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BD

Exo – Darwin II, Jerry Frissen et Philippe Scoffoni, Éditions Les Humanoïdes Associés

par 14 septembre 2016

Chronique réalisée par Lionel Gibert et Jean-Marc Saliou

Jerry Frissen

Jerry Frissen

Philippe Scoffoni

Philippe Scoffoni

Avec la trilogie Exo, les éditions Les Humanoïdes Associés nous proposent un voyage captivant vers une planète habitable Darwin II. Dans ce thriller mené tambour battant, l’enthousiasme et l’excitation qui suivent cette découverte font place aux doutes et aux interrogations. Mené par un duo très talentueux avec aux pinceaux Philippe Scoffoni et à la plume Jerry Frissen, Darwin II signe le premier tome d’un triptyque fort prometteur. Les thèmes de l’exobiologie et de la conquête spatiale sont ici traités avec une rare intelligence, mêlant subtilement approche scientifique, questionnement métaphysique et thriller fantastique.

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Histoire

Darwin II, une planète habitable, a récemment été découverte par les scientifiques. Prometteuse, elle intéresse les gouvernements de la Terre et la communauté scientifique, et tout particulièrement l’astrophysicien John Koenig qui la présente lors d’une conférence. Elle est d’un intérêt capital puisqu’elle pourrait abriter de la vie, voire accueillir l’espèce humaine. Un espoir donc face à l’avenir écologique menacé de notre planète. Au moment où débute cette histoire, Koenig ne se doute pas qu’il va être précipité comme nous dans un thriller trépidant. Dans le même temps, des incidents successifs surviennent. Une station orbitale est ainsi frappée depuis notre satellite, la Lune, par un projectile mystérieux dont la trajectoire s’achève sur Terre. Pendant ce temps, sur Terre, cinq personnes qu’aucun lien ne semble rattacher se comportent et agissent de concert vers un but commun, comme envoutées et manipulées par une présence occulte. Il s’agit de deux employés de snack, d’un garagiste, de son client et d’un malade atteint de schizophrénie. Last but not least, des appareils électriques cessent subitement de fonctionner, des véhicules sont immobilisés, contribuant au ralentissement l’activité quotidienne. Quant à John Koenig, malgré sa réputation, il semble être un personnage en proie à des tourments et des questionnements. Sa vie personnelle semble se déliter : il est en effet séparé et vit une relation conflictuelle avec sa fille. Et le voici visiblement perturbé par les derniers événements. Comme en témoignent ces images de cataclysmes, d’éruptions volcaniques et de tsunamis qui viennent hanter ses visions. Notre protagoniste n’est manifestement pas au bout de ces peines puisque le voici kidnappé lui et sa fille par notre quintuor…

Pendant ce temps, la Nasa, épaulée par l’Armée, organise une expédition sur la Lune pour tenter d’identifier et de comprendre l’origine de la menace. À sa tête se trouve un militaire chevronné : Alvaro Aguilar. Lors de ce périple spatial, le commando fera l’étonnante découverte d’une épave lunaire, mais pas seulement… Tous ces événements qui se déroulent dans un futur proche pourraient tout aussi bien avoir lieu maintenant. Nous sommes donc invités à suivre tous ces personnages dans un chassé-croisé captivant dont les fils se nouent au fur et à mesure de ces événements, suscitant moult interrogations. Quelle est la corrélation entre tous ces phénomènes a priori indépendants ? Quel but secret ces cinq personnes poursuivent-elles ?

 

Lecture

C’est sur un rythme soutenu qu’est menée cette aventure. Dès le début, nous voici jetés dans le vif du sujet grâce à un cadrage précis et de qualité : une station orbitale, des hommes au travail, des astronautes affairés à leurs taches et soudain cette attaque, foudroyante, qui vient briser, détruire, annihiler la monotonie de leur quotidien. On remarque d’emblée la précision et la qualité du dessin de Philippe Scoffoni : un sens du détail — notamment dans le rendu des appareils et de la technologie spatiale —, mais aussi une parfaite retranscription des émotions à travers les expressions des personnages — l’effroi, la stupéfaction et la sidération éclatent sous l’effet de cette agression. Une mise en page habile vient rythmer cette séquence d’ouverture rondement menée. On le voit notamment lors de la page 6, laquelle vient conclure ce prologue dramatique et qui nous ramène ensuite vers notre planète Terre. On suit la trajectoire de ce projectile meurtrier qui n’a pas fini sa besogne, car après avoir détruit cette station, il poursuit sa route en frappant la Terre. Et de quelle manière !

Nous voici donc sur Terre. Californie plus précisément. Où l’on apprend lors d’une conférence que Darwin II, une lointaine planète, est susceptible d’accueillir la vie. Cette séquence a le mérite de nous présenter un des personnages importants de cette nouvelle série : John Koenig, astrophysicien d’envergure. Réalisée sur deux pages, cette séquence est conclue par un panoramique à l’horizontale : sur un fond bleu, flottent dans l’espace les débris des dégâts causés par le mystérieux projectile, avec au premier plan une chaussure d’une des victimes. Une victime sans doute visée par cette attaque de projectile, dont la course s’achève quelque part sur… Terre. Cette scène de l’impact est composée de cases horizontales et verticales avec un jeu de plans et de cadrages qui font penser à une mise en scène de cinéma. Deux grandes cases horizontales nous montrent la progression du projectile et sa destination. Puis une série de plans rapprochés en quatre cases illustrent l’impact et ses conséquences. Ce traitement façon cinémascope nous rappelle Spielberg et son fameux Rencontres du troisième type et ce n’est pas un hasard. Philippe Scoffoni fut en effet story-boarder pour des agences de publicité avant de se consacrer au neuvième art à partir de 2007. Une solide expertise au service d’un redoutable metteur en scène, solidement épaulé le scénariste belge Jerry Frissen.

