qu’il fallait toujours composer une carte avant que d’entreprendre une longue histoire, car le contraire, réaliser une carte après avoir composé est quasiment impossible ou du moins très ardu. Bien plus que la géographie elle-même, c’est dans la toponymie, les noms de lieux, que Tolkien sut déployer son immense imagination, une sorte de « folie créatrice ».

 

Toponymie quand tu nous tiens…

Grâce à la publication des manuscrits préparatoires et des brouillons concernant aussi bien Le Silmarillion que son chef d’œuvre : The Lord of the Rings (traduit en français par Le Seigneur des Anneaux, et très mal traduit par Ledoux) nous pouvons pénétrer au cœur de la technique qui a présidé à la création de sa titanesque toponymie. Nous pourrions citer des centaines de noms de lieux, des milliers si nous y incluions les essais. Comment Tolkien travaillait-il généralement ? Avant d’aboutir à un nom de lieu, il lui choisissait un sens plus ou moins précis dans sa langue natale : mont du vent, tour de garde, pays noir. Puis il combinait les différents éléments de ses langues imaginaires pour aboutir à des sonorités qui lui semblaient convenir au lieu. Il lui arrivait d’aboutir à un nom satisfaisant seulement après avoir expérimenté des dizaines d’essais. Il créa ainsi, si nous reprenons les exemples ci-dessus : Amon Sûl, Minas Tirith, et Mordor. Les mots amon, sûl, minas, tirith, mor(n), et dor existaient des années avant que Tolkien ne les utilisât dans ces combinaisons de noms. Qui plus est le nom de Mordor, région de désolation, est né durant la composition de la légende de la Chute de l’île de Numenor, île sur laquelle nous reviendrons, avant même que Tolkien n’entreprenne l’écriture du Lord of the Rings.

Si la géographie de Tolkien est si vivante aux yeux du lecteur, c’est d’abord parce qu’elle est changeante, mouvante. Les continents se transforment au fil du temps, des bouleversements géologiques modèlent les paysages. Et les noms de lieux parlent non seulement à l’oreille, mais aussi à l’esprit. Pourvu que l’on soit non seulement un peu curieux et qu’on puisse admettre le postulat qu’un auteur a la faculté et le droit de créer des langues aussi vivantes et compréhensibles que le sont le français ou l’anglais. On parvient facilement à déchiffrer les toponymes de la Terre du Milieu.

 

La géographie dans le Book of Lost Tales

La première carte que Tolkien réalisa de son Monde, qui est en fait notre Monde, notre Terre à une époque imaginaire dans notre lointain passé – les écrits de Tolkien sont à classer parmi les « uchronies » – n’était qu’un petit croquis avec quelques rares noms et qu’il crayonna rapidement dans son premier livre qui s’intitule The Book of Lost Tales. Mais déjà s’y dessinaient deux masses continentales séparées par un océan : le pays des Dieux et en face le Pays des Elfes et des Hommes, avec au Nord le Pays du Froid et du Mal, et la forteresse imprenable d’Utumna (plus tard dite Utiumno).

Or voici comment la Terre était en ce temps, elle n’a point changé depuis, sauf par le labeur des anciens Valar. La plus grandiose des régions était les Grandes Terres où les Hommes séjournent et vont aujourd’hui et où les Elfes Perdus chantent et dansent sur les collines : mais au-delà de ses confins occidentaux sont sises les Grandes Mers, et dans ces grandes eaux de l’Ouest l’on trouve maintes terres et îles, avant que d’arriver aux mers solitaires dont les eaux caressent les Îles Magiques. Par-delà même ces contrées, et peu nombreux sont les navires des hommes à y avoir jamais osé naviguer, se situent les Mers Embrumées où flottent les Îles Crépusculaires et où la Tour de Perle s’élève pâle sur leur promontoire le plus occidental (dixit The Book of Lost Tales, p. 68, traduction d’E.K.). Le pays des Dieux, le continent oriental, porta dès l’origine le nom de Valinor – ce nom vient de ce que ce pays est habité par des Vali (ou Valar), les Dieux en elfique – et il gardera cette même dénomination jusqu’à la fin (avec le sens plus strict de « Pays des Dieux », alors que le continent lui-même reçut, assez tardivement dans le développement du monde tolkienien, le nom plus général d’Aman ; les Dieux n’occupaient pas tout l’espace de ces vastes terres).

D’après le Book of Lost Tales une partie des Grandes Terres (Great Lands) est habitée par les Elfes, dans le Nord-Ouest. Mais dans le Book of Lost Tales la géographie de cette région est bien vague, car supposée connu du lecteur potentiel. Ces terres sont les mêmes qu’aujourd’hui (cf. supra), sauf pour le Nord-Ouest où se déroulent ses contes.

Tolkien écrivit dans une de ces notes, au cours des années 1960, en parlant de cette première période comme celle où l’Histoire et la Géographie n’étaient pas parfaitement ordonnées (ou imaginées). Et c’est bien d’un continuel perfectionnement dont il s’agira, d’un aménagement toujours plus précis de la géographie, une sorte de découverte pas à pas de son propre imaginaire. Si Valinor est une très vaste plaine entourée par les eaux, elle est séparée de sa façade maritime orientale par la plus haute chaîne de montagnes du Monde. Entre ces montagnes et le bord de mer ai nord et au sud se situent deux bandes côtières plus ou moins étroites. Les Grandes Terres où habitent les Elfes, et d’autres races dont les Humains possèdent jusqu’au milieu des années 1920 une géographie assez floue. Diverses régions sont décrites dans le Book of Lost Tales, mais leurs configurations et surtout leurs positions les unes par rapport aux autres ne sont pas toujours faciles à déterminer d’après les textes. Mais ce qui est extraordinaire, c’est que dès cette époque du Book of Lost Tales, et il en sera toujours par la suite, chaque région possède plusieurs noms. Voici extraite d’un dictionnaire datant de 1917 (qui porte le titre « i·Lam na·Ngoldathon », de la Langue des Gnomes [l’un des Clans d’Elfes]) la définition d’un nom de lieu :

Ariodor ou Arion(dor, dor a été rayé), Ariador, Aryador noms de la région plus communément appelée Dor-Lómin ou Hithlum. Ce nom est populairement associé avec le mot armin, etc. cf. Q(enya) Areanor ou –enador, mais il s’agit apparemment d’un mot Elda qui appartient à l’un des dialectes ikorins et qui signifie la même chose que Dor-Lómin, etc. Pays de l’Ombre. La véritable forme gnomique se trouve approximativement dans Garioth (q.v., mais qui est en fait utilisé pour désigner une tout autre région [Valinor]), (in Parma Eldalamberon XI, p. 12, traduction d’E.K.).

Bien plus tard Ariodor/Aryador sera remplacé par un autre nom elfique Mithrim. Après avoir réalisé une esquisse de carte, Tolkien composa un bien étrange dessin ; une coupe longitudinale (mythologique) du Monde qu’il intitula le Vaisseau Monde (en elfique I Vene Kemen). Voici quelques explications des noms elfiques : númen (Ouest), Taniquetil (la plus haute montagne du Monde), i aldas (les Arbres de Lumières, « ancêtres » de la Lune et du Soleil), Tolli Kimpelar (les Îles Crépusculaires), Tol Eressëa (l’Île Solitaire), I Tolli Kruvar (les Îles Magiques), Ô (la Mer), I Nori Landar (Les Grandes Terres), Sil (lune), Ûr (Soleil), Luvier (les Nuages), Oronto (Est), Vaitya, Ilwë, Vilna (les trois substances composant l’Atmosphère), Ulmoman (le palais marin du Dieu des Mers, Ulmo), Uin (le premier des « poissons », la Baleine), Vai (ou aussi neni erùmear) (l’Océan Extérieur).

Tolkien abandonna l’écriture du Book of Lost Tales vers le milieu des années 1920. Il réalisa plusieurs résumés, projetant de réécrire entièrement ses contes, sans jamais les réaliser. Mais loin de s’arrêter, il continuait d’explorer son Monde Secondaire en composant de longs poèmes narratifs, traitant chacun de l’un des trois grands personnages de son Monde : Turin le tueur de Dragon, Beren le Manchot et Eärendil (Eärendel) le Marin.