Ce dernier nous entraine dans un chassé-croisé entre Terriens et Entités extra-terrestres prenant le contrôle des premiers. Une histoire qui n’est pas sans rappeler ces personnages évoqués dans le fameux L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel ou son remake L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman. Cinq personnes sans lien apparent sont envoutées par des Aliens, dont un individu schizophrène qui semble attirer plus précisément notre attention. Notons encore une fois ici l’efficacité des cadrages et de la mise en scène parfaitement rythmée et riche de rebondissements. Remarquons aussi la qualité du casting des différents personnages : que ce soit l’astrophysicien John Koenig, le schizophrène Charles Webster ou encore le soldat Alvaro Aguilar. Scoffoni et Frissen se sont attachés à donner un caractère précis à chaque personnage, leur apportant ainsi véracité et épaisseur. Comme en témoigne le traitement accordé aux personnages John Koenig et Alvaro Aguilar.

Durant toute cette histoire, les deux auteurs alternent avec brio les séquences spatiales et celles se déroulant sur Terre. Plusieurs séquences se superposent et se développent en parallèle, contribuant à rendre la narration plus dynamique encore. Ainsi le rendu de la technologie en cours — notamment la représentation des stations spatiales futuristes — s’opposant aux éléments quasi historiques de la conquête de la Lune s’avère parfaitement réussi. Scoffoni s’est attaché à rendre très réalistes les décors, sans aucun doute aidé en cela par la documentation apportée par Frissen. De même, la retranscription de l’american way of life (motels, fast-foods, gares ferroviaires, vision nocturne de la ville) est en tout point remarquable. Elle permet d’accentuer le contraste, la cassure entre la réalité quotidienne et les éléments extra-terrestres. Même analyse concernant l’équipement des astronautes, plus particulièrement le scaphandre, fort bien conçu. En outre, Philippe Scoffoni utilise une gamme de couleurs assez saturée. On pense à ce vert anxiogène, presque surréaliste, qui accentue la dramaturgie, l’angoisse, contribuant à renforcer le malaise. On pense aussi à ce bleu glacial et lunaire dont l’intensité accentue la profondeur et l’infini de l’espace. Cette utilisation des couleurs permet de différencier les différentes scènes.

Certes influencé par la bande dessinée franco-belge (notamment celle de Jean Giraud), le dessin de Scoffoni rappelle également celui — plus lointain — de Jim Steranko lors de son adaptation en comics du film Outland de Peter Hyams, notamment lors des scènes jouant sur les décors et certaines ambiances spatiales. Comme évoqué précédemment, le cinéma constitue également une source d’inspiration évidente. Comment ne pas penser au cinéma de Spielberg, bien sûr, mais également à des films comme Gravity du mexicain Alfonso Cuaron, ou Interstellar de Christopher Nolan ? N’omettons pas non plus le grand Kubrick et son 2001 et l’écrivain Arthur C. Clarke — auteur du roman éponyme — dont le scénariste Jerry Frissen se dit notamment influencé. La tétralogie Alien tout comme le mythique The Thing de John Carpenter pourraient compléter cette liste généreuse de longs métrages abordant certaines thématiques recensées dans Darwin II.

Cette thématique de la « chose venue d’ailleurs » qui se reproduit de manière discrète et fugace en prenant possession de corps humains est devenue un classique du genre dans les productions sciences-fictionnelles. Se posent alors les incontournables questions : que recherchent ces créatures ? Nuire à l’espèce humaine ou l’avertir d’un danger ? Contrôler et dominer la Terre ou aider l’espèce humaine à coloniser Darwin II, cette exoplanète, source d’espoir ? Le thème de la colonisation des contrées lointaines comme solution à l’épuisement de nos ressources est par ailleurs évoqué. Et une telle hypothèse se voit aujourd’hui confortée depuis la découverte en ce 26 août 2016 d’une planète habitable localisée près de l’étoile Proxima du Centaure, tout près de nous à « seulement » quatre années-lumière.

Exo – Darwin II illustre ainsi la fascination que nous pouvons avoir pour la conquête spatiale, mais témoigne aussi de cette même angoisse envers l’avenir. En effet, pas de solutions miracles ni de super-héros ici. Nous ne maitrisons pas tout comme le montrent les rebondissements de l’histoire. Si les cinq créatures ne semblent a priori guère bienveillantes à l’égard de Koenig et sa fille, elles laissent toutefois planer une certaine ambiguïté quant à la menace qui plane sur notre planète. La dernière planche résume à elle seule cette idée et la dernière case résonne comme un avertissement : « Sinon vous mourrez tous… »

 

 

 

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Teaser de Exo – Darwin II de Jerry Frissen et Philippe Scoffoni
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