 

Du Beleriand

Après avoir composé des poèmes, Tolkien entreprit en 1926 un travail un peu particulier, il s’agissait de résumer son Monde Secondaire afin de rendre compréhensible l’un de ces longs poèmes pour l’un de ces anciens professeurs, R.W. Reynolds, à qui il voulut le donner pour qu’il en apprécie la qualité. C’est de ce bref texte, intitulé Sketch of the mythology with especial reference to the ‘Children of Húrin’, que va sortir le « Quenta Noldorinwa » ou le « Quenta Silmarillion », la partie maîtresse de son livre Le Silmarillion. C’est à partir de ce moment que vont émerger les premières conceptions concernant les transformations de son Monde Secondaire, transformations survenant à la suite des combats entre les Dieux (Valar) et le dieu rebelle (Morgoth/Melko(r)) et qui fit que la Terre est telle que nous la connaissons aujourd’hui. C’est ainsi que le pays imaginaire pouvait devenir notre Monde : « Les régions du Nord et de l’Ouest du monde sont transformées et brisées durant le combat – et il ajouta par la suite – et la forme des terres changées » (The Shaping of Middle-earth, pp. 39-40). Tolkien pensait alors que la destruction ou la chute de cette région qu’il nomma Bereliand, donnaient naissance à l’Europe et surtout à de nombreuses îles dont principalement la Grande-Bretagne où se rassemblaient les derniers Elfes et qui devenait une image toujours plus pâlissante de la première île des Elfes, l’île Solitaire, Tol Eressëa. Mais avec l’écriture du Lord of the Rings, un Second et même un Troisième Âge du Monde se fit jour et la destruction du Beleriand aboutissait non plus à la naissance de la Grande-Bretagne, mais aux côtes telles qu’elles sont reproduites sur les cartes accompagnant le Lord oh the Rings.

Dans la dernière version des Quenta (ou en gris elfique Pennas) que Tolkien ne put ou ne sut achever à la fin des années 1960, un chapitre est consacré à la géographie du Bereliand, la région Nord-Ouest de la Terre du Milieu. Il porte dans sa version la plus élaborée, car il n’existe pas de texte définitif, le titre suivant « Du Bereliand et de ces Royaumes ». Ce chapitre vient tout juste d’être publié (1994) dans sa version originale dans le dernier tome de la série History of Middle-Earth, The War of the Jewels. (C’est le chapitre 14 du Silmarillion tel qu’il a été publié. Mais non seulement C. Tolkien retoucha le texte, mais il se trouve que Le Silmarillion est illisible en français à cause de sa très très mauvaise traduction). Tolkien nous précise dans une note au début du texte que la matière principale de ce chapitre n’est pas une traduction des Pennas de Pengolodh (l’un des auteurs elfes présumés n’est pas des Quenta), mais proviendrait de l’œuvre d’un géographe Elfe jusqu’à là inconnu, Torhir Ifant et de son célèbre ouvrage géographique : Dorgannas laur (un titre elfique qui signifie : De la configuration des terres d’autrefois). Tout un programme ! Mais de ce Strabon elfique nous n’avons conservé que ce chapitre, en fait quelques pages, car Tolkien ne s’attela jamais à l’écriture du Dorgannas Iaur.

Tolkien dessina deux cartes du Bereliand. La seconde de ces cartes représentant cette partie occidentale dans le Nord de la Terre du Milieu vient juste d’être publiée, mais redessinée par C. Tolkien, dans le volume précédemment cité, The War of the Jewels (pp. 182-185). Une reproduction couleur de la première carte originale de J.R.R. Tolkien se trouve dans le volume intitulé The Shaping of Middle-Earth. La seconde carte diffère en de nombreux points avec celle qu’avait dessinée C. Tolkien pour l’inclusion dans Le Silmarillion. (Il est important de préciser que cette carte très détaillée, bien qu’aujourd’hui fausse, n’est pas incluse dans les éditions de poche des traductions françaises. La seule carte que nos lecteurs habitués aux éditions Presse-Pocket ou autrefois J’ai lu en deux tomes est une carte supplémentaire que C. Tolkien réalisa pour aider le lecteur à se représenter les royaumes elfiques.) Le Beleriand est entouré à l’Ouest par la mer, à l’Est, au Nord et au Sud par d’autres régions. Tout au Nord se trouve le domaine de Melkor et de sa forteresse d’Angband, le Dor-na-Daerachas. Cette région est presque entièrement recouverte par les glaces. Au sud de ce pays des glaces, aux pieds des gigantesques pics volcaniques du Thangorodrim, s’étend la vaste et verte plaine Ardgalen. Cette région changea de nom en l’an 455 (de l’ère du Soleil) et devint Anfauglith, ou Dor-na-Fauglith, à cause d’une terrible bataille, la Bataille de la Flamme Subite, Dragor Bragollach, qui détruisit la végétation de la plaine et en fit un désert inculte. Au Sud-Est d’Ardgalen une vaste plaine la Lothland (aussi Lothlann) va jusqu’aux pieds des Montagnes Bleues, les Erd Luin. À l’Ouest d’Ardgalen, entourée de montagnes, il y a la région de Hithlum, avec deux pays : le Mithrim et Dor-Lómin. Au Sud d’Ardgalen s’élèvent les monts boisés du Dorthonion (ou encore Taur-nu-Fuin). À la frontière extrême Est du Beleriand l’on trouve le pays des Ents, pays des sept rivières : l’Ossiriand. Cette région reçut plus tard le nom de Lindon vers l’an 1350 (de l’ère des Arbres de Lumières), avec l’arrivée des Lindi, ou Elfes-verts. Le Sud du Beleriand est barré par une épaisse et profonde forêt où ne vivent que quelques rares Elfes sauvages, c’est la Taur i Melegyrn, la Forêt des Grands Arbres ou aussi la Taurna Chardhîn, la Forêt Silencieuse Méridionale. Chacune de ces régions comporte à son tour des contrées, avec des collines et des vallons, des rivières et des fleuves, et les fleuves des gués et des ponts qui portent des noms elfiques : Dimbar, Sirion, Linaewen, Lammoth, Thargelion, Arvernien, Ramdal, Sarn Athrad, Iant Iaur, etc. Des centaines de noms, dont la seule liste couvrirait des pages entières. Tel était le Beleriand, mais il n’est plus.

 

Númenor

L’Atlantide tolkienienne, Númenor, l’île de la Seconde Chute de l’Homme. Númenor signifie « Terre d’Occident », car elle se trouvait à l’ouest de la Terre du Milieu. D’après C. Tolkien, J.R.R. Tolkien ne dessina qu’une seule et unique petite carte représentant cette grande île. Elle a été redessinée et reproduite dans Unfinished Tales (UT). Très étonnamment toutes les éditions françaises de ce livre, Contes et Légendes inachevés, ont purement et simplement oublié de l’inclure ! (Si vous lecteurs français vous en avez assez, écrivez un mot ou deux de ma part à Christian Bourgois éditeur, responsable pour toute la France des éditions et des traductions de J.R.R. Tolkien, pour lui réclamer des traductions dignes de ce nom et des livres complets.) Tolkien affirme dans un long traité ethno-géographique sur Númenor (dont une grande partie a été incluse dans Unfinished Tales) qu’il a existé autrefois de nombreux traités géographiques, mais qu’avec la submersion de l’île il ne subsiste presque plus rien dans les deux royaumes d’Armor et de Gondor établis par des survivants de ce cataclysme. En 1980, pour la publication d’UT, C. Tolkien a tronqué le texte de son père, nous espérons que le dernier et douzième volume de la série History of Middle-Earth qui paraîtra en 1996 comprendra les morceaux manquants. La géographie physique de cette grandiose île est issue directement de l’imaginaire de J.R.R. Tolkien. Par contre sa division politique en cinq provinces est empruntée très probablement à celle, identique, de l’Irlande antique.

 

Mais où sont donc Hobbiton et la Terre du Milieu ?

Les terres décrites et cartographiées dans Le Seigneur des Anneaux sont nées directement de l’extension de la carte détaillée dans Le Hobbit. Tolkien dessina également des cartes détaillées du Shire (ou la Comté en français), le pays des Hobbits. Une race de petits êtres issue de son imagination fertile. Le premier brouillon détaillant cette région est reproduit dans The Return of the Shadow. Il subsiste aujourd’hui quatre cartes du Comté ou Shire faites par J.R.R. Tolkien et deux par son fils Christopher Tolkien. La géographie du Shire est fortement inspirée de celle des paysages ruraux de la Grande-Bretagne, les paysages de l’enfance de Tolkien. De nombreux noms de lieux hobbits sont des noms de villages ou de pays anglais, mais il y a aussi de nombreuses inventions. C’est ainsi que la région d’origine des Brandybuck, une grande famille hobbite, porta le nom de Wood Eaton, du nom d’une ville de la vallée de Cherwell près d’Oxford, puis celui de Bury Underwood, remplacé finalement par Buckland. Le nom de la grande rivière du Buckland, la Brandywine, apparut-il sans essais préliminaires. Il est significatif que le village d’origine du hobbit Bilbo Baggins, Hobbiton, le protagoniste du Hobbit, et oncle de Frodo Baggins, héros du Lord of the Rings soit placé par Tolkien à la latitude d’Oxford, sa ville d’adoption où il enseigna et vécu de nombreuses années. Voici ce qu’il disait dans une lettre datant de 1967 : Middle-Earth est un ancien terme, que je n’ai pas inventé. Il désignait les régions habitables de notre monde entouré par l’Océan. L’action de mon histoire [Le Seigneur des Anneaux] se déroule dans le Nord-Ouest de la « Middle-earth« , équivalent en latitude aux côtes de l’Europe et aux rivages nord de la Méditerranée. Si l’on considère que Hobbiton et Rivendell [Imladris] se situent (comme cela est supposé) aux environs de la latitude d’Oxford, alors Minas Tirith, 600 miles plus au sud, se situe aux environs de la latitude de Florence. Et le delta de l’Anduin et l’ancienne cité de Pelargir sont à la latitude de l’antique Troie. (in Letters of J.R.R. Tolkien, pp. 375-376, traduction d’E.K.)

Nous aurions pu parler encore du traité mythico-géographique de Rúmil l’Ambarkanta, ou traiter des merveilles naturelles des cavernes d’Aglarond, ou encore de la cité souterraine des Nains, Khazad-dûm, de la Montagne Solitaire Erebor, des mille cavernes de Menegroth, des merveilles de la vallée cachée de Gondolin, de la plus haute montagne du Monde l’Oiolosse où Manwë, le Vala, surveille le Monde, ou de l’Oroduin, volcan terrible, et de ces Sammath Naur où fut forgé par Sauron l’Anneau Unique. La totalité de ce numéro aurait pu être consacrée à ces questions, mais ce rapide survol s’achève. Le seul moyen de poursuivre votre route en ces contrées fabuleuses et de vous plonger (ou replonger) dans la lecture des livres de J.R.R. Tolkien. Elen síla lúmenn’ omentielvo.

Bibliographie Édouard Kloczko

• Dictionnaire des langues elfiques : quenya et telerin (Encyclopédie de la Terre du Milieu, volume 1), Éditions Tamise, 1995
• Tolkien en France (direction), Éditions Arda, 1998
• Dictionnaire des langues des Hobbits, des Nains, des Orques et autres créatures de la Terre du Milieu, de Númenor et d’Aman (Encyclopédie de la Terre du Milieu, volume 4), Éditions Arda, 2002
• L’Encylopédie des Elfes d’après l’œuvre de Tolkien, Éditions Le Pré aux Clercs, 2008
• Le Monde magique de Tolkien, Éditions Auzou, 2010
• Le Haut-elfique pour les débutants contenant tout ce qui est nécessaire pour comprendre la langue quenya de J.R.R. Tolkien, Éditions de la Martinière, 2014 pour la seconde édition augmentée. Disponible également aux Éditions Pocket, 2015 (édition revue et augmentée).

 

Sites J.R.R. Tolkien

Tolkien France
The Tolkien Society (En)
Tolkien The Official Online Book Shop (En)
Pour Tolkien
Les Archives de Gondor
Tokiendil
JRRVF
Les Furets du Gondor
Tol Eressëa
Tolkien Gateway (En)
The Encyclopedia of Arda (En)

Sites Éditeurs

L’Encylopédie des Elfes d’après l’œuvre de Tolkien aux Éditions Le Pré aux Clercs
Le Monde magique de Tolkien aux Éditions Auzou
Le Haut-Elfique pour les débutants aux Éditions Pocket

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